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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 18:37

 

 

Le chapitre arrive juste en dessous mais je voulais vous montrer le dernier dessin en date de ma meilleure amie, cette fois elle a dessiné de gauche à droite, Jed, Marli et Riley, ainsi que leurs loups. Merci encore à toi ma Yuma adorée, je suis tellement fan de toi, et tellement fière de voir mes loups prendre vie sous ton coup de crayon.
C'est donc tout naturellement que vient le chapitre suivant du point de vue de ton Van.

 

Les Chroniques de Vanniel

 

 

Tac tac tac – Tac tac tac – Je plaquai ma main sur ma paupière. Ce n'était vraiment pas le moment. Le papillotement de ma paupière attirait toute mon attention alors que je devais me concentrer sur l'engagement. Le troisième tiers-temps allait débuter et je n'arrivais pas à penser à autre chose qu'à cette fichue paupière qui tressautait comme si un putain de pivert s'acharnait sur mon nerf. Comme si la blessure de mon ventre qui me tiraillait chaque fois que je bougeais n'était pas suffisante.

Un coup d’œil à Julian m'apprit qu'il se contrôlait suffisamment pour s'occuper correctement du palet dès que Graham le remettrait en jeu.

Je resserrai mes doigts sur le manche de ma crosse et sentis le bois craquer légèrement. Je devais me calmer avant de m'élancer. Si seulement j'arrivais à comprendre cette situation.

Paul Frasier se tenait face à moi, à quelques mètres à peine, une distance qu'il parcourrait en une fraction de seconde pour me bloquer, comme il l'avait fait durant toute la fin du dernier tiers-temps. Ça encore, je pouvais le comprendre mais, bordel, qu'est-ce qu'il foutait à ce moment-là. Il ne me regardait même pas. Son regard était braqué sur la glace et je n'étais pas le seul à être agité de tics nerveux. Mais chez lui, ça ressemblait presque à des convulsions. C'était quoi le problème de ce type ? Ok, j'avais dragué sa copine l'année précédente, mais bon sang, ce n'était pas la première fois que ce genre d'histoires m'arrivait et je n'étais pas du genre à refuser un duel. S'il voulait se battre, je n'allais pas lui refuser ce plaisir, mais pas sur la glace. Chacun des lycans de l'état savait que le hockey, c'était sacré. On se chamaillait, on se bousculait et parfois des accidents arrivaient, mais voilà... c'était des accidents. Si en Oregon, on avait l'un des taux les plus bas de duels inter-meutes, c'était justement parce qu'on pouvait se défouler gentiment une fois par an sur la glace.

Il y avait quelque chose de malsain chez ce mec et il me mettait mal à l'aise. Si encore je percevais un élément familier... Pour la cinquième fois en une minute je reniflai l'air. Je ne m'attardai pas sur la multitude d'odeurs différentes et pas toutes agréables dans une salle remplie de centaines de lycans. J'en cherchais une et une seule, sauf que c'était la seule qui semblait manquer. Pas une trace d’ammoniaque, aucun relent acide et piquant, rien à quoi me raccrocher pour expliquer son comportement à la limite de la déviance. Je ne dis pas que j'aurais préféré qu'il pue l'Ulfark, mais au moins j'aurais eu un début d'explication. Au lieu de ça, je regardais ce pauvre type crisper ses doigts convulsivement sur sa crosse en fixant un point par terre.

Je suivis son regard et compris soudain ce qu'il fixait. La minuscule tache rouge vif se détachait du blanc immaculé de la glace. Ce connard bloquait sur la goutte de sang que j'avais perdue quand il m'avait envoyé le palet en pleine face et ça le faisait bander. Mais qu'est-ce qu'il était ? Une foutue sangsue ?

Je relevai les yeux au même instant que lui, comme s'il avait attendu que je comprenne ce qu'il regardait. Cet enfoiré m'afficha son plus beau sourire carnassier.

Je bloquai ma mâchoire en essayant de ne pas me péter une dent. J'avais la fâcheuse tendance à serrer un peu trop fort et ces petites salopes avaient beau repousser, je ne tenais pas à me balader pendant deux jours avec un sourire bancal.

Julian s'approchait du centre de la patinoire en évitant adroitement les trous que nos coups de crosses avaient formés un peu partout sur la surface. Il fixait le palet que tenait toujours Graham, reportait son regard sur son adversaire direct puis recommençait à fixer le palet.

Il était doué pour donner le change... Ouais, quand il s'en donnait la peine. La raideur de son dos, et la direction de ses patins ne me trompait pas. À la moindre provocation de Paul, il lui sauterait à la gorge.

L'arbitre alpha dévisagea Paul, l'avertissant silencieusement de son attention. Enfin, il décompta l'engagement avec ses doigts....Trois... Deux... Un...

Le palet fila à toute vitesse vers le but adverse. Bien joué Jul !

Je partis à sa poursuite dans l'instant. J'étais sacrément rapide quand je le voulais. Je plantai la pointe de la lame de mon patin dans la surface glacée et poussai de toutes mes forces sur ma jambe droite. Je filai comme le vent.

Julian approchait du but avec une maîtrise parfaite du palet. Si j'arrivais à me placer juste assez en retrait, sur une bonne passe, je pouvais marquer.

