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3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 13:52

Le premier à réagir fut Van. Son regard se fit glacial et ses épaules semblèrent s’élargir alors qu'il prenait conscience, le premier, du sens des mots de Marli.

La seconde d'après, le chaos éclata dans le jardin.

« Qui ? Où ? Comment ? Y a-t-il des blessés ? » Les questions fusèrent de toutes parts et Marli eut bien du mal à renseigner tout le monde.

Michael écouta, en silence, les réponses de la louve mais désigna dans le même temps une dizaine de ses loups les plus dominants et leur dit d'aller l'attendre dans la cours juste devant la maison.

Les loups s’exécutèrent sans poser de question et mon estomac se noua.

- Michael, je...

- Amour, j'ai besoin que tu restes ici.

- Je ne vais pas rester là à me tourner les pouces alors que...

- Si ! Trancha-t-il. J'ai besoin que tu restes ici... S'il te plaît...

Son regard émeraude se fit plus doux et il exprima tout ce qu'il n'avait pas besoin de dire à voix haute.

« Si tu viens, je vais te protéger et je ne pourrai pas protéger mes loups »

C'était l'éternel dilemme de mon compagnon, le choix impossible à faire. Eux ou moi.

Je hochai la tête et caressai sa joue furtivement.

- Va... Je reste. Assure-toi que nos loups ne me donnent pas trop de travail à votre retour.

Il embrassa mon front et se déshabilla.

- Je coupe le lien. J'ai besoin de toute ma concentration pour le trouver. Je le laisserai ouvert une fois qu'on l'aura trouvé. Si tu ne me sens pas, c'est que je le cherche encore, d'accord ?

Je grimaçai en m'imaginant ignorer le sort de mon compagnon pendant l'éternité que durerait cette traque. Mais avais-je le choix de toute façon ?

- Dès que tu le trouves, tu le remets en place, c'est compris ?

Michael sourit et hocha la tête calmement.

- C'est compris.

L'instant d'après, les yeux bleus nuit de son loup me dévisagèrent et j'y lu suffisamment d'amour et de confiance pour une vie entière.

Michael partit sans un regard en arrière. Ce n'était pas nécessaire, il allait revenir très vite...

Les loups restants dans le jardin affichèrent tous une certaine angoisse sur leur visage.

C'était de circonstance.

Dans tous les cas, il n'était jamais bon qu'une meute se prive de ses lycans dominants. Et là, une bonne partie des plus puissants, venaient de suivre leur alpha dans une traque dont le risque était manifeste.

Je tentai de garder mon calme. Van, le bourreau de Salem, était avec eux.

Il n'aimait pas ce surnom bien même s'il s'en servait lorsque c'était nécessaire. Ce qu'il regrettait surtout, c'était que ce surnom était mérité. À lui seul, il avait mis à mort plus de lycans dissidents ou d'Ulfark que n'importe qui dans la meute.

Ça pouvait paraître cruel, mais la justice lycane ne pouvait pas se permettre de transiger. Les règles, la loi, le secret et le contrôle constituaient une question de survie pour chacun d'entre eux. Il suffisait qu'un seul de ces quatre paramètres ne soit pas respecté et c'était toute leur espèce qui était en danger.

Quant à emprisonner une créature que presque rien ne pouvait retenir, c'était simplement de la folie. La seule issue possible était la mort et tout le monde en avait conscience.

Van tenait le rôle le moins évident de la meute, et pourtant il était nécessaire pour le bien de tous.

Il avait de l'expérience. Il savait ce qu'il fallait faire. Il était, certes, un peu trop exalté parfois, oubliant les risques qu'il se faisait courir à lui-même, mais quand il s'agissait de protéger les siens, je lui faisais confiance. Il ramènerait Michael et les autres.

Je me servis un verre de whisky et l'avalai d'une traite. La chaleur du liquide traça lentement son chemin de ma gorge à mon estomac. Bientôt, elle s'insinuerait dans mes veines, apaisant très légèrement le froid laissé par le lien coupé entre mon compagnon et moi.

Une main ferme se posa sur mon épaule et Tad me sourit en resserrant sa prise.

- Ça va aller. Ils savent ce qu'ils font, ils n'en sont pas à leur coup d'essai.

Je posai ma main sur la sienne avec reconnaissance.

- Oui, je sais, ça ira. Michael est fort et les autres ne sont pas des débutants non plus. Van ne va pas...

Je m'arrêtai de parler en plein milieu de ma phrase, perturbée par un sentiment gênant.

Je n'avais pas vu Julian depuis le départ de Michael. Or, il n'avait pas fait appel à lui, à cause de son inexpérience, sans doute.

- Tu sais où est Julian ? Demandai-je à Tad.

Il se tourna vers le reste de la meute et fronça les sourcils.

- Je le croyais au fond du jardin, à côté du banc en pierre. Les gars, vous avez vu Jul ? Demanda-t-il à l'assistance.

Un concert de nons et plusieurs haussements d'épaule lui répondirent.

J'entrai dans le salon par la baie vitrée grande ouverte et me dirigeai vers l'escalier. Julian était peut-être remonté dans sa chambre pour attendre le retour des autres.

Je grimpai deux marches avant que Tad ne m'arrête.

- Attends, Lucy. Son odeur me mène dans l'entrée.

Me précipitant à la suite de Tad, je passai la porte à l'avant de la maison et suivis le regard du lycan.

- Il est parti... Chuchota-t-il. Il les a suivi...

- Merde ! Braillai-je

Tad soupira avant de se déshabiller.

- Sa piste est encore fraîche, si je fais vite, je pourrai le rattraper.

- Non, attends. Tu n'es pas complètement remis, ça pourrait être dangereux.

- Ça ira, je vais juste le rejoindre et le ramener. Je n'ai pas l'intention de me mettre en danger.

Je grinçai des dents en serrant les poings.

- Sérieux ? Pourquoi as-tu dit ça ? Maintenant c'est sûr qu'une merde va te tomber dessus. Tu ne regardes jamais de films d'horreur ?

Un petit sourire nerveux s'afficha sur ses lèvres.

- On n'a pas vraiment le choix de toute façon. La meute a besoin des dominants restants pour ne pas céder à la panique. Et si Julian les rejoint, il risque de les distraire dans leur traque, ou pire, pendant le combat. Annonça-t-il.

- Marli peut gérer la meute pour l'instant. Elle sait se faire obéir. Je viens avec toi. Ajoutai-je.

- Mauvais idée. Si Michael l'apprend, il va me faire la peau.

- Si tu me laisses sur le carreau, c'est moi qui te ferai la peau. Le menaçai-je en croisant les bras. On va juste récupérer le gamin et on rentre. Michael n'a même pas besoin de le savoir. En plus, tu connais l'entêtement de Jul. Il est plus dominant que toi, s'il refuse de te suivre, tu ne pourras rien faire. Alors qu'il sera obligé d'obéir à la femelle alpha.

Tad gronda en baissant les bras.

- Est-ce que tu t'y prends comme ça pour faire plier Michael ? Parce que je commence à comprendre pourquoi il finit toujours par tout te céder.

- Tu n'as pas envie de savoir comment je m'y prends, mais ça a beaucoup plus à voir avec la passion qu'avec la raison.

Mon poing se porta à mes lèvres tandis que ma langue poussa l'intérieur de ma joue.

Tad écarquilla les yeux et rougit de la base du cou à la naissance de ses cheveux, au dessus du front.

Je souris en tapotant son épaule. Tad était quelqu'un de bien, mais rarement à l'aise avec la gente féminine.

J'en rajoutais parfois parce que je trouvais que ça le rendait mignon à bien des égards. Il n'était pas prude, c'était un lycan après tout, mais ma référence imagée à une fellation l'avait clairement choqué.

- OK... Murmura-t-il avant de se racler la gorge. Peut-être qu'on devrait se mettre en chemin, maintenant.

Je hochai la tête et repartis comme une fusée avertir Marli de nos plans.

Loin d'être enchantée par la perspective de prendre le rôle de dominante pendant notre absence, elle essaya bien de m'en dissuader, mais ma décision était prise et Tad m'attendait sous le porche.

J'attrapai les clés de Michael et fonçai jusqu'à son Hummer. Si Julian refusait de nous faciliter les choses, nous aurions bien besoin de toute la place à l'arrière du véhicule pour le ramener sous sa forme lycane.

Les reflets bleutés du pelage gris de Tad s'irisèrent dans le faisceau de mes phares et je le laissai partir devant, la truffe plaquée au sol, trottant à belle allure.

J’espérai que Julian n'avait pas décidé de couper à travers bois parce qu'aucun sentier ne me permettrait de suivre Tad.

Le loup s'engouffra dans le sous-bois qui bordait la route et je jurai en frappant mon volant.

Heureusement, quelques secondes plus tard, il réapparut en bordure de mon champs de vision, son pelage brillant par intermittence entre les arbres.

Au moins, Julian n'avait pas fait preuve d'imprudence. Il avait suivi la route sans rester à découvert.

Je suivis Tad de longues minutes avant d'arriver à un carrefour. Je mis mon clignotant à droite. Lawrence nous avait annoncés avoir vu l'Ulfark à proximité du Bush's Pasture Park et j'anticipai la direction du Lycan pilote.

Pourtant, après un petit coup d’œil pour vérifier l'absence d'autres véhicules que le mien, celui-ci traversa la route et continua tout droit.

Je fronçai les sourcils en essayant de déterminer quel chemin avait pris les loups pour se rendre à destination. « Nouvel itinéraire » marmonna mon GPS intérieur.

Au carrefour suivant, je m'attendais de nouveau à tourner mais Tad bondit sur le toit du magasin juste en face de moi et poursuivit son chemin toujours tout droit.

Heureusement, à cette heure avancée de la nuit, les rues étaient vides. Je pouvais suivre mon loup, le nez toujours en l'air, cherchant sa silhouette sombre chaque fois qu'il passait d'un toit à l'autre.

J'ignorais dans quel quartier il m'avait menée. Ne faisant attention à ce qui m'entourait que pour vérifier que la route était toujours libre. Je freinai finalement quand Tad ne passa pas au toit suivant. L'avais-je manqué ? Avait-il fait demi-tour ? Non, il se serait manifesté d'une manière ou d'une autre.

J'avisai l'endroit où je me trouvais et le quartier m’apparut familier, bien plus que je ne l'aurais voulu.

Le bâtiment sur lequel Tad n'avait pas voulu sauter portait l'enseigne « Miller's Garage » et je ne comprenais pas ce qu'on faisait ici. Le Miller's Garage, c'était celui de Tad.

Je me garai sur la bas-côté de la route et sortis en regardant tout autour.

Tad bondit du toit sur lequel il s'était arrêté et atterri devant moi.

- Qu'est-ce qu'on fait là ? Demandai-je en levant les mains, paume vers le ciel. J'espère que tu n'es pas là pour récupérer quelque chose au garage, on n'a pas de temps à perdre.

Le loup gémit et jeta un coup d’œil au bâtiment avant de plaquer sa truffe au sol et d’éternuer.

Quelque chose clochait. Nous n'étions pas au bon endroit. Et si Julian se trouvait effectivement au garage de Tad, comme celui-ci essayait de me le faire comprendre, c'est que nous avions un problème.

- L'Ulfark est là lui aussi ? Lui demandai-je en serrant les poings.

Le lycan hocha la tête et je jurai en réfléchissant rapidement.

Je n'avais pas emmené mon portable. Non pas qu'il m'ait été d'une quelconque utilité, Michael ne répondrait pas sous sa forme de loup. Quant à notre lien, j'avais beau me concentrer pour le chercher au fond de moi, je ne le sentais toujours pas. En même temps, si mon compagnon recherchait le loup renégat du côté du parc, il n'était pas près de le trouver et n'avait donc pas de raison de réanimer notre connexion.

Je devais décider quoi faire. J'étais seule avec un lycan en phase de guérison, et supposément avec un jeune loup qui avait foncé tête baissée, sans réelle expérience du combat. Je pouvais décider de faire demi-tour et aller chercher de l'aide, ou alors j'essayais de régler la situation moi-même.

Je n'étais pas sans défense et je m'étais entraînée à utiliser mon fouet de l'enfer, depuis mon combat contre Sorcha, plusieurs mois plus tôt.

Et puis étais-je capable de tourner les talons en abandonnant Julian sans rien tenter ?

Tad dut percevoir quelque chose dans ma façon de serrer les dents parce qu'il tenta de me pousser vers le Hummer pour que je remonte à l'intérieur.

- Arrête Tad ! On ne va pas laisser Julian, seul avec cette chose. Dis-je en le contournant. Toi, rentre à la maison, préviens Marli et les autres. Je vais le tenir à distance le temps que les renforts arrivent.

J'avançai déjà en direction du garage mais Tad s'interposa une nouvelle fois entre le bâtiment et moi.

Il me regarda quelques secondes et comprit visiblement qu'il ne me ferait pas changer d'avis.

C'est à ce moment-là qu'un couinement de douleur égratigna mes oreilles.

Il venait de l'intérieur du garage et je n'avais pas besoin de vérifier, ce couinement provenait d'un de mes loups.

Je m'élançai en direction du bâtiment, Tad sur mes talons.

Le rideau de fer à l'avant du garage était plié et arraché par endroit. On pouvait s'estimer heureux que la rue soit commerçante. Le bruit n'aurait pas manqué d'ameuter un quartier d'habitation.

Je me glissai par l'ouverture et aussitôt, mes yeux s'adaptèrent à l'obscurité du lieu. Je pouvais remercier la meute et les pouvoirs que m'avaient conféré mon union avec Michael.

Je cherchai rapidement Julian du regard mais Tad se jeta sur moi et nous atterrîmes dans un coin, juste derrière une Corvette fraîchement repeinte. Une silhouette sombre fendit l'air juste à l'endroit où nous nous tenions quelques secondes plus tôt. OK, il était rapide et acharné celui-là.

Accroupie, le dos au mur, je le vis atterrir sur le toit de la Corvette avant d'entendre son grognement menaçant. Tad lui répondit en claquant des mâchoires.

La carrosserie grinça sous son poids et se mit à crisser quand ses griffes s'enfoncèrent dans le métal alors qu'il nous surplombait de toute sa hauteur. Il avançait lentement, des gouttes de sang mêlées de salive dégoulinant de son museau.

J'attrapai Tad par le cou et le plaquai au sol de toutes mes forces. La dernière chose que je voulais, était de le blesser par inadvertance. Il ne montra aucune résistance et s’aplatit au sol autant qu'il le put.

Puisant profondément en moi, j'allai chercher le filament incandescent qui ne cessait jamais vraiment de brûler, toujours prêt en cas de besoin.

Je tendis ma main libre devant moi et le filament se déploya comme un élastique qu'on avait un peu trop tiré en arrière.

Il claqua très exactement entre les pattes de l'Ulfark qui fit un bond de côté, surprit par le bruit et les étincelles jaillissantes.

Le métal de la carrosserie avait fondu juste au point de contact.

Je pouvais le faire !

Diriger mon pouvoir uniquement contre l'Ulfark, sans blesser les miens. Mais encore fallait-il que je localise Julian pour pouvoir l’éviter.

Je me focalisai sur la menace pour l'instant. Le loup hors de contrôle était encore sonné par mon attaque et je profitai de sa surprise pour lancer mon fouet dans sa direction. Cette fois, je n'essayai pas de le faire s'écarter mais bel et bien de le toucher et quelques poils de son pelage grésillèrent quand je réussis à le frôler.

Une fois encore, il s'était écarté juste à temps.

Je grondai de frustration en me relevant.

Nous ne nous quittions pas des yeux et je savais que ça constituait un défi pour lui, mais je ne pouvais pas me permettre de détourner le regard. Pas alors que j'avais deux de mes loups qui comptaient sur moi pour les protéger. Bon OK, ils ne le voyaient peut-être pas ainsi mais c'était ce qu'une dominante était censée faire. Et à cet instant, encore plus que d'habitude, j’étais leur femelle alpha. Je maintins Tad dans mon dos et reculai lentement vers le rideau de fer par lequel nous étions entrés.

- Tad... Chuchotai-je. Est-ce que tu vois Julian quelque part.

Le silence me répondit et je ne pouvais pas vérifier s'il m'avait entendue. Je présumai donc qu'il était en train de le chercher. Quelques secondes plus tard, un jappement assuré résonna et je pris ça pour un « oui ».

- D'accord. Tu vas voir comment il va et je m'occupe de l'Ulfark. Je vais l'occuper pour qu'il ne s'approche pas de vous.

Tad gémit dans mon dos et sa truffe se posa une seconde contre mes reins.

- Ça va aller. Il évite mon filament, il a peur du feu, on dirait.

Je ne m'attardai pas sur la signification de mes paroles quant à son comportement anormal. Nous aurions bien le temps, plus tard, d'y réfléchir posément.

Mon loup s'écarta de quelques pas et je vis l'Ulfark changer de cible à la seconde où il remarqua son mouvement.

Mon fouet claqua juste devant ses pattes.

- C'est moi ton ennemie, petite enflure ! M'écriai-je. Allez ! Regarde-moi !

En périphérie de mon champs de vision, je pouvais voir Tad s'approcher d'une masse immobile que j'identifiai comme Julian. Un instant, la panique m'étreignit le cœur, mais je me repris bien vite en me concentrant de nouveau sur l'Ulfark.

Compartimente, Lucinda. Compartimente. Chaque chose en son temps.

Je me déplaçai latéralement pour me trouver sur sa trajectoire s'il décidait d'attaquer Tad et balançai ma main en avant pour lui rappeler ce qu'il risquait à charger dans ma direction.

Ses yeux injectés de sang s'illuminaient de rouge chaque fois que mon pouvoir s'approchait de son museau. Pourtant, il trouvait toujours le moyen de l'éviter au dernier moment, un peu comme s'il me narguait.

L'Ulfark gronda de plus belle lorsque Tad rejoignit finalement Julian.

- Il respire ? Tad ! Dis-moi qu'il respire, bon sang !

Je savais qu'il ne pouvait pas me répondre mais l'inquiétude m'empêchait d'être totalement cohérente.

De toute façon, Tad savait très bien se faire comprendre quand c'était nécessaire.

Je fis claquer mon filament une fois de plus entre les pattes de mon adversaire alors qu'il essayait de me contourner pour sauter sur mes loups.

Il bondit en l'air et atterrit sur le toit d'une Camaro bleue que je reconnue comme celle de Tad.

J'avais déjà laissé des traces de brûlure partout sur le sol en béton de son garage, si j’abîmais un peu sa voiture mais que je lui sauvais la vie, il n'allait pas m'en vouloir... Enfin je l’espérais.

Je me décalai une nouvelle fois pour être dans la ligne de mire de l'Ulfark.

Tad ne m'avait toujours pas répondu et des images de moi devant annoncer la nouvelle de la mort de Julian à Van ne cessaient de surgir dans ma tête.

Je risquai un coup d’œil derrière moi. Juste pour vérifier qu'ils étaient encore là, juste pour me rassurer, juste pour...

Grosse erreur, Lucinda !

Lorsque je reportai mon regard sur la Camaro, il avait disparu et un frisson remonta de mes reins à ma nuque.

Il m’observait, dans le noir, quelque part, ses yeux étaient braqués sur moi. Je ne le voyais pas mais j'en avais la certitude. Comme quand, petite, je sortais de la chambre du foyer où je vivais et que je ne savais pas ce qu'il y avait dans le noir. Je savais seulement qu'il y avait quelque chose.

J'entendis la voix de Michael dans ma tête.

« Un Ulfark c'est l'instinct sauvage, la fureur, la traque et le désir de mort, amour. Il ne t'épargnera pas, jamais. S'il t'attrape, tout est fini. »

Je pris une grande inspiration et m'élançai à l'opposé de Tad, toujours au-dessus de Julian, le protégeant de son corps.

Je tentai le tout pour le tout.

Aucun prédateur ne pouvait résister au besoin de poursuivre une proie en mouvement. C'était pour ça que mon compagnon m'avait toujours dit de ne pas fuir devant un loup en colère. C'était aussi pour ça qu'il n'avait pas pu résister à l'envie de me traquer quand j'avais fui ses avances, au début. Et aujourd'hui, je faisais tout le contraire de ce qu'on m'avait inculqué, si profondément que ça relevait, à présent, de l'instinct.

J'avais besoin qu'il sorte de sa cachette pour redevenir la chasseuse et non plus la proie.

J'entendis le bruit d'outils chutant au sol en résonnant dans le silence de la nuit.

Je l'avais fait bouger. J’espérais seulement qu'il m'avait poursuivie et qu'il avait momentanément oublié mes loups.

Je n'avais pas le temps de me retourner pour le vérifier.

Je plongeai sous un établi qui me bloquait le chemin et j'en profitai pour me retourner, dos au sol.

Ça fit mal. Mon dos cogna durement contre le béton mais, alors que je glissai de l'autre côté, j'eus la vue dégagée.

Et je vis parfaitement l'Ulfark bondir sur ses pattes arrières, sauter par dessus l'établi et prendre la trajectoire parfaite pour atterrir directement sur moi.

Je n'allais pas avoir le temps.

L'adrénaline courrait dans mes veines et je tendis les mains juste devant moi en criant de toutes mes forces pour déployer mon filament aussi vite que je le pouvais

Une ombre floue passa juste au-dessus de moi. Si près que l'air qu'il déplaça agita les cheveux qui s'étaient échappés de ma tresse.

Tel un boulet de canon, l'ombre cueillit l'Ulfark dans les airs, alors qu'il n'était plus qu'à quelques centimètres de moi, et l'envoya valdinguer contre le mur opposé.

Une longue inspiration... J'avais arrêté de respirer... Je ne savais pas qui était mon sauveur mais il avait gagné une place dans mon cœur.

 

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Published by Camille - dans Les Chroniques
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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 15:35

Je regardais mes ongles depuis au moins cinq minutes. J'avais besoin d'une manucure, un truc simple, peut-être qu'un peu de rouge camouflerait les ravages que mes dents produisaient. Je tentai pour la troisième fois de relever la tête et un sourire étira mes lèvres.

Pas moyen ! Rien à faire ! Chaque fois que le visage de Van entrait dans mon champs de vision, j'avais envie de rire.

Un grondement contrarié jaillit de sa gorge alors qu'il tapait comme un malade sur l'un des nombreux boutons de son auto-radio.

La Viper roulait largement au-dessus de la vitesse autorisée et zigzaguait d'une voie à l'autre pour dépasser les conducteurs plus prudents. Enfin, il sembla trouver ce qu'il cherchait, et Mindless Self indulgence emplit l'habitacle.

- Van...

- Chut ! Pas un mot ou je te jette de la voiture en marche.

Je me pinçai les lèvres pour éviter de rire. La situation était assez comique.

Après l'avoir surpris avec Julian dans les douches du vestiaire, il m'avait embarquée avec lui en décrétant qu'il me ramenait à la maison.

J'en avais déduit qu'il voulait parler, mais chaque fois que j'ouvrais la bouche, il me sommait de me taire.

Jusque là, j'avais été plutôt patiente, surtout parce que je craignais d'éclater de rire mais ça commençait à bien faire.

- À un moment, il va bien falloir en parler.

- Fais comme si tu n'avais rien vu. Dit-il en montant considérablement le son.

- Moi, je veux bien, mais les autres ne vont pas te laisser t'en sortir comme ça. Dis-je en criant presque pour couvrir le bruit d'une ceinture qui claquait à intervalle régulier dans la chanson.

- Celui qui l'ouvre, je lui fous mon poing dans la gueule.

La ceinture claqua une fois de plus et je commençai sérieusement à ne plus pouvoir me retenir de rire.

- Van... S'il te plaît... Il n'y a pas de quoi...

La voiture pila à un feu rouge et mon ami se frappa le front au volant.

- Putain mais qu'est-ce qu'il m'a pris ?

J'appuyai sur le seul bouton de l'auto-radio qui ne me semblait pas tout droit sorti d'un épisode de Star Trek et coupai le son.

- Tu veux me raconter ?

J'eus droit à un grognement pour toute réponse.

- Bon ok, tu ne veux rien me dire mais tu ne veux pas non plus faire comme si de rien n'était. Soupirai-je. Peut-être que tu pourrais en parler à quelqu'un d'autre ?

- Je ne sais pas... J’étais là... Il était là... Et tout s'est emballé... Et avant que je comprenne...

La voiture derrière nous klaxonna et Van sursauta presque.

- Putain de bordel de...

La suite se perdit dans un grognement très lycan tandis qu'il redémarrait.

- Écoute, Van, je ne te comprends pas. C'est parce que c'est un homme ?

Le lieutenant leva les yeux au ciel assez longtemps pour que je m’inquiète de la trajectoire qu'allait emprunter sa voiture.

- Ma petite, j'ai pas loin de deux cents-soixante ans. Si tu crois que je n'ai pas eu le temps d'expérimenter tout ce qu'il y avait à expérimenter c'est que tu me sous-estimes. Ça fait longtemps que je ne me préoccupe plus de ça.

Bon au moins, ça avait le mérite d'éclaircir ce point de la situation.

- Il te plaît, je pense que c'est assez évident.

- C'est bien plus compliqué que ça, Lucy. M'annonça-t-il. Julian est tellement jeune. À son âge, on est insouciant, idéaliste et rêveur. Et heureusement pour lui. Être lycan n'est jamais facile, il va avoir des choses dures à vivre, il n'a pas besoin de me traîner comme un boulet en plus.

Je fronçai les sourcils.

- Premièrement, tu n'es pas un boulet, quoi que j'en dise parfois. Deuxièmement, je crois que tu le juges un peu rapidement. Julian n'a pas eu la vie facile, même avant de devenir loup et au fond, ça le rend plus mature... Bon, d'accord, ce n'est pas le bon mot. Mais je crois que sa période d’insouciance, il l'a dépassée depuis bien longtemps. Et de toute façon, je ne comprends pas ce que ça vient faire dans cette conversation. Répliquai-je.

Le visage de mon ami se durcit et son expression se figea.

- Je sais ce qu'il veut. Je connais le fond de sa pensée, ce qu'il désire vraiment. Lâcha-t-il.

- Bien sûr que tu le sais, on le sait tous. Ce qu'il veut, c'est toi.

Van tourna lentement la tête vers moi et la tristesse que je lus sur son visage me brisa le cœur.

- Et c'est exactement la seule chose que je ne peux pas lui donner. Pas comme il le voudrait, pas pour toujours.

 

La conversation que j'avais eue avec Van sur le trajet du retour résonnait encore dans ma tête. Elle me laissait perplexe. Finalement, il n'avait pas souhaité approfondir et j'avais senti que ce n’était pas le bon moment pour insister.

- C'est toi qui salis, c'est toi qui nettoies, je te préviens.

La voix haut-perchée de Marli me fit revenir à la réalité et je relevai le goulot de la bouteille juste à temps.

Eh bien, l'un des lycans à qui je servais un whisky allait avoir quintuple dose. Le verre était rempli à ras-bord et j'avais failli en répandre partout sur la table.

Marli entoura mes épaules de son bras.

- Ben qu'est-ce qu'il t'arrive, toi ? Tu m'as l'air bien pensive. Dit-elle en me secouant un peu. C'est la fête ma chérie, on doit s'amuser, pas ressasser nos problèmes.

Et en effet, pour être la fête, ça l'était.

Après le match, toute la meute s'était réunie chez nous pour célébrer notre victoire sur Medford.

Je fis un sourire de circonstance à Marli en lui tendant le verre que je tenais encore.

- Tiens, emmène-ça à ton mari, tu veux bien ? Il a bien joué, il l'a mérité.

Marli me fit un clin d’œil avant d'avaler la moitié du whisky en quelques gorgées.

- Hé ! Pas de raison qu'il soit le seul à s'amuser.

Je ris tandis qu'elle s'éloignait déjà.

Je n'avais pas beaucoup d'efforts à faire pour voir mes loups s'amuser. Partout où je posais les yeux, ce n'était que rires et verres qui tintaient l'un contre l'autre. Marco rejouait la pirouette de Van et ça faisait du bien de le voir aussi emballé pour quelque chose.

Tad l'écoutait avec un grand sourire. N'ayant pu assister au match pour cause de rémission, il semblait content d'avoir le récit détaillé et imagé de la rencontre.

C'était une belle soirée, l'air était frais mais ce n’était pas désagréable. L'odeur de la viande qui grésillait sur le grill me chatouillait les narines, et la lueur diffuse des torches aux quatre coins du jardin, rendait le tableau chaleureux.

Michael avait l'air comblé, entouré des siens, et victorieux.

Il se tourna vers moi comme s'il avait senti mon regard sur lui, c'était sans doute le cas d'ailleurs. Un clin d’œil plus tard, mon estomac se remplit d'une multitude de petits papillons virevoltant gaiement. J'étais dingue de cet homme.

Tout était parfait...

Alors pourquoi avais-je ce mauvais pressentiment, la sensation que ce n'était pas fini, qu'il allait se produire quelque chose et qu'on n'était pas prêts pour ça.

Bon, pour être honnête, il y avait peut-être quelques couacs dans la perfection idyllique que j'avais perçue au premier abord.

À l'extrémité du jardin, un petit groupe de lycans entourait Van et le félicitait pour le dernier point qu'il avait marqué. Il souriait et acquiesçait lorsque ça semblait nécessaire mais son regard se reportait assez fréquemment sur Julian pour que je sache qu'il n'était pas concentré.

Quel idiot, ce loup ! Qu'est-ce qu'il cherchait au juste ? Je pouvais dire, d'où je me tenais, qu'il ne pensait qu'à rejoindre le jeune lycan.

Ce dernier semblait imperméable à tout ce qui se passait autour de lui. Les yeux baissés sur son portable, il pianotait frénétiquement en fronçant ses sourcils blondis par le soleil.

Je décidai de me détourner de ce spectacle consternant. J'étais en train de me demander pourquoi deux personnes visiblement si attirées l'une par l'autre, se compliquaient autant la vie quand je me souvins de ma propre histoire d'amour. Bon d'accord ! J'étais mal placée pour parler. Ou alors, les personnes qui trouvaient le bonheur en amour devenaient plus promptes à porter des jugements sur ceux qui le cherchaient encore.

J'espérais que ce n'était pas ça. Je n'avais pas envie de devenir une de ces petites connes moralisatrices qui étalait son expérience comme si sa sagesse était universelle.

Je me pinçai la joue et reportai mon attention sur Thomas. Au moins, le concernant, je savais quel était son problème et je pouvais peut-être y faire quelque chose.

Il s'occupait de la viande devant le grill. Thomas était un merveilleux cuisinier. Je crois l'avoir toujours vu prendre du plaisir à nourrir la meute. Et franchement, ça arrangeait bien tout le monde.

Je posai ma main sur son large dos légèrement courbé. Il ne se tenait plus droit depuis des mois, comme si le poids du passé qui avait ressurgi était trop lourd à porter.

- Hé ! Tu m'en fais un végétarien ? Dis-je en désignant la pile de petits pains qui n'attendaient que d'être garnis.

- Tu n'as pas lu le règlement intérieur ? Les végétariens sont bannis de toutes les meutes de lycans. On les enduit de goudron et de plumes et on les envoie dans le désert. En plus, tu aimes beaucoup trop mes burgers pour en changer la recette.

- Espèce de fasciste ! L'accusai-je en souriant.

- Lucy ! S'exclama-t-il. Si tu avais connu ce qu'était le vrai fascisme, tu ne dirais pas ça et tu ne plaisanterais pas à ce sujet non plus.

Ok... Là je me sentais mal.

- Désolée. Grimaçai-je. C'est vrai, ce n'était pas drôle et je n'aurais...

La grande main de Thomas atterrit sur ma tête et ébouriffa mes cheveux pourtant emprisonnés dans mon éternelle tresse.

- Oh Lucy, je t'en prie, ne me fais pas regretter de te taquiner. S'amusa-t-il.

J'envoyai mon poing dans son épaule et fis craquer mes phalanges au passage tandis qu'il ne sourcilla même pas.

Quand apprendrais-je ?

- Espèce de fasciste ! Répétai-je un peu plus fort.

- Bien sûr. Tu l'ignorais ? Je suis fasciste avec tous les végétariens. C'est inscrit dans mon code génétique. On est comme la glace et le feu, l'eau et l'huile, le ciseau et le... Papier...

J'éclatai de rire en le dévisageant avec de grands yeux.

- Est-ce que tu viens sérieusement de faire référence à « Pierre, Papier, Ciseau » pour marquer ton opposition aux végétariens ?

Je réussis à lui arracher un vrai rire.

- Bon, très bien, je reconnais que la référence était facile, mais tu comprends l'idée.

- Je comprends surtout que tu n'as aucune imagination.

- Je plaide coupable. Tu savais que quatre-vingt pourcent de ma clientèle est végétarienne ? Et je ne te parle même pas de ceux qui traquent le gluten et le vouent aux gémonies. Je ne sais pas ce que je fous encore dans ce boulot.

Je souris en sachant très exactement pourquoi il aimait autant son métier.

- Eh bien, tu as un sens de l'esthétique irréprochable et des clients richissimes te paient des fortunes pour voyager aux quatre coins du monde pour leur dénicher le meuble antique qui transformera leur intérieur en véritable œuvre d'art. Et tu adores ça.

- C'est vrai que j'aime bien cet aspect de mon travail. Avoua-t-il.

- Et puis voyager te permet de faire les recherches dont tu as besoin... Tentai-je avec précaution.

- Mes recherches sont au point mort pour l'instant. Dit-il en retrouvant toute sa gravité. J'ai cherché des informations à peu près partout où j'ai pensé pouvoir en trouver ces derniers mois. Et j'ai l'impression d'être revenu au point de départ. Finalement, la seule personne qui est susceptible de me faire avancer, se trouvait en Oregon depuis le début. Mais il est aussi inaccessible que si je devais le dénicher au fin fond de la forêt amazonienne.

Mon ami semblait découragé et je détestais le voir ainsi.

- Son alpha t'empêche toujours de l'approcher ? Demandai-je en connaissant déjà la réponse.

Carson ne m'avait pas fait une très bonne première impression, alors que nous nous trouvions dans le bureau de Michael. Il semblait jouer un rôle qui était bien trop lourd pour sa carrure. Je commençais à comprendre qu'il en faisait trop, juste pour coller à l'image d'alpha qu'il voulait renvoyer aux autres.

Thomas haussa les épaules, l'air soudain bien plus fatigué qu'une minute auparavant.

- Il n'est pas censé faire ça. Soupirai-je. Le tournoi doit faciliter les échanges entre les membres des meutes.

- Il n'a pas du recevoir le mémo me concernant alors.

Je soupirai encore une fois, avec plus d'agacement que de lassitude.

Aussitôt une sorte de ping résonna dans ma tête, à travers le lien qui m'unissait invariablement à mon compagnon. Je tournai ma tête vers lui et constatai que son regard allait de son lieutenant à moi, cherchant à comprendre ce qui m'agaçait comme ça.