Soudain, un troupeau d'éléphants m'arrêta net dans ma course. Mon corps entier, secoué par le blocage instantané, s'écrasa durement contre la paroi qui ceignait la patinoire, manquant me faire basculer par dessus la rambarde. Le coup d'épaule de Paul m'avait envoyé valdinguer dans les cordes et ce connard se tenait là, juste devant moi, pas plus ébranlé qu'une putain de montagne.

Rassemblant assez de calme pour repartir, je tentai une feinte sur la droite avant de partir à gauche en trombe. Mais loin de se faire avoir, le corps du lycan adverse s'adapta remarquablement bien au mien, me bloquant totalement le passage. Au delà, je vis Riley récupérer le palet et l'envoyer entre les patins de Jed. Sa crosse s’abattit une fraction de seconde trop tard et le palet lui échappa. Bordel !

Devant moi, Paul fulminait presque, il se foutait complètement de ce qui se passait dans son dos. Merde, il ne lui manquait que l'écume aux lèvres, ce mec était un taré. Un taré avec un putain de regard vide.

- Tu sais quoi, mec ? Ça me plairait bien de tailler une bavette avec toi mais j'ai pas le temps alors il va falloir me lâcher maintenant.

Je partis dans le sens opposé. Cette fois-ci je l'avais pris de court.

Quand j'étais petit, ma mère se plaignait souvent de mon entêtement. Elle se penchait alors vers moi, caressait ma joue d'un doigt et posait son front contre le mien. Alors elle me disait « Mon fils, au cours de ta vie, certains obstacles qui se dresseront devant toi seront aussi hauts que des montagnes. Si tu t'y tapes la tête jusqu'à y creuser un trou, tu louperas sans doute le sentier fleuri qui t'aurait mené de l'autre coté »

Ma mère était d'une sagesse infinie. De mon côté, je n'avais souvent suivit ses conseils, mais le peu de fois où je l'avais fait, ça m'avait sauvé la vie.

Cette fois, j'allais emprunter le sentier fleuri. Je décrivais un large arc de cercle dans la direction opposée à nos buts. C’était le chemin le plus long mais aussi celui qui avait le plus de chances de me mener à bon port.

Paul était sur mes talons, je le sentais. Mais c'était trop tard, le peu d'avance que j'avais pris me suffisait à le distancer et avec un peu de chance... Là ! c'était l'occasion que j'attendais.

Je patinai avec tout ce que j'avais. J'ignorai la douleur dans mon bas-ventre quand je contractais mes abdos, j'allais devoir la jouer fine. En face, l'un des défenseurs de Medford m'arrivait droit dessus. Derrière, Paul patinait comme un fou furieux pour me rattraper. Au lieu de freiner en arrivant à proximité du joueur face à moi, j’accélérai encore en me ramassant juste un peu sur moi-même. Le doute voila le regard de mon adversaire l'espace d'un instant en voyant que je ne ralentissais pas.

C'était maintenant ou jamais. En appui sur ma jambe droite, je me propulsais vers le haut. Ma main droite agrippa l’épaule massive du joueur adverse, trop sonné pour comprendre ce qui lui arrivait vraiment. Un instant le monde fut sens dessus dessous alors que mon salto me faisait passer l'obstacle qui me barrait la route. Mon atterrissage sur un genou manqua un peu de grâce mais ma vitesse était suffisante pour me permettre de repartir sans perdre trop de temps.

Plus jamais je ne critiquerais Lucy quand elle regarderait du patinage artistique à la TV à partir de maintenant.

Un bruit sourd juste derrière moi m'apprit que j'avais doublement réussi mon coup. Paul Frasier et l'autre joueur de Medford venaient de se rentrer dedans. C'était le genre de truc qu'on ne voyait que dans les dessins animés. Je méritais une putain de ola !

Bon OK, l’auto-congratulation allait devoir attendre. J'aurais tout le temps de m'y consacrer une fois le match terminé.

Sans perdre de temps, je rejoignis le lycan en possession du palet. Il se rapprochait dangereusement du but de Salem et Nathan s'agitait devant sa cage. Je dépassais mes coéquipiers sans trop de mal, ça avait du bon d'être le plus rapide parfois... Qu'est ce que je racontais ? C'était toujours le pied de les laisser en plan comme des cons.

Un jour, je leur expliquerai que si la plupart du temps, appartenir au clan Helsing craignait vraiment, ça apportait aussi quelques petits avantages physiques. Mais pas maintenant... Maintenant, je devais faire gagner mon équipe.

L'attaquant de Medford ralentit à une dizaine de mètres de la cage pour tirer le palet. Grossière erreur !

Sa crosse s'éleva à peine dans les airs, c'était le moment que j'attendais.

Pour un humain, je devais ressembler à une tâche un peu floue. Le lycan me vit plus nettement et pourtant il n'eut pas le temps de réagir. À un moment, le palet se trouvait entre ses patins, prêt à être propulsé par sa crosse. L'instant d'après, il filait droit devant moi en direction des buts de Medford.

L'action n'avait duré que quelques secondes et Paul essayait encore de se remettre sur ses jambes quand je passai à côté de lui. Et si un sourire suffisant s'afficha sur mes lèvres, je jure que ce n'était que pure coïncidence... Ouais.

Après ça, j'avais le champs libre. J'entendais mes coéquipiers faire barrage de leur corps autour de moi, m'ouvrant la voie la plus directe possible. Il fallait bien l'avouer, ils assuraient.

Arrivé assez près des buts, je ne fis pas l'erreur de ralentir. Avec une petite impulsion plus puissante que les précédentes, j'alignais le palet avec la trouée formée par les jambes du gardien. Je le frappais alors qu'il était encore en plein mouvement. Le petit bout de caoutchouc noir fila exactement au centre de ma cible.

Le coup de sifflet de Graham agressa mes tympans mais je m'en foutais. Salem venait de reprendre l'avantage au score.

Hourra pour moi!

Je retournai immédiatement à mon poste, les accolades de mes coéquipiers m'accompagnèrent sur le chemin. Julian m'observa de l'autre bout de la patinoire mais ne s'approcha pas.

Étrange...

Je le regardai se replacer au centre, Paul lui fit face immédiatement, attendant que Graham remette le palet en jeu. Un mouvement attira mon attention dans ma vision périphérique. Thomas, était penché sur la rambarde et me faisait signe. Il m'indiqua ses yeux, désigna Julian puis recommença.

Je reportai mon regard sur le jeune attaquant, fronçai les sourcils et compris soudain. Ce n'était pas ses yeux que Thomas désignait mais ceux de Jul.

Le palet bondit des mains de l'arbitre et atterrit juste devant la crosse de mon jeune ami... Qui ne fit pas un geste pour le réceptionner. Paul en profita pour s'en saisir. Julian écrasa le tranchant de sa crosse sur le genou de son adversaire.

Un crac sonore retentit dans le silence de la grande salle et Paul tomba lourdement sur le côté avec un grand cri. Ses mains agrippaient son genou retourné à l'exact opposé de son axe naturel. Et merde !

Graham siffla à s'en faire péter les poumons et je patinai jusqu'à Julian qui n'avait pas bougé d'un millimètre. Je l'attrapai par le bras pour le faire pivoter vers moi.

Le visage sombre sous son casque me frappa d'autant plus qu'il contrastait avec la lueur de rage dans ses yeux orange. Et re-merde !

Je soutins son regard et lui administrai une baffe sur la tête. Son casque n'allait pas le protéger avec la force que j'y mettais.

- Mais t'es complètement con ou quoi ? Putain, Julian !

Sans un mot, le jeune loup se dégagea et patina jusqu'au portique de sortie.

Graham siffla son expulsion alors qu'il atteignait déjà la porte du vestiaire. Quel bordel !

Je me retournai vers le lycan prostré au sol, son genou toujours à un angle improbable. Ses gémissements pitoyables me faisaient de la peine. C'était vraiment ce mec qui m'avait tenu tête pendant une bonne partie du match ?

Mon regard passa de la porte du vestiaire à Paul et inversement. Finalement, je tendais la main vers le lycan à terre. Un peu de fair-play ne ferait pas de mal à notre image.

- Tu veux que je demande à notre guérisseuse de...

- Va chier. Éructa-t-il en repoussant ma main d'un geste brutal.

Se rasseyant tant bien que mal sur la glace, Paul tenta de se recomposer une attitude plus digne. Rapidement, les loups de son équipe l'évacuèrent hors de la patinoire.

Je n'allais pas saluer le geste inconsidéré de Julian mais, putain, je préférais finir le match à quatre contre cinq, que continuer à me faire bloquer par cet emmerdeur.

Une nouveau joueur de Medford fit son entrée tandis qu'avec les trois autres lycans restant de mon équipe, on se plaçait au mieux pour palier l'absence du cinquième joueur expulsé.

Riley se porta volontaire pour la remise en jeu et s'en tira assez bien pour nous donner le temps de faire blocage à l'équipe adverse. À l'initiative du premier lieutenant, il avait été décidé de jouer en défense pour ne pas perdre notre avance.

Malgré ça, Nathan dut arrêter le palet deux fois et Henry faillit perdre un œil quand il se jeta dans les airs pour l’arrêter avec la tête.

Au coup de sifflet final, je ne tenais presque plus sur mes jambes. Ma blessure au ventre me lançait tellement que je m'allongeai face contrer la glace le temps de reprendre mon souffle.

Quand mes coéquipiers et quelques autres loups de la meute me remirent debout, pour fêter notre victoire, je me sentais déjà mieux même si j'avais envie de tordre quelques cous.

Salem avait gagné deux à un mais il s'en était fallu de peu.

Michael nous accueillit à la sortie de la patinoire avec un grand sourire triomphant et une tape dans le dos pour chacun de nous.

- Bien joué les gars. Nous félicita-t-il. Je suis fier de vous.

- Tu as parlé à Julian, Boss ? Demandai-je immédiatement.

Michael soupira, un peu embarrassé.

- J'ai préféré le laisser se calmer dans son coin pour l'instant.

- Parfait, je vais pouvoir lui dire ma façon de penser. Braillai-je en me dirigeant vers les vestiaires.

Lawrence apparut dans mon champs de vision en compagnie de Paul Frasier dont le genou avait retrouvé un angle normal.

- Félicitations pour votre victoire.

Sa main tendue devant lui, l'alpha était tout sourire et ne semblait pas du tout affecté par la défaite de son équipe.

Sans prendre sa main, je le remerciai d'un signe de tête et décidai de reprendre mon chemin sans tarder.

- Ce qui se passe sur la glace reste sur la glace. Lança-t-il, me stoppant net dans ma retraite.

- Je croyais que ça, c'était pour Las Vegas. Intervint Michael qui m'avait déjà rejoint.