Je lui souris et tentai de lui renvoyer la sensation d’apaisement que je voulais qu'il ressente. Ses épaules se relâchèrent et mon sourire s'agrandit. Il me fit un sourire qui fit flageoler mes jambes pendant quelques secondes. Rassuré, il se tourna et reprit sa conversation.

Lorsque je reportai mon attention sur Thomas, il semblait peiné.

- C'est moche n'est-ce pas ? Demanda-t-il.

- Quoi ? Dis-je en fronçant les sourcils.

- Ce que je suis devenu. Mon alpha pense qu'il doit se méfier quand je suis avec sa compagne. Ça craint.

Ouais, ça craignait. Je ne pouvais pas dire le contraire.

- Eh bien... Tu sais comme il est protecteur, alors...

- Tu étais ma meilleure amie, Lucy... Il n'a jamais vraiment rien redouté me concernant. Aujourd'hui, il me traite comme un danger, comme une bombe à retardement... Et le pire dans tout ça, c'est qu'il a raison.

Les yeux de mon ami exprimaient tant de souffrance... C’était difficilement supportable. Je m'exhortai au calme pour ne pas inquiéter Michael, ni envenimer la situation.

M'approchant plus près, je posai mes mains sur les joues du lieutenant pour le forcer à me regarder.

- Premièrement, je suis toujours ta meilleure amie. Chuchotai-je. Deuxièmement, ce que tu vis maintenant, il le comprend. Bon d'accord, il ne le comprend pas vraiment, mais il l'imagine parfaitement. Il me l'a dit lui-même. Ne le sous-estime pas, Thomas. Et troisièmement, je sais sans l'ombre d'un doute que tu ne me feras jamais de mal. Et si tu n'en es pas sûr, alors remets-t'en à moi. Moi je le sais !

Un sourire fugace passa sur ses lèvres.

- D'accord ! On va faire comme ça, espèce de tyran !

- Hé ! N'inverse pas les rôles, le fasciste ici, c'est toi.

Je posai immédiatement ma main sur sa bouche pour l'empêcher de me répondre et gagner cette petite bataille.

Une sensation chaude, mouillée et visqueuse s'imprima sur ma paume.

Je retirai vivement ma main avec un « beurk » sonore et regardai ma paume comme si elle était contaminée.

- Thomas Walter Brewer ! Est-ce que tu viens vraiment de lécher ma main avec ta langue répugnante ? M’écriai-je en m'essuyant théâtralement sur son t-shirt.

Une demi seconde plus tard, Michael se tenait à mes côtés, un bras possessif autour de ma taille.

- Pourquoi tu lèches ma compagne avec ta langue répugnante ? Gronda-t-il en me pressant contre lui.

Thomas haussa les épaules avec un air las.

- Je lui donnais juste une bonne raison de me tripoter.

J'écarquillai les yeux et cessai immédiatement de frotter ma paume à son t-shirt, préférant lui frapper l'épaule.

- Je ne te tripote pas, arrête de le chercher ! Michael, il te fait marcher, il a léché ma main parce que je l'avais posée sur sa bouche pour l’empêcher de me répondre et...

Je m'interrompis en voyant le même petit sourire moqueur fleurir sur leurs lèvres.

Bon sang ! Ces saletés de loups allaient me rendre folle.

Michael embrassa ma tempe et rit doucement à mon oreille.

- Tu es belle quand tu tombes dans le panneau.

- Espèce de... Grondai-je entre mes dents. Sache que pour toi, je suis toujours belle. Quant à toi, dis-je en me concentrant sur Thomas, tu parleras à Ethan demain, je vais m'en assurer. Et si Carson se met une fois de plus sur ton chemin, je me chargerai de lui moi-même.

Thomas m'offrit un sourire tendre. Un de ceux dont il avait l'habitude avant que sa sérénité ne lui soit enlevée. Un de ceux qu'il ne laissait presque plus jamais apparaître.

- Je compte sur toi alors.

J'acquiesçai avec conviction et Michael posa sa main sur ma nuque avec un sourire fier. J'apprenais tous les jours à être une femelle alpha. Parfois je me plantais, mais dans des moments comme ça, je me disais que j'assurais. J’espérais seulement ne pas les décevoir. Je faisais mon affaire de Carson. Après tout, j'avais sauvé la vie d'un de ses loups, il m'était redevable, et s'il ne me prenait pas au sérieux, je n’hésiterais pas à foutre le feu à ses pompes de luxe. Voilà qui devrait attirer son attention.

Je me pelotonnai contre le torse puissant de mon compagnon et me perdis en conjoncture fantasmagorique concernant un brasier, des chaussures en cuir italien et un alpha attentif lorsque je le sentis.

Le lien qui m'unissait à Michael et m'attachait ainsi à toute la meute, vibra avec urgence. Le silence s'imposa alors que nous nous observions tous, dans l'attente de ce qui avait provoqué ce sentiment d'urgence.

Michael se redressa et scruta chacun de ses loups pour essayer de comprendre ce qu'il se passait.

Marli sortit alors en trombe de la maison, le téléphone sans fils encore à la main. Son visage exprimait toute l’inquiétude qu'elle ressentait et Nathan commençait déjà à la rejoindre quand elle s'exprima devant toute la meute.

- Un Ulfark ! En ville ! Michael ! On a un Ulfark en plein milieu des humains !

Suite>>

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Published by Camille
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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 18:37

 

 

Le chapitre arrive juste en dessous mais je voulais vous montrer le dernier dessin en date de ma meilleure amie, cette fois elle a dessiné de gauche à droite, Jed, Marli et Riley, ainsi que leurs loups. Merci encore à toi ma Yuma adorée, je suis tellement fan de toi, et tellement fière de voir mes loups prendre vie sous ton coup de crayon.
C'est donc tout naturellement que vient le chapitre suivant du point de vue de ton Van.

 

Les Chroniques de Vanniel

 

 

Tac tac tac – Tac tac tac – Je plaquai ma main sur ma paupière. Ce n'était vraiment pas le moment. Le papillotement de ma paupière attirait toute mon attention alors que je devais me concentrer sur l'engagement. Le troisième tiers-temps allait débuter et je n'arrivais pas à penser à autre chose qu'à cette fichue paupière qui tressautait comme si un putain de pivert s'acharnait sur mon nerf. Comme si la blessure de mon ventre qui me tiraillait chaque fois que je bougeais n'était pas suffisante.

Un coup d’œil à Julian m'apprit qu'il se contrôlait suffisamment pour s'occuper correctement du palet dès que Graham le remettrait en jeu.

Je resserrai mes doigts sur le manche de ma crosse et sentis le bois craquer légèrement. Je devais me calmer avant de m'élancer. Si seulement j'arrivais à comprendre cette situation.

Paul Frasier se tenait face à moi, à quelques mètres à peine, une distance qu'il parcourrait en une fraction de seconde pour me bloquer, comme il l'avait fait durant toute la fin du dernier tiers-temps. Ça encore, je pouvais le comprendre mais, bordel, qu'est-ce qu'il foutait à ce moment-là. Il ne me regardait même pas. Son regard était braqué sur la glace et je n'étais pas le seul à être agité de tics nerveux. Mais chez lui, ça ressemblait presque à des convulsions. C'était quoi le problème de ce type ? Ok, j'avais dragué sa copine l'année précédente, mais bon sang, ce n'était pas la première fois que ce genre d'histoires m'arrivait et je n'étais pas du genre à refuser un duel. S'il voulait se battre, je n'allais pas lui refuser ce plaisir, mais pas sur la glace. Chacun des lycans de l'état savait que le hockey, c'était sacré. On se chamaillait, on se bousculait et parfois des accidents arrivaient, mais voilà... c'était des accidents. Si en Oregon, on avait l'un des taux les plus bas de duels inter-meutes, c'était justement parce qu'on pouvait se défouler gentiment une fois par an sur la glace.

Il y avait quelque chose de malsain chez ce mec et il me mettait mal à l'aise. Si encore je percevais un élément familier... Pour la cinquième fois en une minute je reniflai l'air. Je ne m'attardai pas sur la multitude d'odeurs différentes et pas toutes agréables dans une salle remplie de centaines de lycans. J'en cherchais une et une seule, sauf que c'était la seule qui semblait manquer. Pas une trace d’ammoniaque, aucun relent acide et piquant, rien à quoi me raccrocher pour expliquer son comportement à la limite de la déviance. Je ne dis pas que j'aurais préféré qu'il pue l'Ulfark, mais au moins j'aurais eu un début d'explication. Au lieu de ça, je regardais ce pauvre type crisper ses doigts convulsivement sur sa crosse en fixant un point par terre.

Je suivis son regard et compris soudain ce qu'il fixait. La minuscule tache rouge vif se détachait du blanc immaculé de la glace. Ce connard bloquait sur la goutte de sang que j'avais perdue quand il m'avait envoyé le palet en pleine face et ça le faisait bander. Mais qu'est-ce qu'il était ? Une foutue sangsue ?

Je relevai les yeux au même instant que lui, comme s'il avait attendu que je comprenne ce qu'il regardait. Cet enfoiré m'afficha son plus beau sourire carnassier.

Je bloquai ma mâchoire en essayant de ne pas me péter une dent. J'avais la fâcheuse tendance à serrer un peu trop fort et ces petites salopes avaient beau repousser, je ne tenais pas à me balader pendant deux jours avec un sourire bancal.

Julian s'approchait du centre de la patinoire en évitant adroitement les trous que nos coups de crosses avaient formés un peu partout sur la surface. Il fixait le palet que tenait toujours Graham, reportait son regard sur son adversaire direct puis recommençait à fixer le palet.

Il était doué pour donner le change... Ouais, quand il s'en donnait la peine. La raideur de son dos, et la direction de ses patins ne me trompait pas. À la moindre provocation de Paul, il lui sauterait à la gorge.

L'arbitre alpha dévisagea Paul, l'avertissant silencieusement de son attention. Enfin, il décompta l'engagement avec ses doigts....Trois... Deux... Un...

Le palet fila à toute vitesse vers le but adverse. Bien joué Jul !

Je partis à sa poursuite dans l'instant. J'étais sacrément rapide quand je le voulais. Je plantai la pointe de la lame de mon patin dans la surface glacée et poussai de toutes mes forces sur ma jambe droite. Je filai comme le vent.

Julian approchait du but avec une maîtrise parfaite du palet. Si j'arrivais à me placer juste assez en retrait, sur une bonne passe, je pouvais marquer.

Soudain, un troupeau d'éléphants m'arrêta net dans ma course. Mon corps entier, secoué par le blocage instantané, s'écrasa durement contre la paroi qui ceignait la patinoire, manquant me faire basculer par dessus la rambarde. Le coup d'épaule de Paul m'avait envoyé valdinguer dans les cordes et ce connard se tenait là, juste devant moi, pas plus ébranlé qu'une putain de montagne.

Rassemblant assez de calme pour repartir, je tentai une feinte sur la droite avant de partir à gauche en trombe. Mais loin de se faire avoir, le corps du lycan adverse s'adapta remarquablement bien au mien, me bloquant totalement le passage. Au delà, je vis Riley récupérer le palet et l'envoyer entre les patins de Jed. Sa crosse s’abattit une fraction de seconde trop tard et le palet lui échappa. Bordel !

Devant moi, Paul fulminait presque, il se foutait complètement de ce qui se passait dans son dos. Merde, il ne lui manquait que l'écume aux lèvres, ce mec était un taré. Un taré avec un putain de regard vide.

- Tu sais quoi, mec ? Ça me plairait bien de tailler une bavette avec toi mais j'ai pas le temps alors il va falloir me lâcher maintenant.

Je partis dans le sens opposé. Cette fois-ci je l'avais pris de court.

Quand j'étais petit, ma mère se plaignait souvent de mon entêtement. Elle se penchait alors vers moi, caressait ma joue d'un doigt et posait son front contre le mien. Alors elle me disait « Mon fils, au cours de ta vie, certains obstacles qui se dresseront devant toi seront aussi hauts que des montagnes. Si tu t'y tapes la tête jusqu'à y creuser un trou, tu louperas sans doute le sentier fleuri qui t'aurait mené de l'autre coté »

Ma mère était d'une sagesse infinie. De mon côté, je n'avais souvent suivit ses conseils, mais le peu de fois où je l'avais fait, ça m'avait sauvé la vie.

Cette fois, j'allais emprunter le sentier fleuri. Je décrivais un large arc de cercle dans la direction opposée à nos buts. C’était le chemin le plus long mais aussi celui qui avait le plus de chances de me mener à bon port.

Paul était sur mes talons, je le sentais. Mais c'était trop tard, le peu d'avance que j'avais pris me suffisait à le distancer et avec un peu de chance... Là ! c'était l'occasion que j'attendais.

Je patinai avec tout ce que j'avais. J'ignorai la douleur dans mon bas-ventre quand je contractais mes abdos, j'allais devoir la jouer fine. En face, l'un des défenseurs de Medford m'arrivait droit dessus. Derrière, Paul patinait comme un fou furieux pour me rattraper. Au lieu de freiner en arrivant à proximité du joueur face à moi, j’accélérai encore en me ramassant juste un peu sur moi-même. Le doute voila le regard de mon adversaire l'espace d'un instant en voyant que je ne ralentissais pas.

C'était maintenant ou jamais. En appui sur ma jambe droite, je me propulsais vers le haut. Ma main droite agrippa l’épaule massive du joueur adverse, trop sonné pour comprendre ce qui lui arrivait vraiment. Un instant le monde fut sens dessus dessous alors que mon salto me faisait passer l'obstacle qui me barrait la route. Mon atterrissage sur un genou manqua un peu de grâce mais ma vitesse était suffisante pour me permettre de repartir sans perdre trop de temps.

Plus jamais je ne critiquerais Lucy quand elle regarderait du patinage artistique à la TV à partir de maintenant.

Un bruit sourd juste derrière moi m'apprit que j'avais doublement réussi mon coup. Paul Frasier et l'autre joueur de Medford venaient de se rentrer dedans. C'était le genre de truc qu'on ne voyait que dans les dessins animés. Je méritais une putain de ola !

Bon OK, l’auto-congratulation allait devoir attendre. J'aurais tout le temps de m'y consacrer une fois le match terminé.

Sans perdre de temps, je rejoignis le lycan en possession du palet. Il se rapprochait dangereusement du but de Salem et Nathan s'agitait devant sa cage. Je dépassais mes coéquipiers sans trop de mal, ça avait du bon d'être le plus rapide parfois... Qu'est ce que je racontais ? C'était toujours le pied de les laisser en plan comme des cons.

Un jour, je leur expliquerai que si la plupart du temps, appartenir au clan Helsing craignait vraiment, ça apportait aussi quelques petits avantages physiques. Mais pas maintenant... Maintenant, je devais faire gagner mon équipe.

L'attaquant de Medford ralentit à une dizaine de mètres de la cage pour tirer le palet. Grossière erreur !

Sa crosse s'éleva à peine dans les airs, c'était le moment que j'attendais.

Pour un humain, je devais ressembler à une tâche un peu floue. Le lycan me vit plus nettement et pourtant il n'eut pas le temps de réagir. À un moment, le palet se trouvait entre ses patins, prêt à être propulsé par sa crosse. L'instant d'après, il filait droit devant moi en direction des buts de Medford.

L'action n'avait duré que quelques secondes et Paul essayait encore de se remettre sur ses jambes quand je passai à côté de lui. Et si un sourire suffisant s'afficha sur mes lèvres, je jure que ce n'était que pure coïncidence... Ouais.

Après ça, j'avais le champs libre. J'entendais mes coéquipiers faire barrage de leur corps autour de moi, m'ouvrant la voie la plus directe possible. Il fallait bien l'avouer, ils assuraient.

Arrivé assez près des buts, je ne fis pas l'erreur de ralentir. Avec une petite impulsion plus puissante que les précédentes, j'alignais le palet avec la trouée formée par les jambes du gardien. Je le frappais alors qu'il était encore en plein mouvement. Le petit bout de caoutchouc noir fila exactement au centre de ma cible.

Le coup de sifflet de Graham agressa mes tympans mais je m'en foutais. Salem venait de reprendre l'avantage au score.

Hourra pour moi!

Je retournai immédiatement à mon poste, les accolades de mes coéquipiers m'accompagnèrent sur le chemin. Julian m'observa de l'autre bout de la patinoire mais ne s'approcha pas.

Étrange...

Je le regardai se replacer au centre, Paul lui fit face immédiatement, attendant que Graham remette le palet en jeu. Un mouvement attira mon attention dans ma vision périphérique. Thomas, était penché sur la rambarde et me faisait signe. Il m'indiqua ses yeux, désigna Julian puis recommença.

Je reportai mon regard sur le jeune attaquant, fronçai les sourcils et compris soudain. Ce n'était pas ses yeux que Thomas désignait mais ceux de Jul.

Le palet bondit des mains de l'arbitre et atterrit juste devant la crosse de mon jeune ami... Qui ne fit pas un geste pour le réceptionner. Paul en profita pour s'en saisir. Julian écrasa le tranchant de sa crosse sur le genou de son adversaire.

Un crac sonore retentit dans le silence de la grande salle et Paul tomba lourdement sur le côté avec un grand cri. Ses mains agrippaient son genou retourné à l'exact opposé de son axe naturel. Et merde !

Graham siffla à s'en faire péter les poumons et je patinai jusqu'à Julian qui n'avait pas bougé d'un millimètre. Je l'attrapai par le bras pour le faire pivoter vers moi.

Le visage sombre sous son casque me frappa d'autant plus qu'il contrastait avec la lueur de rage dans ses yeux orange. Et re-merde !