- Bien sûr. Ce que je veux dire c'est que, ce qui s'est passé aujourd'hui pendant le match, ne doit pas ternir les bonnes relations entre nos meutes.

- Pourquoi Lawrence ? Tu as la trouille que ton connard de loup créé un incident diplomatique à cause de son comportement merdique ?

J'essayai de garder le sourire pour donner un peu de légèreté à ma question mais je ne réussis qu'à montrer les dents.

- Je te rappelle, lieutenant, que deux de mes loups ont été blessés durant le match, je serais sans doute plus à même que toi de réclamer des comptes si je le voulais.

- Mais tu ne le veux pas, n'est-ce pas ? Parce que tu sais bien que vous l'avez cherché. Dis-je en toisant Paul durement. Et mec, avise-toi encore une fois de jouer au con comme tu l'as fait et ton putain de genou retourné sera le cadet de tes soucis.

- Michael, je n'aimerais pas que ton lieutenant se retrouve dans une situation qui le dépasserait. Menaça Lawrence sans me quitter des yeux.

- La seule situation qui me dépasse c'est ton incapacité à rappeler tes loups à l'ordre. Grondai-je en le regardant droit dans les yeux.

Le grondement de Lawrence résonna dans la patinoire, faisant taire tous les lycans alentour. Son pouvoir d'alpha glissa sur moi comme de l'eau sur les plumes d'un canard. Je n'allais pas baisser les yeux.

Je savais qu'en soutenant son regard, je faisais une connerie, mais à cet instant, je me foutais bien qu'il découvre mon niveau de dominance.

L'alpha de Medford écarquilla les yeux et la main de Michael se posa sur mon épaule.

- Va, Vanniel, je me charge du reste.

Reconnaissant, je consentis à détourner les yeux pour les poser sur mon alpha.

- Merci Boss.

En rejoignant les vestiaires, j'avais pleinement conscience des risques que j'avais pris en m'exposant ainsi. Pourtant, rien que pour le regard interloqué de Lawrence et les relents de peur qui émanaient de Paul, ça en avait valu la peine.

 

La colère imprégnait l'air du vestiaire quand j'y pénétrai. Je fronçai le nez et décidai de me concentrer sur mes autres sens.

Je ne voyais pas Julian, en revanche mon ouïe me donnait une assez bonne indication de l'endroit où il se trouvait.

Évidemment, ce petit con était déjà sous la douche.

- Les autres vont nous laisser quelques minutes avant de se pointer, Julian, et tous les deux on va avoir une petite explication.

Je pris une grande inspiration et enfilai mon costume de lieutenant en m'approchant des douches. Ma carapace bien en place, je contournai le muret qui isolait les douches en me préparant à la remarque scabreuse que le jeune loup n'allait pas manquer de faire sur notre présence, seuls, dans une douche.

Ce que mes yeux me révélèrent me surprit autant que le silence qui m’accueillit.

Julian ne se lavait pas, il gardait la tête baissée sous le jet d'eau... Tout habillé.

Son équipement complet y passait, ou presque. L'eau engorgeait son maillot et le plaquait contre les protections juste en dessous.

Ses cheveux paraissaient plus foncés et beaucoup plus longs que lorsqu'ils étaient secs. Avant sa transformation, son visage était si fin que, dans la même position, on aurait pu le prendre pour une fille. Aujourd'hui, sa mâchoire carrée, si serrée que j'en avais mal pour lui, se dessinait sous ses mèches blondes qui en suivaient le contour.

Il ne me regardait pas. J'ignorai s'il m'avait entendu.

- Tu vas faire rouiller ton équipement, tu sais.

- Les protections des lycans sont renforcés avec du titane, ça ne rouille pas. Répondit-il d'une voix morne.

- Peut-être mais ça ne peut pas être bon, tu vas en fragiliser la structure.

- Le titane est l'un des métaux les plus résistants.

- Je croyais que c'était l'adamantium, le plus résistant.

Julian tourna la tête et ouvrit finalement les yeux.

- Tu sais que l'adamantium n'existe pas vraiment, n'est-ce pas ?

- Va dire ça à Wolverine, petit.

L'ombre d'un sourire se dessina sur ses lèvres pleines.

- Je me suis toujours demandé comment il faisait pour produire des globules rouges après que son squelette ait été remplacé.

Je clignai des yeux plusieurs fois, je ne voyais pas où il voulait en venir.

- Je crains que tu m'aies perdu sur ce coup là.

- C'est pas grave, c'est juste des trucs qui me passent par la tête de temps en temps.

Je décidai de m'approcher un peu plus. Une gouttelette d'eau s'écrasa sur ma joue, elle était glacée.

- Et il s'est passé quoi dans ta tête, exactement, tout à l'heure, quand tu as décidé de briser le genou de Paul ?

Julian gronda et resserra ses poings contre le mur, faisant crisser le tissu gorgé d'eau.

- C'était un connard, il ne jouait pas, il essayait juste de te casser.

- Ouais... Ben... Tu sais, il s'en prenait à moi. C'était à moi de gérer.

Les muscles de sa mâchoire se contractèrent un peu plus.

- Je pouvais pas te laisser te faire virer de l'équipe.

Un long soupir m'échappa.

- Jul... Ce n'est pas à toi de me protéger.

- Pourquoi ? Parce que je ne suis pas assez fort ? Tu me prends pour un faible, je le sais bien.

J'en restai bouche bée quelques secondes. D'où est-ce que ça sortait ?

- Arrête ! Ça ne va pas ? Qu'est-ce que tu racontes ? Je n'ai jamais pensé que tu étais faible.

- Je veux que tu reviennes sur ton serment, Van... Son murmure était si bas que je n'étais même pas sûr de l'avoir entendu. On n'avait jamais vraiment reparlé de ce serment qui impliquait qu'il était toujours sous ma protection.

- Ta transformation ne date que de quelques mois et ce ne serait pas pru...

- JE VEUX QUE TU ANNULES TON SERMENT !!! Hurla-t-il en se tournant finalement vers moi. Farkas est mort, les autres me respectent maintenant, je n'ai plus besoin de ta protection.

J'écarquillai les yeux en le maintenant à distance par les épaules.

- Julian, je ne comprends pas en quoi ce serment...

- Ça me donne l'impression d'être important. Lâcha-t-il dans un souffle. Tu ne l'as fait pour personne d'autre, j'ai demandé, je me suis renseigné. Tu sais que tu aurais du l'annuler depuis des semaines mais tu laisses traîner et tu me fais croire que je compte pour toi. Tu me donnes l'espoir d'être spécial à tes yeux.

- Je n'ai pas...

- Tu es cruel, Van. Tu ne peux pas m'obliger à accepter ta protection et refuser dans le même temps la mienne. Je grappille les miettes que tu daignes me balancer depuis des mois et je me raccroche à cette connerie de serment pour tenir. Tu es cruel et injuste.

À force de reculer pour le maintenir toujours à distance, mon dos avait fini par rencontrer le mur, j'étais coincé.

Son regard triste cherchait le mien, sa bouche s'incurvait juste un peu vers le bas et ses lèvres avaient légèrement bleui.

Ma main remonta lentement de son épaule à sa nuque et je l'attirai à moi jusqu'à ce que son front se pose contre le mien.

- Tu n'es pas faible, Julian, mais tu refuses de prendre la position qui te revient dans la meute. Expliquai-je simplement. Le jour où tu...

- Conneries... Gronda-t-il.

- Julian, arrête. Tu prends tout ça trop à la légère et si...

- Conneries ! S'écria-t-il plus fort en essayant de se dégager. Je raffermis ma prise sur sa nuque.

Il avait raison, j'aurais dû mettre un terme à ce serment depuis un moment déjà... Pourquoi ne l'avais-je pas fait ?

- Tu vas annuler le serment, Van, et tu vas l'annuler aujourd'hui même.

Merde ! Je n'avais aucune intention de l'annuler, ce petit con était sous ma protection et il allait le rester.

- Tu me donnes un ordre, Jul ? À moi ? Grondai-je en faisant appel à mon instinct dominant.

Je ressentis le moment exact où son corps perçut le danger. Chacun de ses muscles se contracta.

 

Deux phénomènes se produisirent alors simultanément. Son regard ne quitta pas le mien et ses yeux prirent une couleur orangée que je ne connaissais déjà que trop bien. Dans le même temps, j'entendis le raclement de ses griffes en train de pousser contre le mur, de chaque coté de ma tête.

Julian était un dominant, pas autant que moi évidemment, mais son loup se révoltait contre la pression que lui infligeait le mien. Si je ne faisais rien, il allait se transformer et j'allais devoir le remettre à sa place.

Une vague image de moi en train de forcer Julian à accepter mon autorité me traversa l'esprit. Ç' avait été fulgurant mais ça ne m'avait pas plu... Vraiment pas du tout.

Je plaquai ma bouche contre la sienne.

Sa réaction ne se fit pas attendre. Ses yeux s'agrandirent et s'éclaircirent jusqu'à retrouver leur teinte azur. Du coin de l’œil, je vis ses griffes se rétracter jusqu'à disparaître complètement.

Son corps était toujours aussi contracté. Encore un peu et j'allais réussir à...

Ses lèvres entrèrent en action. D'abord rigides, elles semblaient, à présent, fondre contre les miennes. Un grondement guttural s’éleva entre nous. Le problème, c'est que j'ignorais de qui il provenait.

Sa langue força son passage entre mes lèvres et ma tête cogna contre le mur derrière moi. Elle était brûlante et le contraste avec la froideur de ses lèvres m'arracha un gémissement.

Est-ce que je venais vraiment de gémir ?

Je n'étais pas prêt à ça, je voulais seulement détourner son attention...

Je voulais seulement détourner son attention, n'est-ce pas ?

Sa langue s'activait dans ma bouche et j'avais la sensation d'être l'arroseur arrosé. Je n'avais pas encore répondu à ce baiser... Pas vraiment. Mais la chaleur de sa langue, sa douceur, son exigence... Elle me réclamait une reddition totale.

La pointe de ma langue caressa la sienne et ce fut comme un signal silencieux entre nous.

Ses bras se refermèrent autour de mon cou alors que je verrouillais les miens autour de sa taille. Je sentais l'eau qui engorgeait ses vêtements s'infiltrer à travers les miens tant il pressait tout son corps contre moi.

Il frissonnait entre mes bras mais je savais que ça n'avait rien à voir avec le froid.