Je soutins son regard et lui administrai une baffe sur la tête. Son casque n'allait pas le protéger avec la force que j'y mettais.

- Mais t'es complètement con ou quoi ? Putain, Julian !

Sans un mot, le jeune loup se dégagea et patina jusqu'au portique de sortie.

Graham siffla son expulsion alors qu'il atteignait déjà la porte du vestiaire. Quel bordel !

Je me retournai vers le lycan prostré au sol, son genou toujours à un angle improbable. Ses gémissements pitoyables me faisaient de la peine. C'était vraiment ce mec qui m'avait tenu tête pendant une bonne partie du match ?

Mon regard passa de la porte du vestiaire à Paul et inversement. Finalement, je tendais la main vers le lycan à terre. Un peu de fair-play ne ferait pas de mal à notre image.

- Tu veux que je demande à notre guérisseuse de...

- Va chier. Éructa-t-il en repoussant ma main d'un geste brutal.

Se rasseyant tant bien que mal sur la glace, Paul tenta de se recomposer une attitude plus digne. Rapidement, les loups de son équipe l'évacuèrent hors de la patinoire.

Je n'allais pas saluer le geste inconsidéré de Julian mais, putain, je préférais finir le match à quatre contre cinq, que continuer à me faire bloquer par cet emmerdeur.

Une nouveau joueur de Medford fit son entrée tandis qu'avec les trois autres lycans restant de mon équipe, on se plaçait au mieux pour palier l'absence du cinquième joueur expulsé.

Riley se porta volontaire pour la remise en jeu et s'en tira assez bien pour nous donner le temps de faire blocage à l'équipe adverse. À l'initiative du premier lieutenant, il avait été décidé de jouer en défense pour ne pas perdre notre avance.

Malgré ça, Nathan dut arrêter le palet deux fois et Henry faillit perdre un œil quand il se jeta dans les airs pour l’arrêter avec la tête.

Au coup de sifflet final, je ne tenais presque plus sur mes jambes. Ma blessure au ventre me lançait tellement que je m'allongeai face contrer la glace le temps de reprendre mon souffle.

Quand mes coéquipiers et quelques autres loups de la meute me remirent debout, pour fêter notre victoire, je me sentais déjà mieux même si j'avais envie de tordre quelques cous.

Salem avait gagné deux à un mais il s'en était fallu de peu.

Michael nous accueillit à la sortie de la patinoire avec un grand sourire triomphant et une tape dans le dos pour chacun de nous.

- Bien joué les gars. Nous félicita-t-il. Je suis fier de vous.

- Tu as parlé à Julian, Boss ? Demandai-je immédiatement.

Michael soupira, un peu embarrassé.

- J'ai préféré le laisser se calmer dans son coin pour l'instant.

- Parfait, je vais pouvoir lui dire ma façon de penser. Braillai-je en me dirigeant vers les vestiaires.

Lawrence apparut dans mon champs de vision en compagnie de Paul Frasier dont le genou avait retrouvé un angle normal.

- Félicitations pour votre victoire.

Sa main tendue devant lui, l'alpha était tout sourire et ne semblait pas du tout affecté par la défaite de son équipe.

Sans prendre sa main, je le remerciai d'un signe de tête et décidai de reprendre mon chemin sans tarder.

- Ce qui se passe sur la glace reste sur la glace. Lança-t-il, me stoppant net dans ma retraite.

- Je croyais que ça, c'était pour Las Vegas. Intervint Michael qui m'avait déjà rejoint.

- Bien sûr. Ce que je veux dire c'est que, ce qui s'est passé aujourd'hui pendant le match, ne doit pas ternir les bonnes relations entre nos meutes.

- Pourquoi Lawrence ? Tu as la trouille que ton connard de loup créé un incident diplomatique à cause de son comportement merdique ?

J'essayai de garder le sourire pour donner un peu de légèreté à ma question mais je ne réussis qu'à montrer les dents.

- Je te rappelle, lieutenant, que deux de mes loups ont été blessés durant le match, je serais sans doute plus à même que toi de réclamer des comptes si je le voulais.

- Mais tu ne le veux pas, n'est-ce pas ? Parce que tu sais bien que vous l'avez cherché. Dis-je en toisant Paul durement. Et mec, avise-toi encore une fois de jouer au con comme tu l'as fait et ton putain de genou retourné sera le cadet de tes soucis.

- Michael, je n'aimerais pas que ton lieutenant se retrouve dans une situation qui le dépasserait. Menaça Lawrence sans me quitter des yeux.

- La seule situation qui me dépasse c'est ton incapacité à rappeler tes loups à l'ordre. Grondai-je en le regardant droit dans les yeux.

Le grondement de Lawrence résonna dans la patinoire, faisant taire tous les lycans alentour. Son pouvoir d'alpha glissa sur moi comme de l'eau sur les plumes d'un canard. Je n'allais pas baisser les yeux.

Je savais qu'en soutenant son regard, je faisais une connerie, mais à cet instant, je me foutais bien qu'il découvre mon niveau de dominance.

L'alpha de Medford écarquilla les yeux et la main de Michael se posa sur mon épaule.

- Va, Vanniel, je me charge du reste.

Reconnaissant, je consentis à détourner les yeux pour les poser sur mon alpha.

- Merci Boss.

En rejoignant les vestiaires, j'avais pleinement conscience des risques que j'avais pris en m'exposant ainsi. Pourtant, rien que pour le regard interloqué de Lawrence et les relents de peur qui émanaient de Paul, ça en avait valu la peine.

 

La colère imprégnait l'air du vestiaire quand j'y pénétrai. Je fronçai le nez et décidai de me concentrer sur mes autres sens.

Je ne voyais pas Julian, en revanche mon ouïe me donnait une assez bonne indication de l'endroit où il se trouvait.

Évidemment, ce petit con était déjà sous la douche.

- Les autres vont nous laisser quelques minutes avant de se pointer, Julian, et tous les deux on va avoir une petite explication.

Je pris une grande inspiration et enfilai mon costume de lieutenant en m'approchant des douches. Ma carapace bien en place, je contournai le muret qui isolait les douches en me préparant à la remarque scabreuse que le jeune loup n'allait pas manquer de faire sur notre présence, seuls, dans une douche.

Ce que mes yeux me révélèrent me surprit autant que le silence qui m’accueillit.

Julian ne se lavait pas, il gardait la tête baissée sous le jet d'eau... Tout habillé.

Son équipement complet y passait, ou presque. L'eau engorgeait son maillot et le plaquait contre les protections juste en dessous.

Ses cheveux paraissaient plus foncés et beaucoup plus longs que lorsqu'ils étaient secs. Avant sa transformation, son visage était si fin que, dans la même position, on aurait pu le prendre pour une fille. Aujourd'hui, sa mâchoire carrée, si serrée que j'en avais mal pour lui, se dessinait sous ses mèches blondes qui en suivaient le contour.

Il ne me regardait pas. J'ignorai s'il m'avait entendu.

- Tu vas faire rouiller ton équipement, tu sais.

- Les protections des lycans sont renforcés avec du titane, ça ne rouille pas. Répondit-il d'une voix morne.

- Peut-être mais ça ne peut pas être bon, tu vas en fragiliser la structure.

- Le titane est l'un des métaux les plus résistants.

- Je croyais que c'était l'adamantium, le plus résistant.

Julian tourna la tête et ouvrit finalement les yeux.

- Tu sais que l'adamantium n'existe pas vraiment, n'est-ce pas ?

- Va dire ça à Wolverine, petit.

L'ombre d'un sourire se dessina sur ses lèvres pleines.

- Je me suis toujours demandé comment il faisait pour produire des globules rouges après que son squelette ait été remplacé.

Je clignai des yeux plusieurs fois, je ne voyais pas où il voulait en venir.

- Je crains que tu m'aies perdu sur ce coup là.

- C'est pas grave, c'est juste des trucs qui me passent par la tête de temps en temps.

Je décidai de m'approcher un peu plus. Une gouttelette d'eau s'écrasa sur ma joue, elle était glacée.

- Et il s'est passé quoi dans ta tête, exactement, tout à l'heure, quand tu as décidé de briser le genou de Paul ?

Julian gronda et resserra ses poings contre le mur, faisant crisser le tissu gorgé d'eau.

- C'était un connard, il ne jouait pas, il essayait juste de te casser.

- Ouais... Ben... Tu sais, il s'en prenait à moi. C'était à moi de gérer.

Les muscles de sa mâchoire se contractèrent un peu plus.

- Je pouvais pas te laisser te faire virer de l'équipe.

Un long soupir m'échappa.

- Jul... Ce n'est pas à toi de me protéger.

- Pourquoi ? Parce que je ne suis pas assez fort ? Tu me prends pour un faible, je le sais bien.

J'en restai bouche bée quelques secondes. D'où est-ce que ça sortait ?

- Arrête ! Ça ne va pas ? Qu'est-ce que tu racontes ? Je n'ai jamais pensé que tu étais faible.

- Je veux que tu reviennes sur ton serment, Van... Son murmure était si bas que je n'étais même pas sûr de l'avoir entendu. On n'avait jamais vraiment reparlé de ce serment qui impliquait qu'il était toujours sous ma protection.

- Ta transformation ne date que de quelques mois et ce ne serait pas pru...

- JE VEUX QUE TU ANNULES TON SERMENT !!! Hurla-t-il en se tournant finalement vers moi. Farkas est mort, les autres me respectent maintenant, je n'ai plus besoin de ta protection.

J'écarquillai les yeux en le maintenant à distance par les épaules.

- Julian, je ne comprends pas en quoi ce serment...

- Ça me donne l'impression d'être important. Lâcha-t-il dans un souffle. Tu ne l'as fait pour personne d'autre, j'ai demandé, je me suis renseigné. Tu sais que tu aurais du l'annuler depuis des semaines mais tu laisses traîner et tu me fais croire que je compte pour toi. Tu me donnes l'espoir d'être spécial à tes yeux.

- Je n'ai pas...

- Tu es cruel, Van. Tu ne peux pas m'obliger à accepter ta protection et refuser dans le même temps la mienne. Je grappille les miettes que tu daignes me balancer depuis des mois et je me raccroche à cette connerie de serment pour tenir. Tu es cruel et injuste.

À force de reculer pour le maintenir toujours à distance, mon dos avait fini par rencontrer le mur, j'étais coincé.

Son regard triste cherchait le mien, sa bouche s'incurvait juste un peu vers le bas et ses lèvres avaient légèrement bleui.

Ma main remonta lentement de son épaule à sa nuque et je l'attirai à moi jusqu'à ce que son front se pose contre le mien.

- Tu n'es pas faible, Julian, mais tu refuses de prendre la position qui te revient dans la meute. Expliquai-je simplement. Le jour où tu...

- Conneries... Gronda-t-il.

- Julian, arrête. Tu prends tout ça trop à la légère et si...

- Conneries ! S'écria-t-il plus fort en essayant de se dégager. Je raffermis ma prise sur sa nuque.

Il avait raison, j'aurais dû mettre un terme à ce serment depuis un moment déjà... Pourquoi ne l'avais-je pas fait ?

- Tu vas annuler le serment, Van, et tu vas l'annuler aujourd'hui même.

Merde ! Je n'avais aucune intention de l'annuler, ce petit con était sous ma protection et il allait le rester.

- Tu me donnes un ordre, Jul ? À moi ? Grondai-je en faisant appel à mon instinct dominant.

Je ressentis le moment exact où son corps perçut le danger. Chacun de ses muscles se contracta.

 

Deux phénomènes se produisirent alors simultanément. Son regard ne quitta pas le mien et ses yeux prirent une couleur orangée que je ne connaissais déjà que trop bien. Dans le même temps, j'entendis le raclement de ses griffes en train de pousser contre le mur, de chaque coté de ma tête.

Julian était un dominant, pas autant que moi évidemment, mais son loup se révoltait contre la pression que lui infligeait le mien. Si je ne faisais rien, il allait se transformer et j'allais devoir le remettre à sa place.

Une vague image de moi en train de forcer Julian à accepter mon autorité me traversa l'esprit. Ç' avait été fulgurant mais ça ne m'avait pas plu... Vraiment pas du tout.

Je plaquai ma bouche contre la sienne.

Sa réaction ne se fit pas attendre. Ses yeux s'agrandirent et s'éclaircirent jusqu'à retrouver leur teinte azur. Du coin de l’œil, je vis ses griffes se rétracter jusqu'à disparaître complètement.

Son corps était toujours aussi contracté. Encore un peu et j'allais réussir à...

Ses lèvres entrèrent en action. D'abord rigides, elles semblaient, à présent, fondre contre les miennes. Un grondement guttural s’éleva entre nous. Le problème, c'est que j'ignorais de qui il provenait.

Sa langue força son passage entre mes lèvres et ma tête cogna contre le mur derrière moi. Elle était brûlante et le contraste avec la froideur de ses lèvres m'arracha un gémissement.

Est-ce que je venais vraiment de gémir ?

Je n'étais pas prêt à ça, je voulais seulement détourner son attention...

Je voulais seulement détourner son attention, n'est-ce pas ?

Sa langue s'activait dans ma bouche et j'avais la sensation d'être l'arroseur arrosé. Je n'avais pas encore répondu à ce baiser... Pas vraiment. Mais la chaleur de sa langue, sa douceur, son exigence... Elle me réclamait une reddition totale.

La pointe de ma langue caressa la sienne et ce fut comme un signal silencieux entre nous.

Ses bras se refermèrent autour de mon cou alors que je verrouillais les miens autour de sa taille. Je sentais l'eau qui engorgeait ses vêtements s'infiltrer à travers les miens tant il pressait tout son corps contre moi.

Il frissonnait entre mes bras mais je savais que ça n'avait rien à voir avec le froid.

Ses doigts se refermèrent sur le col de mon maillot comme pour s'assurer que je n'allais aller nulle part. Sauf que je n'avais aucune envie de partir cette fois. Ses lèvres se réchauffaient contre le miennes et chaque mouvement était plus habile que le précédent. Nos langues dansaient l'une contre l'autre, nos dents s'entrechoquant parfois.

Son bassin s'inclina vers l'avant.

Manifestement, son excitation était aussi palpable que la mienne. Un long gémissement rauque lui échappa quand il s'en aperçut.

Soudain l'atmosphère changea et un raclement de gorge me ramena à la réalité.

- Quand tu m'as demandé de te laisser lui dire ta façon de penser, Van, ce n’était pas vraiment ce à quoi je m'attendais.

Les yeux écarquillés, je tournais la tête au ralenti en direction de la voix bien trop familière qui venait de parler.

Michael, Lucy et l'équipe au complet, ainsi que quelques loups de la meute venus assister au match, nous dévisageaient.

Et merde !

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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 14:54

- Si tu es très très gentil avec moi, je fais fondre la glace sous leurs pieds dès la reprise du match. Chuchotai-je à Michael en m'approchant dans son dos.

Mon compagnon gronda en se tournant et m'attrapa dans ses bras musclés.

- Si tu es très très gentille avec moi, je te promets de te laisser les noyer avant que je leur torde le cou.

Je ris contre son torse moulé à la perfection dans le pull en maille noir que je lui avais offert quelques semaines plus tôt.

- Alors, est-ce qu'on parle des loups de Lawrence ou de notre belle équipe de bras cassés ? Demandai-je pour m'assurer que nous étions sur la même longueur d'onde.

- Ce ne sont pas des bras cassés. Me réprimanda-t-il en m'assenant une petit fessée. Et je parlais bien de l'équipe de Medford. Ajouta-t-il, un sourire dans la voix.

- Bon, nous sommes d'accord. Mais Nathan a laissé passer un palet. On n'a pas d'avance pour la suite du match.

En réalité, je ne m'en faisais pas vraiment pour notre équipe. Je les avais vus s’entraîner et ils avaient toutes leurs chances. Mais je commençais à bien connaître Michael à présent et j'avais appris de quelle manière il fonctionnait.

- D'accord, mais tu connais l'esprit de compétition de Van, il ne va pas se laisser abattre si facilement, sans compter que Julian est bien plus coriace que je le pensais. Et puis Jed a sans doute déjà repéré leur point faible et doit être en train d'établir un plan pour l'expl... Attends une minute. S'interrompit-il.

Je souris en refusant de relever la tête vers lui. La laine toute douce de son pull réchauffait mon nez rougit par le froid.

- Toi, tu es encore en train de me manipuler pour que je me rende compte tout seul que je n'ai pas de raison de m'emporter.

- Tu me prêtes des intentions bien peu honnêtes, Michael. Et puis « manipuler » a une connotation trop péjorative. Je préfère penser que je t'amène en douceur vers une conclusion à laquelle tu te serais rangé de toute façon. Et puis, si j'essaie de te faire entendre raison directement, tu sais que tu vas te braquer et m'opposer des arguments rien que pour me contredire. Expliquai-je calmement.

- Je ne fais jamais ça ! Quand est-ce que je t'ai fait ça ? Est-ce que je le fais vraiment ?

- Tu le fais tout le temps. Déclarai-je en pointant un doigt vers lui.

- Seulement pour qu'on se dispute un peu, Amour.

- Tu te moques bien de nos disputes. L'accusai-je.

- Parfaitement incorrect ! Simplement, je vois à plus long terme que toi... Et après la dispute, il y a la réconciliation. Et tu sais comme nous sommes doués pour nous réconcilier. Gronda-t-il doucement en grignotant gentiment mon cou.

- Et après c'est moi que tu accuses de manipulation.

Mon compagnon rit en m'attirant plus étroitement contre lui.