Ses doigts se refermèrent sur le col de mon maillot comme pour s'assurer que je n'allais aller nulle part. Sauf que je n'avais aucune envie de partir cette fois. Ses lèvres se réchauffaient contre le miennes et chaque mouvement était plus habile que le précédent. Nos langues dansaient l'une contre l'autre, nos dents s'entrechoquant parfois.

Son bassin s'inclina vers l'avant.

Manifestement, son excitation était aussi palpable que la mienne. Un long gémissement rauque lui échappa quand il s'en aperçut.

Soudain l'atmosphère changea et un raclement de gorge me ramena à la réalité.

- Quand tu m'as demandé de te laisser lui dire ta façon de penser, Van, ce n’était pas vraiment ce à quoi je m'attendais.

Les yeux écarquillés, je tournais la tête au ralenti en direction de la voix bien trop familière qui venait de parler.

Michael, Lucy et l'équipe au complet, ainsi que quelques loups de la meute venus assister au match, nous dévisageaient.

Et merde !

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Published by Camille
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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 15:54

- Si tu es très très gentil avec moi, je fais fondre la glace sous leurs pieds dès la reprise du match. Chuchotai-je à Michael en m'approchant dans son dos.

Mon compagnon gronda en se tournant et m'attrapa dans ses bras musclés.

- Si tu es très très gentille avec moi, je te promets de te laisser les noyer avant que je leur torde le cou.

Je ris contre son torse moulé à la perfection dans le pull en maille noir que je lui avais offert quelques semaines plus tôt.

- Alors, est-ce qu'on parle des loups de Lawrence ou de notre belle équipe de bras cassés ? Demandai-je pour m'assurer que nous étions sur la même longueur d'onde.

- Ce ne sont pas des bras cassés. Me réprimanda-t-il en m'assenant une petit fessée. Et je parlais bien de l'équipe de Medford. Ajouta-t-il, un sourire dans la voix.

- Bon, nous sommes d'accord. Mais Nathan a laissé passer un palet. On n'a pas d'avance pour la suite du match.

En réalité, je ne m'en faisais pas vraiment pour notre équipe. Je les avais vus s’entraîner et ils avaient toutes leurs chances. Mais je commençais à bien connaître Michael à présent et j'avais appris de quelle manière il fonctionnait.

- D'accord, mais tu connais l'esprit de compétition de Van, il ne va pas se laisser abattre si facilement, sans compter que Julian est bien plus coriace que je le pensais. Et puis Jed a sans doute déjà repéré leur point faible et doit être en train d'établir un plan pour l'expl... Attends une minute. S'interrompit-il.

Je souris en refusant de relever la tête vers lui. La laine toute douce de son pull réchauffait mon nez rougit par le froid.

- Toi, tu es encore en train de me manipuler pour que je me rende compte tout seul que je n'ai pas de raison de m'emporter.

- Tu me prêtes des intentions bien peu honnêtes, Michael. Et puis « manipuler » a une connotation trop péjorative. Je préfère penser que je t'amène en douceur vers une conclusion à laquelle tu te serais rangé de toute façon. Et puis, si j'essaie de te faire entendre raison directement, tu sais que tu vas te braquer et m'opposer des arguments rien que pour me contredire. Expliquai-je calmement.

- Je ne fais jamais ça ! Quand est-ce que je t'ai fait ça ? Est-ce que je le fais vraiment ?

- Tu le fais tout le temps. Déclarai-je en pointant un doigt vers lui.

- Seulement pour qu'on se dispute un peu, Amour.

- Tu te moques bien de nos disputes. L'accusai-je.

- Parfaitement incorrect ! Simplement, je vois à plus long terme que toi... Et après la dispute, il y a la réconciliation. Et tu sais comme nous sommes doués pour nous réconcilier. Gronda-t-il doucement en grignotant gentiment mon cou.

- Et après c'est moi que tu accuses de manipulation.

Mon compagnon rit en m'attirant plus étroitement contre lui.

Van patina jusqu'à nous en profitant du temps de pause entre les périodes de jeu.

- Boss ! Interpella-t-il Michael. Tu as remarqué quelque chose ? Dans le public je veux dire, pas sur ta compagne. Elle, on sait déjà qu'elle est bizarre.

Je levai mon majeur en direction du lieutenant en affichant mon plus beau sourire.

- J'ai eu Lawrence et Carson au téléphone, pour l'instant tout a l'air de bien se passer. Pas de comportement étrange en vue.

Jolie façon de rebondir quand on n'a pas patrouillé comme on aurait dû. Pensai-je.

- En même temps, tout le monde a l'air fou, je trouve.

- Tu dis ça seulement parce qu'ils m'acclament et que tu es jalouse.

- Michael, je viens de constater un comportement suspect. M'alarmai-je en regardant Van. On dirait que ton troisième lieutenant a perdu tout sens de la mesure, il tient des propos incohérents et il a des hallucinations.

- Bien joué ma petite. On verra bien ce que tu en penseras quand tu verras la foule de mes fans s’agglutiner à la sortie de la patinoire pour avoir un autographe.

- Attends, rappelle-moi une chose. M’étonnai-je. Van, c'est bien le diminutif de vanité, c'est ça ?

- Pas du tout ! C'est le diminutif de « va niq...

- Vanniel !! Gronda Michael suffisamment fort pour que des dizaines de têtes se tournent vers nous.

Le lieutenant nous offrit sa plus belle expression innocente.

- Un petit coup de main par ici ? Nous proposa Julian en s'approchant rapidement.

Le jeune lycan s'affala contre le dos de Van en ratant son freinage.

Je retins un sourire, je l'avais vu effectuer des arrêts parfaitement maîtrisés sans problème pendant le match.

- Génial ! Manquait plus que lui. Soupira Van.

Julian simula une perte d'équilibre pour s'accrocher au cou du lieutenant.

- Si tu ne sais pas tenir ta langue, je peux te l'occuper, si tu veux. Lui susurra-t-il à l'oreille.

- Arrête un peu de t'occuper de ma langue et occupe-toi plutôt de ton jeu. Gronda Van. Pour un branleur, je ne te trouve pas très doué avec le manche d'une crosse entre les mains.

- C'est parce que je manque d’entraînement ces derniers temps. Expliqua-t-il en effectuant un petit geste suggestif de la main qui ne laissait pas de doute quant au type d’entraînement qu'il aurait aimé pratiquer avec lui.

La réponse de Van s’évanouit dans le brouhaha ambiant tandis qu'ils s’éloignaient tous les deux en direction du reste de l'équipe sans même un regard pour nous.

- Tu te souviens quand Julian était timide et rougissait dès qu'on lui adressait la parole ? Je crois que son loup l'a mangé et qu'il l'a remplacé par un acteur de porno gay.

Michael éclata de rire en passant un bras autour de mes épaules.

- Le Julian que tu vois aujourd'hui est le vrai Julian. Son comportement effacé n'était que le résultat des influences extérieures qu'il a reçu tout au long de sa vie. Une fois que son loup l'a aidé à prendre confiance en lui, il a pu se révéler au grand jour.

Je fronçai les sourcils en regardant le visage de mon compagnon.

- Quel genre d'influences extérieures peut modifier à ce point la nature profonde de quelqu'un ?

- Le genre que tu n'aimerais pas. Répondit-il dans un souffle, un muscle tressautant sur sa joue.

J'avais envie d'approfondir le sujet mais déjà le match semblait être sur le point de reprendre et notre équipe se plaçait sur la glace.

Julian se tenait prêt pour la remise en jeu et fit rapidement signe de le regarder à un Van qui ne paraissait pas très satisfait de la situation.

Graham, comme lors du premier tiers-temps, engagea le jeu en relâchant le palet au milieu des crosses. Il s'envola presque lorsque mon loup le cueillit au nez et à la barbe de son adversaire direct. Son geste était fluide et précis et sa technique, bien que rudimentaire, était largement compensée par son instinct.

À présent que mon œil était habitué à la vitesse des lycans durant le match, mon cerveau s'adaptait et anticipait les mouvements, me permettant de suivre l'action en cours.

Julian se tassa sur lui même et esquiva un joueur de l'autre équipe en pivotant sur lui même. Ça, c'était un mouvement que je connaissais. Il avait imité l'un des mouvements préférés de Van. Le petit apprenait vite.

Autour de moi, l'étreinte de Michael se fit plus ferme à mesure qu'il approchait du but. Les muscles contractés, mon compagnon vivait l'action comme s'il y était. Je le sentais même basculer presque imperceptiblement d'un côté ou de l'autre, une infime seconde avant que Julian n'effectue le même mouvement. C'était assez étrange, j'avais l'impression qu'il pilotait le corps du jeune lycan. Je prenais la mesure de l'expérience de Michael sur la glace. Il avait participé à assez de matchs pour être capable d'anticiper chaque geste des joueurs alors qu'il ne jouait pas lui-même.

Je levai la tête un instant pour observer le regard concentré de mon homme. Un grondement sonore s'échappa de sa gorge. Le remplaçant du loup de Medford se dressait sur le chemin de Julian, un rictus méprisant sur le visage. Mon compagnon relâcha son étreinte pour agripper la rambarde, son regard se reporta sur Van, pourtant à l'écart de l'action, juste là en soutien. Il fronça les sourcils et laissa la marque de ses doigts dans la barre métallique.

C'est alors que je le vis.

Le joueur adverse ne fixait pas Julian qui avait pourtant le palet mais reportait toute son attention sur le lieutenant toujours en retrait.

Il abattit sa crosse sur la patinoire une fraction de seconde après le passage du palet devant lui. L'effet était étrange. Il semblait avoir essayé d'arrêter le palet, mais quelque chose clochait dans son geste.

- Van ! Cria Michael

Un morceau de glace plus gros que mon poing filait droit sur la tête du lieutenant à la vitesse d'un boulet de canon. Mon loup esquiva le projectile de justesse, une fine ligne rouge se dessina sur sa joue et une goutte de son sang perla jusqu'à sa mâchoire avant de s’écraser sur la surface immaculée de la patinoire.

Des yeux dorés se braquèrent sur la tête de l'attaquant qui semblait très satisfait de lui. Un instant plus tard, le torse de Graham heurta celui de Van dont le grondement venait de résonner dans toute la salle.

- Calme-toi loup ! Ou je te sors du jeu !

Le lieutenant reporta son regard sur l'arbitre et ses yeux redevinrent progressivement marron.

- C'est bon ! Asséna-t-il, son affirmation claquant comme un juron.

- Pourquoi Graham a-t-il donné un avertissement à Van, alors que c'est évident que l'autre a essayé de le blesser ? M'écriai-je, abasourdie.