Van patina jusqu'à nous en profitant du temps de pause entre les périodes de jeu.

- Boss ! Interpella-t-il Michael. Tu as remarqué quelque chose ? Dans le public je veux dire, pas sur ta compagne. Elle, on sait déjà qu'elle est bizarre.

Je levai mon majeur en direction du lieutenant en affichant mon plus beau sourire.

- J'ai eu Lawrence et Carson au téléphone, pour l'instant tout a l'air de bien se passer. Pas de comportement étrange en vue.

Jolie façon de rebondir quand on n'a pas patrouillé comme on aurait dû. Pensai-je.

- En même temps, tout le monde a l'air fou, je trouve.

- Tu dis ça seulement parce qu'ils m'acclament et que tu es jalouse.

- Michael, je viens de constater un comportement suspect. M'alarmai-je en regardant Van. On dirait que ton troisième lieutenant a perdu tout sens de la mesure, il tient des propos incohérents et il a des hallucinations.

- Bien joué ma petite. On verra bien ce que tu en penseras quand tu verras la foule de mes fans s’agglutiner à la sortie de la patinoire pour avoir un autographe.

- Attends, rappelle-moi une chose. M’étonnai-je. Van, c'est bien le diminutif de vanité, c'est ça ?

- Pas du tout ! C'est le diminutif de « va niq...

- Vanniel !! Gronda Michael suffisamment fort pour que des dizaines de têtes se tournent vers nous.

Le lieutenant nous offrit sa plus belle expression innocente.

- Un petit coup de main par ici ? Nous proposa Julian en s'approchant rapidement.

Le jeune lycan s'affala contre le dos de Van en ratant son freinage.

Je retins un sourire, je l'avais vu effectuer des arrêts parfaitement maîtrisés sans problème pendant le match.

- Génial ! Manquait plus que lui. Soupira Van.

Julian simula une perte d'équilibre pour s'accrocher au cou du lieutenant.

- Si tu ne sais pas tenir ta langue, je peux te l'occuper, si tu veux. Lui susurra-t-il à l'oreille.

- Arrête un peu de t'occuper de ma langue et occupe-toi plutôt de ton jeu. Gronda Van. Pour un branleur, je ne te trouve pas très doué avec le manche d'une crosse entre les mains.

- C'est parce que je manque d’entraînement ces derniers temps. Expliqua-t-il en effectuant un petit geste suggestif de la main qui ne laissait pas de doute quant au type d’entraînement qu'il aurait aimé pratiquer avec lui.

La réponse de Van s’évanouit dans le brouhaha ambiant tandis qu'ils s’éloignaient tous les deux en direction du reste de l'équipe sans même un regard pour nous.

- Tu te souviens quand Julian était timide et rougissait dès qu'on lui adressait la parole ? Je crois que son loup l'a mangé et qu'il l'a remplacé par un acteur de porno gay.

Michael éclata de rire en passant un bras autour de mes épaules.

- Le Julian que tu vois aujourd'hui est le vrai Julian. Son comportement effacé n'était que le résultat des influences extérieures qu'il a reçu tout au long de sa vie. Une fois que son loup l'a aidé à prendre confiance en lui, il a pu se révéler au grand jour.

Je fronçai les sourcils en regardant le visage de mon compagnon.

- Quel genre d'influences extérieures peut modifier à ce point la nature profonde de quelqu'un ?

- Le genre que tu n'aimerais pas. Répondit-il dans un souffle, un muscle tressautant sur sa joue.

J'avais envie d'approfondir le sujet mais déjà le match semblait être sur le point de reprendre et notre équipe se plaçait sur la glace.

Julian se tenait prêt pour la remise en jeu et fit rapidement signe de le regarder à un Van qui ne paraissait pas très satisfait de la situation.

Graham, comme lors du premier tiers-temps, engagea le jeu en relâchant le palet au milieu des crosses. Il s'envola presque lorsque mon loup le cueillit au nez et à la barbe de son adversaire direct. Son geste était fluide et précis et sa technique, bien que rudimentaire, était largement compensée par son instinct.

À présent que mon œil était habitué à la vitesse des lycans durant le match, mon cerveau s'adaptait et anticipait les mouvements, me permettant de suivre l'action en cours.

Julian se tassa sur lui même et esquiva un joueur de l'autre équipe en pivotant sur lui même. Ça, c'était un mouvement que je connaissais. Il avait imité l'un des mouvements préférés de Van. Le petit apprenait vite.

Autour de moi, l'étreinte de Michael se fit plus ferme à mesure qu'il approchait du but. Les muscles contractés, mon compagnon vivait l'action comme s'il y était. Je le sentais même basculer presque imperceptiblement d'un côté ou de l'autre, une infime seconde avant que Julian n'effectue le même mouvement. C'était assez étrange, j'avais l'impression qu'il pilotait le corps du jeune lycan. Je prenais la mesure de l'expérience de Michael sur la glace. Il avait participé à assez de matchs pour être capable d'anticiper chaque geste des joueurs alors qu'il ne jouait pas lui-même.

Je levai la tête un instant pour observer le regard concentré de mon homme. Un grondement sonore s'échappa de sa gorge. Le remplaçant du loup de Medford se dressait sur le chemin de Julian, un rictus méprisant sur le visage. Mon compagnon relâcha son étreinte pour agripper la rambarde, son regard se reporta sur Van, pourtant à l'écart de l'action, juste là en soutien. Il fronça les sourcils et laissa la marque de ses doigts dans la barre métallique.

C'est alors que je le vis.

Le joueur adverse ne fixait pas Julian qui avait pourtant le palet mais reportait toute son attention sur le lieutenant toujours en retrait.

Il abattit sa crosse sur la patinoire une fraction de seconde après le passage du palet devant lui. L'effet était étrange. Il semblait avoir essayé d'arrêter le palet, mais quelque chose clochait dans son geste.

- Van ! Cria Michael

Un morceau de glace plus gros que mon poing filait droit sur la tête du lieutenant à la vitesse d'un boulet de canon. Mon loup esquiva le projectile de justesse, une fine ligne rouge se dessina sur sa joue et une goutte de son sang perla jusqu'à sa mâchoire avant de s’écraser sur la surface immaculée de la patinoire.

Des yeux dorés se braquèrent sur la tête de l'attaquant qui semblait très satisfait de lui. Un instant plus tard, le torse de Graham heurta celui de Van dont le grondement venait de résonner dans toute la salle.

- Calme-toi loup ! Ou je te sors du jeu !

Le lieutenant reporta son regard sur l'arbitre et ses yeux redevinrent progressivement marron.

- C'est bon ! Asséna-t-il, son affirmation claquant comme un juron.

- Pourquoi Graham a-t-il donné un avertissement à Van, alors que c'est évident que l'autre a essayé de le blesser ? M'écriai-je, abasourdie.

Mon alpha fulminait littéralement. Sa mâchoire était crispée et je l'entendis presque grincer lorsqu'il desserra les dents pour me répondre.

- Du point de vue de l'arbitre, ce coup de crosse pouvait parfaitement entrer dans le cadre du jeu. Il aurait pu essayer d'arrêter le palet, le morceau de glace n'est qu'un... Malheureux accident...

La fin de la phrase avait eu du mal à sortir.

- Mais tu as vu toi aussi qu'il le regardait ! Michael, il l'a visé directement !

- Notre parole contre la leur...

J’observai tour à tour mon compagnon et son lieutenant sur la glace. Ces deux-là semblaient avoir l'une de ces conversations muettes qui ne passait que par les yeux et le langage du corps.

Finalement, le jeu reprit et Michael me signifia qu'on ne bougeait pas pour l'instant mais qu'on allait le garder à l’œil.

Ouais, le garder à l’œil semblait être une bonne idée. Ce lycan avait visiblement un problème avec Van. Durant tout le reste du tiers temps, ils ne se lâchèrent pas d'une semelle.

Les autres joueurs tentèrent vaillamment de marquer des buts mais l'inaction forcée de notre lieutenant et de son adversaire direct semblait contaminer le reste de leur équipe.

Au final, le coup de sifflet retentit sans qu'aucune meute n'ait pu ajouter de point à son score.

Michael héla alors son équipe et ils se regroupèrent tous au bord de la patinoire juste devant nous.

Je me penchai et attrapai le menton de Van pour lui faire tourner la tête. La coupure était déjà refermée, tout irait bien.

- Nathan, qu'est-ce qu'on sait sur ce loup ? S'enquit mon compagnon dès que mes préoccupations médicales furent réglées.

- Pas grand chose. Se désola notre premier lieutenant. Il s'appelle Paul Frasier, quarante quatre ans, lycan depuis douze ans. Raphaël l'a accueilli dans sa meute le temps de s'assurer de sa stabilité, il a ensuite choisi de rejoindre Medford quand il a décroché un poste d'instituteur à Jacksonville. Aucun antécédent, pas de comportement déviant notable, sa position hiérarchique est dans la moyenne.

La définition de « pas grand chose » de Nathan était à des lieues de la mienne, voilà pourquoi il était premier lieutenant.

- Attends une minute, ce mec bosse avec des enfants ? M'exclamai-je sans cacher ma surprise.

- Il est plutôt du genre patient en temps normal.

- Donc, on peut supposer que son comportement n'a rien d'habituel. En conclut Michael.

- Sauf que l'année dernière, Van et lui ont failli se battre pendant la fête donnée en l'honneur du vainqueur.

Je fis volte-face en bondissant comme une sauterelle sur un trampoline. Thomas m'adressa un regard d'excuse.

- C'est quoi cette histoire ? Je ne me suis pas battu l'année dernière. Affirma Van.

- Non mais tu as failli, comme je l'ai dit. Rappelle-toi, la rousse que tu as dragué après la finale, c'était sa copine et il n'avait pas apprécié, j'ai du vous séparer avant que ça tourne mal.

- Et merde ! J'avais complètement oublié. Grimaça le troisième lieutenant.

- Ah ouais ? Une rousse hein ? Demanda Julian d'un ton amer.

Un bel ensemble de cinq paires d'yeux levés au ciel accueillit sa remarque, le dissuadant de pousser plus loin ses investigations.

- Et donc... Il a une dent contre toi et il a attendu une année entière pour prendre sa revanche ? Demandai-je, dubitative.

- La question est : Sommes-nous prêts à prendre le risque de passer à côté d'un lycan sur le point de perdre le contrôle sur la base d'une histoire de rancœur qui remonte à l'année dernière ? Demanda Nathan.

Michael soupira et jeta un coup d’œil aux alentours.

- Je vais aller en parler avec Lawrence. Il s'agit de son loup après tout, il saura peut-être quelque chose. Pour l'instant, aucun autre alpha ne s'est alarmé et s'il n'avait pas pris l'un de mes loups pour cible je n'y aurais peut-être même pas prêté attention non plus.

Notre groupe acquiesça et commença à s'éparpiller.

- Van... L’interpella Michael. Tu es le plus à même de reconnaître les signes. Je compte sur toi pour ne pas te laisser embarquer dans son jeu et rester concentré.

- Compris Boss ! Acquiesça solennellement le lieutenant.

- Est-ce que je peux faire quelque chose ? S'enquit Thomas toujours à côté de nous.

- Où en es-tu avec Ethan Wade ? Demanda mon compagnon.

- Pour l'instant, je piétine. Carson et sa parano habituelle... Il a remarqué que j'essayais d'approcher son loup et il sent qu'il y a anguille sous roche, du coup je n'arrive pas à lui parler seul à seul.

- Carson et surtout son loup nous doivent une faveur depuis que Lucy lui a sauvé la peau. N'hésite pas à t'en servir. Rappela l'alpha. J'irai en toucher deux mots à Carson si c'est nécessaire. En attendant, j'aimerais que tu gardes un œil sur Julian jusqu'à la fin du match. Je fais confiance à Van pour garder son sang-froid mais j'ai peur que le jeune ne fasse pas preuve d'autant de retenue.

- Bien alpha. Répondit Thomas.

J'adressai un sourire rassurant à mon ami avant de m'éloigner avec Michael. Quelques mois plus tôt, un vampire que nous avions fait prisonnier avait lâché à Thomas que le meurtrier de sa compagne n'avait pas rendu son dernier souffle comme il le pensait. Depuis mon ami n'était plus lui même... Mais si je prétendais que rien n'avait changé, peut-être ne remarquerais-je pas les cernes sous les beaux yeux bleus de Thomas, ni la tristesse dans le sourire qu'il me rendit.

Ouais... Et les licornes surferaient bientôt sur un arc-en-ciel sous une pluie de pétales de roses !

- Est-ce que tu vas le réintégrer à l'équipe de hockey avant la fin du tournois ? Demandai-je à mon compagnon alors que nous nous frayions un chemin à travers la foule.

- Pour l'instant, le mieux pour lui est de se consacrer à la recherche des informations dont il a besoin.

- Tu ne crois pas que ça pourrait lui faire du bien de se concentrer sur autre chose le temps d'un match ?

Michael s'arrêta et me regarda dans les yeux.

- Si tu m'avais posé la même question il y a quatre ans, je t'aurais répondu que tu avais raison. Aujourd'hui... S'il t'arrivait quelque chose, amour, si on t'enlevait à moi, si un être, quoi qu'il soit, t'arrachait à mes bras... Il n'y aurait rien sur cette terre qui pourrait m’empêcher de retourner le monde entier pour le retrouver et le tuer. À présent que je sais ce qu'il a eu et ce qu'il a perdu, je sais que rien ne pourra le détourner de sa vengeance.

Les émeraudes de ses yeux se transformaient progressivement en saphirs tandis qu'il parlait. Mais même sans ça, j'aurais su qu'il pensait chacun des mots qu'il avait prononcés. Michael retournerait le monde entier pour moi.

Eh bien, qu'il en soit ainsi, pour cet homme, je le brûlerais jusqu'à ce qu'il n'en reste que des cendres.

 

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 15:03

- Tu es sure que ça ne risque rien ? Se lamenta Julian en ajustant son équipement sous son maillot de hockey.

Je finissais tout juste d'inspecter, pour la troisième fois de la journée, la cicatrice de Van.

- Non c'est bon. L'assurai-je. Sa cicatrice est en train de disparaître, tout roule et je suis sure qu'il n'a déjà plus mal. N'est-ce pas Van ?

Je tapotai son bas ventre avec assurance comme on flattait le flanc d'un gentil chien. Mon ami écarta ma main prudemment d'une zone plus sensible et bien trop proche à son goût.

- Arrête de me materner, gamin, j'ai déjà remporté des duels avec des blessures pires que ça et sans l'intervention de Lucy. Je gère, t'inquiète. Gronda-t-il. Je ne vais pas laisser passer ma chance de prendre ma revanche sur l'équipe de Medford. L'année dernière, ils nous ont battus de quelques points seulement.

- Je ne te materne pas, je prends soin de la marchandise. Répondit-il en agrippant une poignée des cheveux hirsutes de Van pour l'attirer plus près de son propre visage. Si tu ne fais pas attention à toi, je vais devoir prendre des mesures pour t'enfermer pour ton propre bien... De préférence dans ma chambre... Attaché à mon lit par des menottes...

- Ce ne sont pas des menottes qui vont me retenir.

Van levait les yeux au ciel pour montrer son exaspération mais je notais, non sans une certaine satisfaction, qu'il n'avait pas repoussé Julian.

- Tant mieux, j'ai de grands projets pour nous deux, et je vais avoir besoin de tes mains pour ça.

- Pour l'instant, tout ce que ces mains vont agripper, c'est une crosse de hockey, arrête avec tes allusions salaces.

- Des allusions salaces ? Quelles allusions salaces ? S'étonna le plus jeune. C'est toi qui sautes tout de suite aux conclusions.

Julian s'écarta en prenant son air faussement outré avant de s'élancer sur la glace.

- Mais c'est une bonne chose que tu t'habitues à agripper quelque chose de long et dur. Ajouta-t-il néanmoins, juste assez fort pour que nous l'entendions tous les deux.

Van écarquilla les yeux avant de reporter son regard sur moi. J'étais prête à parier que ses mains avaient agrippé la rambarde avant de vite la relâcher comme s'il s'était brûlé. Des trucs longs et durs, on en trouve un peu partout apparemment.

- Tu vas le corriger pour t'avoir parlé de cette manière ? M'enquis-je avec un petit sourire.

- À quoi bon ? Il serait même susceptible d'y prendre du plaisir à mon avis.

Je levai les yeux au ciel. Julian bénéficiait d'un passe-droit dont il usait et abusait sans modération.

Van me sourit d'un air entendu avant de me pousser d'un petit coup d'épaule.

- Allez ma jolie, il est presque l'heure. M'avertit-il. Sors de la glace avant que l'arbitre ne te prenne pour un joueur.

Je reculai jusqu'à sortir de la patinoire.

- Fais attention, d'accord ? Je t'ai rafistolé une fois de plus mais protège quand même ton ventre.

Le lieutenant m'adressa un sourire avant de s’élancer au milieu de la patinoire. Pour ce que j'en savais, il pouvait aussi bien vouloir me dire qu'il était d'accord, comme d'aller me faire foutre...

Graham s'avança sur la glace avec le même sourire tranquille que je lui avais vu arborer la première fois que je l'avais rencontré. Sa tenue d'arbitre noire et blanche, un peu trop ajustée pour son corps musclée, ou bien peut-être était-ce fait exprès, me faisait frissonner. Je portais l'un des grands pulls de Michael, par dessus plusieurs couches de vêtements m'appartenant, et pourtant j'avais froid.

L'alpha blond braqua ses grands yeux bleus sur les membres de l'équipe de Medford et de Salem et sortit le minuscule palet noir de sa poche.

Je m'appuyai à la rambarde de la patinoire avec un petit sourire. L'ambiance électrique sur le terrain était perceptible et contagieuse. Mes loups avaient envie d'en découdre. Les patins raclaient le sol glacé et les crosses passaient fébrilement d'une main à l'autre. En cet instant, ils ressemblaient plus à des lions en cage qu'à des loups.

Van s'approcha du centre où se trouvait Graham, en même temps qu'un lycan que je ne connaissais pas, un loup de Medford.

Les deux adversaires se firent face et le silence s’abattit comme une chape de plomb sur la patinoire. Je pris une grande inspiration. Je pouvais entendre mon cœur battre dans ma poitrine tandis que, sous leur équipement, les muscles des joueurs se bandaient, et que leur regard se fixait sur un seul point: le palet.

Graham fixa les deux joueurs les plus proches de lui l'un après l'autre et engagea la partie.

Lorsque le petit rond de caoutchouc vulcanisé ricocha sur la glace, un brouhaha intense venu de chaque recoin de l'immense salle fit bourdonner mes oreilles. Les loups de toutes les meutes présents hurlèrent leurs encouragements alors que les joueurs s'élançaient sur la glace à une vitesse ahurissante.

Au début, mes yeux habitués à l'immobilité des lycans, quelques secondes plus tôt, eurent du mal à suivre l'action en cours. La silhouette des joueurs se floutaient un court instant avant de redevenir nette, et chaque fois un nouveau loup avait le palet. Je ne savais plus où donner de la tête. Salem cherchait à percer la défense de Medford impitoyablement, s’engouffrant dans chaque faille, dans chaque espace laissé libre. Mais Medford tenait bon, pire encore, ils faisaient reculer mon équipe un peu plus à chaque action.

Van, soutenu par un Julian impressionnant, livrait un véritable combat pour grappiller quelques mètres en direction de la cage adverse. Henry, l'un des dominants de la meute et troisième attaquant de Salem ne ménageait pas ses efforts pour se démarquer de son adversaire qui lui collait aux basques. Les deux défenseurs, Riley et Jed, faisaient leur possible pour empêcher les joueurs de Medford de s'approcher du palet. Les coups d'épaule se succédaient, le bruit des corps s'entrechoquant, résonnant malgré les encouragements tonitruants de la foule. Et une brèche inattendue s'ouvrit enfin dans la défense de Medford.

Mon ami et lieutenant s'y engouffra la seconde suivante, patinant comme s'il volait à la surface de la glace, chaque geste parfaitement maîtrisé tandis que le palet virevoltait d'un côté comme de l'autre.

J'empoignai plus fermement la rambarde alors que seuls quelques mètres séparaient encore Van de la cage de Medford. Il y était presque.

Le lycan se stoppa brutalement, et sa position se modifia légèrement alors qu'il s’apprêtait à envoyer le palet en direction des filets. Du coin de l’œil, j'apercevais déjà l'un des attaquants adverse foncer sur lui à grande vitesse... À trop grande vitesse... S'il ne freinait pas un peu, non seulement il allait percuter Van de toutes ses forces avant qu'il ait pu tirer, mais il risquait aussi de blesser mon loup, et lui avec.

Mais alors que je le pensais dans son angle mort, Van pivota sur lui même dans un mouvement souple, emportant le palet avec maestria, loin de la crosse de l'autre joueur. Si je ne l'avais pas vu faire, j'aurais eu du mal à croire qu'un tel mouvement pouvait être possible sur la glace.

Le joueur de Medford, surpris et déséquilibré par le manque de résistance qu'il rencontra, fila droit vers la rambarde, la tête la première. Il s'effondra dans un bruit sourd, immédiatement suivi des cris de joie de l'assistance. Van venait de marquer le premier but.

Après quelques minutes qui servirent à évacuer le joueur de Medford complètement sonné, et à faire entrer un remplaçant, le match reprit.

Galvanisé par leur but, mon équipe semblait enragée et prête à dévorer le monde.

Au delà du match, appuyé à la rambarde du coté gauche de la patinoire, je voyais mon compagnon sourire. Il était censé patrouiller dans la foule et remarquer le moindre comportement suspect, comme les autres alphas, hormis Graham bien sûr. Cela dit, je comprenais parfaitement son envie de regarder les prouesses de son équipe. Michael suivait chaque action de son regard acéré et je percevais chaque inclinaison légère de son corps, tandis qu'il vivait le match en même temps que les joueurs.

- Il n'a pas changé, on dirait.

Je sursautai en sentant le souffle chaud d'un lycan dans mon cou.

- Quoi ? Dis-je en faisant volte-face.

Raphaël me sourit avec bienveillance, les mains levées en une excuse muette.

- Michael. Je disais qu'il n'avait pas changer. La première fois que je l'ai emmené voir un match, il avait déjà ce regard concentré, comme s'il était sur la glace avec les joueurs.

- C'est toi qui l'a emmené voir son premier match ? Demandai-je, curieuse d'en apprendre plus sur le passé de mon compagnon.

Je m'étais demandée si je devais tutoyer l'alpha de Portland un peu plus tôt mais finalement , ça me semblait plutôt naturel puisque j'allais sans doute être amenée à le revoir souvent.

- Oui, c’était en 1914.. peut-être 1915.. Je ne sais plus. À cette époque, l'équipe de Portland s'appelait les Rosebuds et il y avait bien moins de joueurs. Le hockey était un sport jeune dans nos contrées.

Je souris à l'utilisation désuète du mot « contrée ».

- Il appartenait déjà à ta meute à cette époque alors ?

- Je vois qu'il ne t'a pas encore tout raconté. Dit-il en riant légèrement, ce qui le fit paraître encore plus jeune que moi. Michael a été mon premier lieutenant pendant près de soixante ans.

J'écarquillai les yeux suite à cette révélation. Qu'il ait été l'un de ses lieutenants ne m'étonnait pas vraiment, j'avais déjà cru le comprendre lors de ma première rencontre avec Raphaël. Néanmoins, je n'avais pas imaginé que ça ait pu durer si longtemps. Quelque part, Michael devait avoir eu raison. Je n'avais jamais vraiment envisagé qu'il ait passé les cents-soixante-deux ans de sa vie autrement qu'en chef de meute.

Raphaël éclata de rire devant mon expression, une main posée sur son cœur. Son T-shirt du jour arborait un magnifique « Team Jacob ». Si je n'avais pas eu aussi froid pour lui, j'aurais sans doute ri avec lui.

- Et tu l'as laissé partir comme ça ? Sans t'y opposer ?

L'alpha s'essuya rapidement les yeux avant de me sourire.

- Eh bien, c'était ça ou un duel, et tu as bien vu dans quel état il se met quand il est en colère. Il faudrait être fou pour s'y frotter.

J'aimais bien Raphaël. Ce lycan se promenait avec des T-shirts à messages, éclatait de rire pour un oui ou pour un non, se montrait affable et souriant et balançait ce genre de répliques destinées à le montrer sous un jour relativement inoffensif. Pourtant, il gérait une meute d'une soixantaine de loups, avait plus de cinq-cents ans et inspirait un respect infini à tous les dominants de ma connaissance.

- Et j'imagine que l’installation de Michael à Salem est une coïncidence ? Demandai-je avec un sourire entendu.

- Oh, tu sais, j'avais ce petit bout de territoire qui ne me servait à rien... Et puis j'aime garder un œil sur mes petits.

Le regard de Raphaël se posa alors tour à tour sur Michael, Graham, Lawrence et Carson, m'indiquant par la même occasion où chaque alpha se trouvait. Je me demandai si toutes les meutes de l'état avaient été créées indirectement par Raphaël.

- Tu es donc, en quelque sorte, le père de toutes les meutes de l'Oregon ? Demandai-je pour avoir confirmation de mon intuition.

L'alpha éclata de rire avant de secouer la tête.

- C'est une façon de voir les choses. Je préfère penser que je suis un bon maître d'apprentissage. Et puis, les cinq meutes ici présentes ne sont pas les seules à s'être établies dans l'état. Certains lycans s'organisent en petits groupes beaucoup plus restreints et vives à l'écart des humains. Ils évitent les interactions avec l'extérieur et change de territoire au gré des mouvements du gibier. Et je n'ai aucune influence sur leur implantation.

Je souris. Il venait de confirmer à mi-mot son rôle dans la création de quatre des plus importantes meutes de l'état.

Des cris d'excitation s'élevèrent autour de nous et je reportai brièvement mon regard sur la patinoire. Le nouvel arrivant de Medford venait de tirer et Nathan, le gardien de l'équipe, avait stoppé le palet à l'aide de ses genoux. Il s'en était fallu de peu.

- Je n'ai pas vu Lori. Dis-je sans quitter le jeu des yeux. Elle est restée à l’hôtel aujourd'hui ?

- Non, elle est rentrée à Portland pour un jour ou deux, elle avait des affaires à régler avec sa famille.

Son ton circonspect m'apprenait surtout qu'il avait décidé de l'éloigner de Salem le temps que le problème des Ulfarks soit réglé.

- Hm... Je vois...

La façon dont ce couple fonctionnait ne me regardait pas alors je préférai me concentrer sur le match.

L'attaquant remplaçant de Medford gagnait justement du terrain sur mon équipe et le niveau sonore de la salle augmentait au fur et à mesure qu'il avalait les mètres le séparant des cages de Salem.

Un coup d’œil sur mes joueurs me suffit pour me rendre compte qu'ils étaient en mauvaise posture.

Van venait de chuter, aidé par la crosse d'un joueur adverse. Julian et Henry se débattaient comme des beaux diables pour échapper à la vigilance du même joueur. Quant à Jed et Riley, les pauvres peinaient à s'écarter des parois de la patinoire, tandis que les défenseurs adverses semblaient prendre un malin plaisir à les renvoyer dans les cordes à grands coups d'épaule.

- Merde ! Mais à quoi sert Graham... Ils n'ont pas le palet !

L'alpha à côté de moi s'appuya à la rambarde.

- Il n'est pas là pour siffler les fautes. M'expliqua-t-il. Son rôle se borne à engager le jeu et éviter qu'il y ait des morts. Pour le reste... Eh bien... Si on devait relever les fautes dans un match avec des lycans... Le jeu serait arrêté toutes les trois secondes.

- Bon sang, c'est quand même sacrément frustrant.

Van venait de se remettre sur ses patins et fonçait à pleine vitesse sur l'attaquant de Medford.

Mais déjà celui-ci tirait avec précision entre les jambes de Nathan qui, malgré sa vitesse, n'arriva pas à stopper le palet.

Les loups de Lawrence venaient d'égaliser.

Je reportai immédiatement mon regard sur mon compagnon, toujours à gauche de la patinoire. Je pouvais le voir fulminer en silence, les mains agrippées dangereusement à la rambarde. Je m'étonnai presque de ne pas voir de la fumée sortir de ses oreilles.

Je m'excusai auprès de Raphaël et décidai de rejoindre Michael alors que le premier tiers temps s'achevait déjà.

- Lucinda... M'interpella l'alpha de Portland.

Je me tournai une dernière fois vers lui.

- Lori t'aime bien, tu sais. Elle... Eh bien, elle n'a pas beaucoup d'amies. Les louves de ma meute ne lui rendent pas toujours la vie facile à cause de son humanité. On ne peut pas vraiment dire que les lycans soient des créatures très tolérantes et a fortiori quand ce sont des femelles.

Je lui souris avec sincérité.

- J'aime bien Lori moi aussi. Ta femme est courageuse. Dis-lui de venir me voir quand elle le veut.

Et sur ce, je tournai les talons. Je venais de rendre un Alpha heureux, au tour du mien à présent.

 

Suite>>

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 21:06

Il y a quelques temps (oui je sais, ça fait déjà très longtemps que je n'ai rien posté ;( ) je vous avais posté un dessin de ma Yuma, ma merveilleuse lectrice Bêta et meilleure amie. Il s'agissait de trois de mes louloups préférés Michael, Nathan et Van bien sûr. Et je vous avais annoncés que d'autres loups allaient arriver !! Eh bien ça y est, ils sont là, c'est le grand moment !!! Encore une fois un très très grand merci à ma Yuma qui a réussi à chibi-iser mes loups à la perfection.

Voici donc, Julian, Thomas et Tad, ainsi que leurs loups bien entendu.

 

Et puis j'ai eu un très beau cadeau à noël également et je voulais vous le faire partager:

 

 

Aaaaaaah comme j'adore ce genre de cadeaux!!! J'espère qu'ils vous plairont aussi!!

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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 14:38

En emménageant chez Michael quelques mois plus tôt, je m'étais rapidement aperçue que la meute avait un don pour transformer ce que je pouvais considérer comme un inconvénient en avantage. C'était valable pour leur capacité à sentir les émotions des autres par exemple. Je n'avais alors perçu que le côté intrusif de la chose. Je m'étais persuadée que je détesterai me sentir exposée de la sorte. Mais contre toute attente, il y avait quelque chose de confortable à vivre avec des loups capables de lire en vous. Leur aptitude à appréhender votre état d'esprit les rendait plus facile à vivre que la majorité des gens.

La vie en communauté m'avait également inquiétée. Bien sûr, officiellement, seuls Michael, Julian et moi-même, vivions dans cette immense bâtisse. Néanmoins, la plupart du temps, une dizaine de loups squattaient allègrement les chambres à l'étage, les canapés du salon, la salle d’entraînement au sous-sol... Parfois même le sol tout simplement – je ne comptais plus le nombre de fois où j'avais trébuché sur un loup couché de tout son long sur le carrelage de la cuisine, généralement devant le frigo.

Pour moi, qui avais presque toujours vécu seule, cette promiscuité avait été une source d'inquiétude constante les premières semaines.

Mais je devais bien avouer aujourd'hui, surtout à cette minute précise, que les avantages de cette cohabitation forcée rendait les inconvénients plus supportables. J'appréciais tout particulièrement les conversations animées qui se déroulaient chaque jour autour de la table basse du salon, à l'endroit même où je me tenais à présent. Seulement lorsqu'une demi-douzaine de loups argumentaient en même temps sur plusieurs sujets différents, l'acte de « converser » prenait une toute autre dimension que ce que je vivais en ce moment.

Comment dire ? Une armée complète d'anges, Séraphins, Chérubins, Archanges et légions étaient en train de passer. Lucinda Walker ou l'art de recevoir...

Bon, ce n'était pas que je n'avais rien à dire à Lori mais je ne voyais pas vraiment comment aborder le sujet. « Alors comme ça toi aussi tu es la compagne d'un alpha, et depuis bien plus longtemps que moi, tu veux pas me coacher ? » Mouais...

Je me relevais pour servir une deuxième tasse de thé à mon invité quand elle brisa finalement le silence.

- J'ai été très impressionnée par ton raisonnement tout à l'heure. Michael n'a pas manqué de discernement en te prenant pour compagne.

- Merci. Répondis-je en tentant de ne pas paraître trop flattée. Je n'ai pas la vivacité d'esprit d'une louve mais je me débrouille.

- Je pense que tu n'as rien à leur envier. M'assura-t-elle en riant. Et puis de toi à moi, les louves ne sont pas si vives que ça.

Son ton de conspiratrice me fit sourire, comme si notre statut d'humaine nous faisait entrer dans une catégorie particulière.

- Je te fais confiance, il n'y a qu'une louve dans ma meute et c'est ma meilleure amie.

Lori sourit et but une gorgée de son thé comme pour se donner une contenance.

- Je t'envie tu sais. Ta position est confortable, et les loups de Michael t'ont acceptée comme leur femelle alpha visiblement. Sans parler de ton pouvoir qui te rend indispensable à la meute.

Je tiquai un peu. Bon, je ne pouvais pas non plus me plaindre mais de là à qualifier ma position de confortable...

- Eh bien j'imagine que tu es passée par là toi aussi, tu sais que tout n'est pas tout rose. Il y a encore des moments où je me demande ce que je suis venue faire dans ce pétrin.

- Je suis sure que tu ne le penses pas. Affirma-t-elle en riant.

- À vrai dire, je me demandais si tu ne pourrais pas me faire part de ton expérience dans ce domaine justement. Me lançai-je. En tant qu'humaine toi aussi, et compagne d'un alph...

- Tu te trompes à ce sujet. Me coupa-t-elle avec un sourire bienveillant.

J'écarquillai les yeux en la regardant des pieds à la tête. Mon nouvel odorat sur-développé était censé être un allié de choix dans ce genre de situation. Pourtant rien en Lori ne laissait supposer qu'elle n'était pas humaine.

Assurément, elle n'était pas louve, et si elle avait été vampire, au delà des contradictions physiques évidentes, je l'aurais également senti sur elle. Bien sûr, il n'était pas exclu qu'elle appartienne à une race dont je n'avais pas encore rencontré de représentant mais j'en doutais. Tous les signaux olfactifs qu'elle envoyait étaient humains.

- Je ne suis pas la compagne de Raphaël. Précisa-t-elle.

Oh... C'était donc ça.

- N'aie pas l'air si surprise. Me dit-elle avec un air amusé. Il n'y a pas de quoi en faire tout un plat. Raphaël et moi sommes fous l'un de l'autre, mais son loup ne partage pas ses sentiments voilà tout.

Je cherchai une pointe d’aigreur ou de tristesse dans sa voix mais n'en décelai aucune.

- Je suis désolée. M'excusai-je avec la sensation d'avoir fait un faux-pas social dans le monde des lycans.

- Ne le sois pas. Dit-elle en me prenant la main pour la tapoter. Je vis avec l'homme que j'aime depuis près de vingt ans, je suis vraiment chanceuse. Il est vrai que j'envie ta position dans la meute parce que ton avis est pris en compte mais j'ai aussi conscience des responsabilités qui accompagnent ta position et je ne sais pas si j'aurais ton courage dans cette situation. On peut dire que j'ai les avantages sans les inconvénients.

- Alors si je comprends bien, tu ne vas pas pouvoir me dire ce qu'implique d’être une compagne humaine au milieu d'une meute de lycans ? Demandai-je pour la forme, en soupirant.

- Je suis désolée, Lucinda, mais pour le coup tu vas devoir te débrouiller. Je n'ai, pour ainsi dire, aucune relation avec la meute. Bien sûr je côtoie certains loups de l'entourage proche de Raphaël, et je m'entends bien avec certaines louves mais je n'ai aucune implication dans la meute et je ne me mêle pas de leurs histoires. Il ne l'accepterait pas de toute façon.

- Attends... Sans vouloir me mêler de votre histoire, quand je vois la façon dont Raphaël te regarde, je doute qu'il te refuserait quoi que ce soit.

Les joues de Lori se tintèrent de pourpre, la rajeunissant d'une bonne dizaine d'année, tandis qu'elle me sourit.

- Je te remercie Lucinda, mais j'aime ma vie telle qu'elle est et je ne parlais pas de Rapha, enfin pas vraiment.

Je fronçai les sourcils et m’apprêtai à lui demander une explication quand le cliquetis caractéristique de griffes sur le béton du porche se fit entendre.

Nos loups revenaient de leur inspection. Je gardai donc mes questions pour moi et me levai pour aller leur ouvrir la porte d'entrée.

Michael fut le premier à entrer suivi par Raphaël puis Lawrence, son accablement visible dans sa démarche plus lourde qu'à l'allée.

- Vous avez trouvé quelque chose ? M'empressai-je de demander aux alphas qui finissaient déjà de se rhabiller.

L'espoir transparaissait dans mes paroles, mais l'espoir de quoi ? Je l'ignorais.

Valait-il mieux que le lycan ait été un Ulfark et que les doutes de Van soient le symptôme des prémices de la folie ou bien qu'il n'ait pas été sauvage et que mon ami doive vivre avec le sentiment de culpabilité d'avoir tué un innocent pour le reste de sa vie ?

- Rien du tout. Répondit Michael. Selon toute vraisemblance il était bel et bien sauvage. Il empestait l’ammoniaque et certaines de ses blessures n'ont pas été causées par Van. Il avait commencé à se ronger une patte arrière.

Je grimaçai en pensant à l'horreur d'un tel acte. Il fallait vraiment avoir perdu la tête pour s'infliger ce genre de torture.

Petite, j'avais essayé de mordre mon avant-bras jusqu'au sang dans le but d'accuser Jimmy Henderson, une petite frappe qui me volait tout le temps mon dessert au réfectoire de l'orphelinat. Ma tentative avait lamentablement échoué, bien entendu. Il y a une sorte de sécurité dans notre cerveau, nous empêchant d'utiliser sciemment nos dents contre nous-même... Sans parler de la douleur.

- Eh ben, ça ne veut pas dire que ton lieutenant avait tort pour autant. Remarqua Raphaël. Comme tu l'as souligné, Lucinda, il est possible que quelqu'un tire les ficelles dans l'ombre et transforme nos loups en Ulfark.

- Il faut le trouver. Gronda Lawrence en serrant les poings, la rage déformant les traits de son visage.

- C'est ce que nous ferons mon ami. L'assura mon compagnon.

- En attendant, il faudrait peut-être mettre un terme au tournoi. Proposai-je. Qui sait ce qu'une telle concentration de loups au même endroit pourrait provoquer.

- Au contraire. Rétorqua Raphaël. Si la menace est réelle, nous avons toutes les chances d'en apprendre plus en restant tous ensemble. Et si la même chose qu'aujourd'hui devait se reproduire, cette fois nous seront préparés et à même d'agir immédiatement.

- Tu proposes de sacrifier des loups pour découvrir la vérité ? M'exclamai-je, outrée.

- Nous n'avons aucune piste pour le moment alors je propose d'attendre et de voir comment ça se passe... Il faut parfois sacrifier quelques individus au profit du plus grand nombre.

Je regardai mon compagnon avec stupéfaction. Il ne pouvait tout de même pas cautionner cette idée. Même si je comprenais le principe, j'aimais chacun de mes loups indépendamment les uns des autres, et mon aventure avec Sorcha m'avait prouvé que je n'en sacrifierai aucun pour sauver tous les autres... Il y avait toujours une autre alternative.

- Amour, s'il y avait une autre solution... Commença Michael. Et puis comme l'a souligné Raphaël, nous nous y attendrons et cette force, quelle qu'elle soit, semble reculer face à notre pouvoir d'alpha. Elle ne semble pas nous atteindre non plus. Avec quelques précautions je pense que le jeu en vaut la chandelle.

Je soupirai et reportai mon regard sur Lawrence. Contrairement à ce que j'avais cru, il semblait d'accord avec cette décision. Dans ce cas, je n'avais plus qu'à m'incliner.

- Je vais voir comment va Van, et s'il se sent capable d'entrer sur la patinoire demain. Annonçai-je avec une moue dépitée.

Michael m'embrassa sur la tête après une rapide étreinte et je pris congé de nos hôtes. Je n'étais pas certaine que la décision des alphas fut la bonne mais si le phénomène qui s'attaquait aux loups n'était pas naturel, alors je comprenais que son créateur devait être arrêté et le plus vite serait le mieux.

 

Selon les hypothèses les plus sérieuses, la sensation de « déjà-vu » pourrait provenir de la confusion entre une situation déjà vécue et une autre similaire expérimentée au moment présent, ou encore à un arrêt partiel et très court du cerveau, mais aussi à une mauvaise redirection synaptique de l’information dans le cerveau...

Quoi qu'il en soit, dans ma situation, si j'avais l'impression d'être déjà passée par là, c'est que c'était effectivement le cas... Avec quelques différences notables néanmoins.

En l’occurrence, le jeune loup qui faisait les cents pas devant la porte de la chambre de convalescence s'était étoffé et ne ressemblait plus au jeune garçon chétif de la dernière fois.

Quant à sa démarche, elle n'était plus hésitante mais bel et bien assurée et gracieuse.

Julian ressemblait à un surfeur avec ses cheveux dorés, trop longs et sa peau bronzée. Il sentait même le soleil et le sable chaud.

Un sourire illumina son visage aux traits nouvellement virils lorsqu'il posa ses yeux sur moi.

- Salut ma belle. Tu viens vérifier que tu as fait du bon boulot sur Tad ?

Sa voix était enjouée mais son ton semblait forcé.

- Je fais toujours du bon boulot, Jul. C'est Van que je viens voir, comme toi j'imagine.

- Il m'a foutu à la porte. Soupira-t-il. Alors que je voulais simplement vérifier qu'il était en pleine forme.

Je secouai la tête en imaginant très bien de quelle façon il s'y était pris. Je commençais à le connaître.

La porte de la chambre s'ouvrit en grand tandis que Van se postait dans l'embrasure.

- T’inquiéter pour ma santé c'est une chose, chercher à savoir si je suis devenu impuissant en me tripotant, c'en est une autre. Gronda le lieutenant avec mécontentement.

Je ne pus retenir un sourire.

- Je m’inquiétais pour ta santé. Commença le jeune lycan. Je voulais juste vérifier que Lucy t'avait remonté dans le bon sens c'est tout.

- Hé ! M'insurgeai-je. Je le remonte toujours dans le bon sens, et je peux t'assurer que tout fonctionne parfaitement bien, sa mécanique est comme neuve !

- Pas de couac dans le moteur ?

- Il ronronne comme au premier jour.

- Tu ne m'aides pas là, Lucy. Si j'en crois les rumeurs, il est loin d'être une première main et je ne voudrais pas me retrouver avec une épave dans les mains parce qu'on m'a couillonné au contrôle technique.

- Et moi je t'assure que j'ai tout vérifié, des niveaux à la courroie de distribution. Il est en parfait état de marche.

- Bon, quand vous aurez fini d'échanger sur mes parties à coup de métaphores automobiles, on pourra peut-être s'occuper de ce qui est vraiment important. Nous coupa Van.

Heureusement parce que je commençais à venir à bout de mes connaissances en mécanique... Et puis je ne voyais même pas ce que la courroie de distribution aurait pu représenter.

- Boude pas mon cœur, on le sait que tes parties sont parfaitement fonctionnelles. Ajouta Julian en lorgnant les parties en question.

Ne regarde pas Lucinda... Ne regarde pas... Et merde !

Je soupirai en secouant la tête.

- Bon, je ne suis pas là pour ça, Raphaël et Lawrence viennent de partir. Van... ils n'ont rien trouvé d'étrange concernant l'Ulfark.

L'humeur du lieutenant s'assombrit.

- Ce n'était pas un Ulfark, Lucy, plus j'y pense et plus j'en suis convaincu.

- Je ne sais pas quoi te dire... Dis-je avec gêne. Trois alphas l'ont inspecté et...

- Merde Lucy ! Arrête avec ta putain de complaisance. S'emporta le lieutenant, je ne suis pas fou et je ne suis pas en train de le devenir, fais moi un peu confiance bordel. Le loup que j'ai tué était sauvage et avait perdu la tête, ça je ne le nie pas, mais sur mon honneur, ce n'était pas un foutu Ulfark.

- Il a raison... Gémis plaintivement une voix à l'intérieur de la chambre.

Je fusillai Van de mon regard le plus accusateur possible niveau cent pour cent « bien joué mon pote ».

- Tu devrais être en train de dormir pour récupérer, toi. Signifiai-je à Tad en passant sous le bras de Van pour entrer dans la chambre.

- Ouais c'est ce qu'il paraît, mais on dirait que c'est pas l'avis du grand imbécile derrière toi.

L'imbécile en question se renfrogna.

- Comment tu te sens ? Demandai-je en m'approchant du lit pour vérifier l'état du lycan blessé.

- Je sais pas, tu vois l'état d'un moteur diesel trop plein d'huile après explosion ?

- Absolument pas. Répondis-je en soupirant.

Ça commençait à bien faire ces métaphores automobiles, même si dans le cas de Tad, il s'agissait sûrement d'une déformation professionnelle.

- Pas grave, de toute façon je me sens bien pire.

- Hé... Bienvenue parmi les vivants. Lança Van à ma droite d'un ton pas très assuré.

- Pas grâce à toi, connard !

Le lieutenant accusa le coup.

- Rappel-moi un peu ce que tu m'as dit ? « C'est bon, on va se débrouiller tous les deux ». Imita grossièrement le loup. Ouais... Pas la meilleure idée du siècle.

- En fait si, c'est un peu grâce à lui. M'interposai-je immédiatement, profitant du silence de mon ami. Van t'a porté sur son dos pendant près de cinq kilomètres alors qu'il était éventré. Alors même si je ne cautionne pas sa décision d'attaquer un Ulf... Un loup sauvage, à deux, il a sauvé ton cul. Ta moelle épinière était sectionnée et tes organes internes étaient en bouillie. Si j'avais dû parcourir ces cinq kilomètres de plus, je doute d'être arrivée à temps.

Tad poussa un soupir à fendre le cœur.

- Tu fais chier à jouer les héros à tout bout de champs, pour une fois que je tenais une bonne raison de te faire payer les réparations de ta Viper plein pot.

Un sourire s'étira sur les lèvres du lieutenant.

- Mec, si tu veux tu pourras gonfler la facture pour les dix années à venir. Je t'en dois vraiment une cette fois.

- Tu m'en dois bien plus d'une, mais pour le coup on va dire qu'on est quittes.

- Belle démonstration d'amitié virile les gars, mais Tad, est-ce que tu peux me dire ce dont tu te souviens à propos de ce loup ? Et pourquoi tu soutiens aussi qu'il ne s'agissait pas d'un Ulfark ?

Si le lycan pouvait corroborer les faits, alors les propos de Van auraient un tout nouvel impact sur l'opinion des alphas.

- C'est vrai qu'au premier abord, ce loup présentait tous les symptômes de la perte de contrôle. Et si je n'avais sous les yeux que les caractéristiques physiques, je n'y verrais sûrement que du feu, mais... Il y avait quelque chose dans son comportement. Ça peut paraître dingue mais je l'ai vu aussi, il essayait de se protéger, comme si quelque part, très loin, et enfouit sous des couches de rage, il lui restait un semblant de conscience. Expliqua Tad, un frisson d'horreur parcourant son corps meurtri.

- J'ai tué un loup qu'on aurait pu sauver... Murmura douloureusement Van.

Je m’apprêtai à le détromper quand une grande main agrippa fermement l'épaule du lieutenant.

- Non. Soutint Julian. Tu as protégé ta meute et tous les habitants de ta ville. Peu importe ce qu'il était vraiment. Il s'était transformé en tueur et si j'avais été à sa place, j'aurais appelé la mort de tous mes vœux. Tu n'as pas été son bourreau, tu as été sa délivrance.

Je ne l'aurais pas mieux dit.

 

Et quand les yeux de mon ami rencontrèrent ceux du jeune lycan, le silence s’installa et les mots ne furent plus nécessaires. Tout était dit.

 

Suite >>

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Published by Camille - dans Les Chroniques
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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 16:15

Bonjour à tous et à toutes.

Je sais que vous attendez la suite des chroniques avec impatience et je suis désolée, ce n'est pas encore pret.

aujourd'hui je voudrais vous faire part de mon sentiment mitigé. Voilà, il a été porté à ma connaissance qu'il existait un fichier epub des Chroniques de Lucinda Walker.

Alors je ne vais pas vous dire que je tombe des nu, que je ne m'y attendais pas, que je ne comprends pas. En publiant mon histoire sur internet je savais que ce genre de choses était possible et que ça comportait un certain risque. Je voudrais simplement vous dire que ce fichier n'est pas de mon fait, qu'en publiant volontairement et gratuitement mon histoire sur le net, j'esperais, sans doute naïvement, que ça suffirait. Visiblement non.

Je ne peux pas controler où vont mes écrits de cette manière et j'ai l'impression qu'une petite partie de moi m'a été arrachée et emmenée loin de moi.

Je sais aussi que la plupart d'entre vous respecte mon travail et mon choix de ne publier que sur ce blog.

Je demanderai simplement à mes lecteurs, si au hasard de vos recherches, vous tombiez sur ce fichier, d'avoir la gentillesse de laisser un mot, avec le lien de mon blog et d'expliquer que je ne souhaite pas que les chroniques soient partagées de cette manière. Je ne sais pas si ce procédé aura un réel impact sur le partage de ce fichier mais je l'espère en tout cas.

Je vous remercie tous d'avance pour votre soutien.

Camille

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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 22:39

Bonsoir à tous mes lecteurs.

 

C'est une peu une première, je ne m'adresse que très rarement à vous mais voilà, aujourd'hui j'ai eu droit à une surprise qui m'a beaucoup touchée et que je voulais partager avec vous.

Ma meilleure amie a eu la gentillesse de mettre son talent au service des Chroniques et de me dessiner 3 de mes personnages favoris version chibi, Nathan, Michael, et bien sûr son Van adoré^^ et j'adore le rendu.

 

Chibis CLW colo2

 

Je vous invite à aller voir cette image en plus grand sur l'album des dessins des Chroniques.

Et surtout je voudrais remercier très très chaleureusement ma Yuma. Comme à chaque fois je suis épatée de ta capacité à visualiser ce qui se trouve dans ma tête, c'est vraiment magnifique et je suis terriblement touchée par cette attention. J'aime tellement ton style et ton coup de crayon, c'est vraiment un honneur que mes personnages t'inspirent. Alors merci merci merci encore ma cheriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie !!!!!

Je voudrais aussi en profiter pour vous rappeler, chers lecteurs, que vous pouvez retrouver les Chroniques sur Facebook si vous souhaitez échanger plus facilement. Je suis à chaque fois ravie de tous les "J'aime" sur le blog malheureusement, le blog n'etant pas relié directement à ma page Facebook, je ne vois pas qui a la gentillesse de cliquer dessus. je vous remets donc le lien: https://www.facebook.com/LesChroniquesDeLucindaWalker

N'hésitez pas à venir vous inscrire pour être prévenu chaque fois que je poste un chapitre^^

 

Vous pouvez également donner votre avis sur le site Booknode. Contre toute attente, une lectrice a eu la gentillesse de m'y référencer. Merci beaucoup à elle, j'ai été très touchée !!!

Voici le lien si vous voulez donner votre avis : http://booknode.com/les_chroniques_de_lucinda_walker_0649182

 

Et bien sûr vous continuerez de me lire ici. J'en profite pour vous dire que je sais que je mets du temps à vous poster la suite mais j'avoue avoir quelques difficultés avec le chapitre à venir, néanmoins je n'abandonne pas et j'en viendrai à bout comme toujours, alors merci pour votre patience.

Je vous remercie encore pour tous vos commentaires adorables qui me poussent à essayer de me surpasser et je vous dis à très bientôt!!

 

Camille

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 20:37

Je parcourais la petite cellule du sous-sol avec agitation. J'aurais aimé faire les cents pas mais cette fichue pièce était si exiguë que je n'avais pas la place de faire cinq pas que je devais déjà tourner sur moi-même pour ne pas me cogner au mur. J'avais l'impression de creuser une tranchée dans le sol poussiéreux. Jusqu'à quand allait-il me torturer de la sorte ? Est-ce qu'il lui arrivait de penser aux autres ? À leurs sentiments ?

Michael était déjà venu me chercher trois fois, la prochaine fois il allait refuser de partir sans moi, dût-il me porter sur son dos pour arriver à ses fins.

Pour la dixième fois en cinq minutes je me tournais vers le corps inerte, profondément endormi sur le petit lit de camps. Encore une journée de merde dans la vie de Vanniel Helsungen. Si je ne venais pas de le raccommoder, je pourrais bien le taillader moi-même. À quoi pensait-il bon sang ? S'attaquer à un Ulfark avec Tad pour seul renfort. En pensant à ce dernier et à ce que j'avais du faire pour replacer sa colonne vertébrale dans le bon axe, j'avais des envies de meurtre.

Prenant une grande inspiration pour me calmer, je revins sur mes pas et m'assis sur la petite chaise à côté du lit.

- Allez connard, réveille-toi ! J'ai tout remis en place, j'ai failli en crever de douleur sous une douche glacée alors maintenant debout.

Un grondement agacé se fit finalement entendre. Je soupirai de soulagement.

- Qui tu traites de connard, sal...

Ma main s'était écrasée sur sa joue avant qu'il puisse achever sa phrase.

Je pourrais dire que la gifle était partie toute seule sans que je ne m'en rende compte mais pour être honnête je l'avais préparée depuis un bon moment.

- Prononce une syllabe de plus et je te laisse pourrir dans cette cellule pendant des jours. Le menaçai-je. Franchement je me fichais bien de l'insulte, à une certaine époque pas si lointaine, c'était un mot qui revenait souvent dans sa bouche pour me désigner. En revanche, je n'étais pas sure de pouvoir supporter son ton supérieur alors qu'il avait failli y passer tout seul dans ce sous-bois lugubre, loin de nous, loin de sa famille, loin de moi.

Je le vis entrouvrir une paupière et évaluer rapidement sa situation.

- Tu n'es pas prisonnier ici, du moins pas encore. On a dû te déplacer ici pour t'attacher parce que tu ne me laissais pas t'approcher pour te soigner. Le prévins-je en secouant les menottes désormais vides, suspendues au mur au-dessus de lui.

- Tad... ? Murmura-t-il avec difficulté.

- Ça va, il s'en est sorti... Pas grâce à toi. Rajoutai-je pour enfoncer un peu le clou.

La tête de Van bascula sur le côté avec un soupir.

- Tu veux bien me dire ce qu'il t'a pris bon sang... Van... Si Michael n'avait pas senti où vous étiez...

- Je ne sais pas... Murmura-t-il en soupirant. Ça ne devait pas se passer comme ça.

Son bras droit retomba sur ses yeux, ne me laissant qu'apercevoir son regard hanté.

- Bordel ! Je te promets, je n'y comprends rien, je ne sais pas ce qui a merdé. D'abord j'ai cru que c'était un Ulfark, il en avait tous les symptômes mais maintenant... Quand j'y pense... Je n'en suis plus si sûr.

Il avait rabaissé son bras et me regardait comme si le poids du monde reposait sur ses épaules.

Il n'en fallu pas plus pour me faire oublier ma rancœur. C'était toujours comme ça avec lui. Les colères qu'il provoquait chez moi étaient extraordinaires mais elles ne duraient jamais. J’abhorrai son égoïsme, sa brutalité, son manque de tact. Je m'insurgeai contre son manque de discernement, son imprudence. Et puis il me regardait dans les yeux, sans détour, sans se cacher, en dévoilant tout, du fond de ses prunelles sombres et j'oubliais jusqu'à la raison de ma colère. Il y avait quelque chose de désarmant dans les yeux de Van, comme un petit garçon terrifié, caché sous toutes les couches de vanité et de violence contenue. Comme s'il avait vécu trop de malheur, trop de tristesse pour en supporter davantage mais qu'il savait qu'il n'avait pas le choix et devait avancer.

Je poussai un profond soupir qui évacua les dernières bribes de rage de mes pensées. Ma main se posa d'elle même sur la sienne.

- C'était un Ulfark, Van. Le rassurai-je. Tu n'as pas à en douter. Michael et les autres ont trouvé les traces de son passage. Il a tout décimé sur sa route et laissé des cadavres partout. Heureusement il n'y a pas eu de victimes humaines.

J'essayais de paraître la plus convaincue possible. Après tout nous n'avions pas de raison d'en douter.

- Il a essayer de se protéger quand je l'ai tué...

Les mots avaient été prononcés dans un souffle, à peine audibles pour une oreille inattentive.

- Je ne sais pas quoi te dire, Van. Peut-être que tu devrais arrêter... Tu sais ce rôle de bourreau de la meute ne te convient peut-être plus, tu as vécu des épreuves difficiles ces derniers mois et...

- Tu crois que je craque ? Tu crois que je ne suis plus capable de discerner le vrai du faux ? Gronda-t-il avec amertume.

- Je n'ai pas dit ça mais...

- Mais tu as peur que ça arrive. Finit-il à ma place.

Je ne pouvais pas lui dire qu'il se trompait. Mon ami avait plus de deux siècles d'existence lupine à son compteur et ses aptitudes au combat le désignait tout naturellement comme l’exécuteur des loups « déviants ». Un tel rôle n'était pas officiel bien sûr, mais la tâche lui incombait dès lors qu'il trouvait ce loup le premier. Et Van était un excellent traqueur, et qui plus est le lycan le plus rapide de la meute. Dans cette situation, c'était presque un miracle que la soif sanguinaire du loup ne l'ait pas conduit à la folie.

- Tu es enfin réveillé. Me fit sursauter la voix de Michael une seconde avant que sa main se pose sur mon épaule. Comment te sens-tu Vanniel ?

- Ça va. Répondit-il en se redressant sur son lit de camp.

- Bien. Dans ce cas je compte sur toi pour nous accompagner, Raphaël et Lawrence sont arrivés. Ils nous attendent.

Je me levai sans quitter le lieutenant des yeux. Il était parfaitement remis de ses blessures. La petite ligne rosée qui barrait son bas-ventre d'un bord à l'autre aurait disparut d'ici quelques heures mais son tatouage avait souffert. À présent, les entrelacements d'encre noire s'étalaient de part et d'autre de la cicatrice. Il lui faudrait repasser par la case tatoueur pour faire arranger ça. Pour la première fois je me demandais comment un loup pouvait porter un tatouage plus de quelques heures sans que son métabolisme ne l'absorbe et l'efface.

Michael me prit la main, m'extirpant de mes interrogations silencieuses.

- Enfile quelque chose et rejoins-nous s'il te plaît. Dit mon compagnon à son lieutenant. On va avoir besoin de savoir ce qu'il s'est exactement passé.

Van frémit et la tension de ses muscles s'accentua.

- Bien, j'arrive.

 

- Comment va ton loup ? Demanda Raphaël à Michael dès notre arrivée dans le salon.

La posture de l'alpha était décontractée. On ne pouvait pas en dire autant de celle de Lawrence, mais étant donnée la situation on ne pouvait pas le lui reprocher.

Lori couvait son époux d'un regard bienveillant tandis qu'elle semblait profiter de son étreinte rassurante. Je me demandais si, d'une manière ou d'une autre, Michael et moi dégagions aussi cette aura de plénitude lorsque nous étions ensemble. C'était peu probable.

- Il va bien, il nous rejoint dans une minute.

- Tant mieux. Dit Raphaël en hochant la tête.

- Je suis navré pour tes loups, Michael. Intervint Lawrence. J'aurais dû être plus vigilant.

- Eh bien le pire a été évité et tu es celui qui a perdu un membre de ta meute, alors je n'ai aucun grief à ton encontre.

Malgré la solennité de ce moment, un sourire étira un coin de ma bouche. Michael était l'une des seules personnes de ma connaissance à pouvoir utiliser le mot « grief » sans que cela paraisse anachronique.

- Je ne comprends pas ce qui a pu se passer. Poursuivit Lawrence. Je n'ai jamais constaté de signes avant-coureurs chez Cal avant ce soir. Je ne m'explique pas sa soudaine transformation en Ulfark.

- Parce que ce n'en était pas un. Intervint Van en pénétrant dans la pièce.

Le silence s'installa, presque étouffant.

- Qu'as-tu découvert, lieutenant ? Demanda calmement Raphaël.

Le loup interrogé me lança un rapide coup d’œil avant d'entamer son récit.

- Je l'ai senti dans l'air environ une heure après être parti à sa recherche. Tad et moi l'avons rapidement retrouvé. C'était assez facile, il empestait vraiment l'Ulfark, le sang et l’ammoniaque, et comme on peut s'y attendre d'un loup sauvage, il n'avait pas cherché à camoufler son odeur.

L'ensemble des loups de la pièce acquiescèrent d'un même mouvement entendu.

- Lorsqu'on l'a retrouvé, il avait déjà perdu la totalité de son contrôle et il avait commencé à s'attaquer à son propre corps.

- C'est un symptôme qui correspond à un stade avancé de la sauvagerie. Expliqua Raphaël en fronçant les sourcils comme s'il énonçait à haute voix l'une de ses propres interrogations. Un Ulfark ne s'attaque à son propre corps que plusieurs jours après son changement.

- Je sais. Acquiesça notre lieutenant. Et ce n'est pas la seule anomalie. Quand j'ai eu une opportunité d'en finir, j'ai immédiatement visé son cou mais il effectué une manœuvre d'évitement et je n'ai pas réalisé tout de suite que c'était sans doute intentionnel.

La surprise s'afficha sur tous les visages à l'exception de celui de Lori et du mien qui n’étions visiblement pas au point en ce qui concernait les techniques de combat des Ulfarks.

- Quand j'ai finalement réussi à le mettre en échec et que j'allais l'achever, il a... Il a tenté de protéger sa gorge. Murmura Van, la honte transparaissant dans chacun des mots prononcés.

- Impossible ! Gronda Lawrence. Les Ulfarks sont féroces et combattent avec l'énergie du désespoir mais ils ont perdu l'instinct de conservation, il ne leur reste que la rage.

- Est-ce que tu en es certain, Vanniel ? Demanda Michael en pinçant l'arête de son nez. Parfois les apparences sont trompeuses... Peut-être que ton désir d'éviter la mort d'un loup a pu fausser ton jugement.

Les yeux sombres du lieutenant se plissèrent face à ce manque de confiance.

- Je ne fuis pas mes responsabilités, Boss, quoi que vous en pensiez Lucy et toi. Se défendit-il. Mais personne ici ne trouve étrange qu'un Ulfark qui n'en était pas vraiment un apparaisse peu après la vague de folie qui s'est emparé de tout le monde à la patinoire.

Les alphas échangèrent un bref regard entendu avant de reporter leur attention sur Van.

- C'est en effet troublant et ce serait un mensonge de te dire que nous n'y avons pas pensé mais pour l'instant rien ne prouve que ces deux événements soient liés et la prudence est de mise. Argumenta Raphaël.

- Pour l'instant nous avons pu constater une recrudescence du nombre d'Ulfarks dans certaines des meutes de l'état. Expliqua Lawrence.

- Combien exactement ? Ne pus-je m’empêcher de demander. Michael avait tenté de minimiser le problème lorsque nous en avions parlé mais si la situation était assez grave pour que d'autres alphas la prennent en considération je préférai connaître tous les détails.

- Dix-sept... Ces trois derniers mois. Répondit Raphaël. Principalement dans les meutes de Lawrence, de Carson et de Graham.

- Nous en avons éliminé deux le mois dernier. M'expliqua Michael, mais comme tu le sais, il s'agissait de loups solitaires que j'autorisais parfois à chasser sur mon territoire. Étant donné leur situation je n'ai pas trouver ça suspect avant que nous fassions le compte ce soir.

- Pour la plupart, les Ulfarks étaient des loups qui n'avaient pas souhaité entrer dans une meute ou étaient en transit entre deux. Pris séparément, c'est un événement presque banal, le lycan est une créature grégaire et la solitude ne lui réussit pas.

- Néanmoins, Graham a perdu deux membres de sa meute, Carson un, quant à moi... Avec Cal, ça en fait deux également. Expliqua Lawrence.

- Ce qui fait douze loups solitaires devenus sauvages rien qu'en Oregon. Finis-je après un rapide calcul.

- C'est bien ça. Acquiesça Raphaël. Je me suis moi-même occupé de six loups solitaires qui se trouvaient sur mes terres. Les six autres étaient répartis sur les autres territoires.

- Douze loups sauvages qui n'appartenaient à aucune meute... C'est comme si la personne qui provoquait ce phénomène cherchait à ne pas éveiller les soupçons.

Tous les regards se tournèrent vers moi.

- Qu'est-ce qui te fait penser qu'une personne est derrière tout ça ? Demanda Michael en fronçant les sourcils.

- Eh bien ça paraît évident. Je doute qu'un facteur naturel puisse expliquer un nombre si important d'Ulfarks en si peu de temps. Et si je m'attaquais aux loups, je commencerais par ceux qui sont sans protection, ceux qui ne manqueront à personne et dont le changement n'éveillera pas immédiatement les soupçons. C'est un raisonnement intelligent, quelque chose qui a été élaboré par une entité réfléchie. En d'autres termes, il y a quelqu'un qui tire les ficelles.

- Ta compagne soulève un point intéressant, Michael. Commenta l'alpha de Portland après un moment de réflexion. Je ne connais pas de moyens de transformer un lycan en Ulfark mais il pourrait être intéressant de recouper quelques informations pour voir si ces loups avaient des points communs. Où est le corps de Cal ? Peut-être trouverons-nous quelque chose qui nous a échappé jusqu'à maintenant.

- Il est dans le garage pour l'instant. Répondit mon compagnon. Nous l'avons ramené afin que tu puisses en disposer le moment venu, Lawrence.

Ce dernier le remercia d'un mouvement du menton.

- Bien, allons l'inspecter dans ce cas. Nous aurons plus de chance de trouver des indices avec nos sens lupins.

Joignant le geste à la parole, Raphaël retira son T-shirt, laissant apparaître un torse aussi impeccable que ceux de tous les lycans que j'avais pu rencontrer jusqu'à maintenant. Je détournais les yeux par habitude en sachant que le reste de ses vêtements allait suivre rapidement. Depuis cinq mois que je vivais chez Michael, j'avais développé une fascination pour les coins et plafonds de la maison. Je ramenai néanmoins rapidement mon regard sur le côté gauche de l'alpha. Je n'avais pas rêvé lorsque j'avais cru discerner une zone sombre à cet endroit. Et alors qu'il se débarrassait déjà de son jean, j'en était encore à déchiffrer, les dizaines, peut-être même les centaines, de noms tatoués à l'encre noire sur son corps, depuis l'aisselle jusqu'au genou.

Je cillai. Soit il avait décidé de se balader avec l'intégralité de la bible des prénoms qu'on offrait habituellement aux futurs parents, soit il était aussi vieux que l'avait un jour mentionné Van et beaucoup de monde avait compté pour lui.

- Lori, ma chérie, je vais me transformer. Avertit l'alpha à l'adresse de son épouse qui s'éloigna significativement après un rapide baiser.

Michael ne me prévenait jamais, il me mettait devant le fait accompli.

Je me tournai d'ailleurs vers mon compagnon qui avait aussi entamé un déshabillage en règle. Ma manœuvre avait pour avantage de bloquer ma vision périphérique, cette traîtresse qui m'envoyait l'information suivante : Deux mâles gaulés comme des dieux et qui ne sont pas ton compagnon sont en train de se mettre à poils dans ton salon. Bon... Je me concentrai sur le corps de mon homme et en profitai pour boucher la vue à Lori. Je l'aimais bien, mais pas assez pour la laisser reluquer mon mec.

Lorsque les trois alphas se transformèrent tous en même temps, l’afflux soudain de puissance dans la pièce me coupa le souffle.

Je me tournai de nouveau face à nos invités et enfouis une main possessive dans la fourrure de Michael. Sa langue douce et chaude lécha ma joue.

De son côté, le magnifique loup blanc qui avait été Raphaël et l'immense loup chocolat qui avait été Lawrence baissèrent presque imperceptiblement la tête à l'adresse de Michael, reconnaissant la supériorité territoriale de mon compagnon. J’appréciai le tact dont ils faisaient preuve.

Je me tournai vers Van qui ne s'était pas transformé. Je comprenais qu'il ne tienne pas à les accompagner pour inspecter sous toutes ses coutures, le corps du loup qu'il avait dû exécuter quelques heures plus tôt.

- Je vais leur ouvrir. Dit-il en se dirigeant vers la porte d'entrée d'un pas raide.

Lawrence sortit le premier de la maison, suivit de près par Raphaël puis Michael. Ce dernier m'observa une minute et la chaleur dans ses yeux saphirs me réchauffa plus sûrement qu'un soleil d'été. Je profitai encore de ce sentiment quand une petite voix fluette me ramena à la réalité et à mes devoirs d'hôtesse.

- Quelle histoire, n'est-ce pas ? Murmura Lori avec la componction qui semblait la caractériser depuis son arrivée.

Van fit claquer la porte, nous faisant sursauter toutes les deux.

- Désolé. S'excusa-t-il. Je monte voir comment se porte Tad.

J’acquiesçai rapidement et lui souris avec l'espoir qu'il ne me tienne pas rigueur du manque de confiance dont j'avais fait preuve un peu plus tôt.

Le lieutenant passa à côté de moi en caressant mon bras de sa paume brûlante et prit l'escalier.

À présent rassurée, je tournai toute mon attention vers l'épouse de Raphaël.

 

- Je peux t'offrir quelque chose à boire ?

 

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Published by Camille - dans Les Chroniques
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