Mon alpha fulminait littéralement. Sa mâchoire était crispée et je l'entendis presque grincer lorsqu'il desserra les dents pour me répondre.

- Du point de vue de l'arbitre, ce coup de crosse pouvait parfaitement entrer dans le cadre du jeu. Il aurait pu essayer d'arrêter le palet, le morceau de glace n'est qu'un... Malheureux accident...

La fin de la phrase avait eu du mal à sortir.

- Mais tu as vu toi aussi qu'il le regardait ! Michael, il l'a visé directement !

- Notre parole contre la leur...

J’observai tour à tour mon compagnon et son lieutenant sur la glace. Ces deux-là semblaient avoir l'une de ces conversations muettes qui ne passait que par les yeux et le langage du corps.

Finalement, le jeu reprit et Michael me signifia qu'on ne bougeait pas pour l'instant mais qu'on allait le garder à l’œil.

Ouais, le garder à l’œil semblait être une bonne idée. Ce lycan avait visiblement un problème avec Van. Durant tout le reste du tiers temps, ils ne se lâchèrent pas d'une semelle.

Les autres joueurs tentèrent vaillamment de marquer des buts mais l'inaction forcée de notre lieutenant et de son adversaire direct semblait contaminer le reste de leur équipe.

Au final, le coup de sifflet retentit sans qu'aucune meute n'ait pu ajouter de point à son score.

Michael héla alors son équipe et ils se regroupèrent tous au bord de la patinoire juste devant nous.

Je me penchai et attrapai le menton de Van pour lui faire tourner la tête. La coupure était déjà refermée, tout irait bien.

- Nathan, qu'est-ce qu'on sait sur ce loup ? S'enquit mon compagnon dès que mes préoccupations médicales furent réglées.

- Pas grand chose. Se désola notre premier lieutenant. Il s'appelle Paul Frasier, quarante quatre ans, lycan depuis douze ans. Raphaël l'a accueilli dans sa meute le temps de s'assurer de sa stabilité, il a ensuite choisi de rejoindre Medford quand il a décroché un poste d'instituteur à Jacksonville. Aucun antécédent, pas de comportement déviant notable, sa position hiérarchique est dans la moyenne.

La définition de « pas grand chose » de Nathan était à des lieues de la mienne, voilà pourquoi il était premier lieutenant.

- Attends une minute, ce mec bosse avec des enfants ? M'exclamai-je sans cacher ma surprise.

- Il est plutôt du genre patient en temps normal.

- Donc, on peut supposer que son comportement n'a rien d'habituel. En conclut Michael.

- Sauf que l'année dernière, Van et lui ont failli se battre pendant la fête donnée en l'honneur du vainqueur.

Je fis volte-face en bondissant comme une sauterelle sur un trampoline. Thomas m'adressa un regard d'excuse.

- C'est quoi cette histoire ? Je ne me suis pas battu l'année dernière. Affirma Van.

- Non mais tu as failli, comme je l'ai dit. Rappelle-toi, la rousse que tu as dragué après la finale, c'était sa copine et il n'avait pas apprécié, j'ai du vous séparer avant que ça tourne mal.

- Et merde ! J'avais complètement oublié. Grimaça le troisième lieutenant.

- Ah ouais ? Une rousse hein ? Demanda Julian d'un ton amer.

Un bel ensemble de cinq paires d'yeux levés au ciel accueillit sa remarque, le dissuadant de pousser plus loin ses investigations.

- Et donc... Il a une dent contre toi et il a attendu une année entière pour prendre sa revanche ? Demandai-je, dubitative.

- La question est : Sommes-nous prêts à prendre le risque de passer à côté d'un lycan sur le point de perdre le contrôle sur la base d'une histoire de rancœur qui remonte à l'année dernière ? Demanda Nathan.

Michael soupira et jeta un coup d’œil aux alentours.

- Je vais aller en parler avec Lawrence. Il s'agit de son loup après tout, il saura peut-être quelque chose. Pour l'instant, aucun autre alpha ne s'est alarmé et s'il n'avait pas pris l'un de mes loups pour cible je n'y aurais peut-être même pas prêté attention non plus.

Notre groupe acquiesça et commença à s'éparpiller.

- Van... L’interpella Michael. Tu es le plus à même de reconnaître les signes. Je compte sur toi pour ne pas te laisser embarquer dans son jeu et rester concentré.

- Compris Boss ! Acquiesça solennellement le lieutenant.

- Est-ce que je peux faire quelque chose ? S'enquit Thomas toujours à côté de nous.

- Où en es-tu avec Ethan Wade ? Demanda mon compagnon.

- Pour l'instant, je piétine. Carson et sa parano habituelle... Il a remarqué que j'essayais d'approcher son loup et il sent qu'il y a anguille sous roche, du coup je n'arrive pas à lui parler seul à seul.

- Carson et surtout son loup nous doivent une faveur depuis que Lucy lui a sauvé la peau. N'hésite pas à t'en servir. Rappela l'alpha. J'irai en toucher deux mots à Carson si c'est nécessaire. En attendant, j'aimerais que tu gardes un œil sur Julian jusqu'à la fin du match. Je fais confiance à Van pour garder son sang-froid mais j'ai peur que le jeune ne fasse pas preuve d'autant de retenue.

- Bien alpha. Répondit Thomas.

J'adressai un sourire rassurant à mon ami avant de m'éloigner avec Michael. Quelques mois plus tôt, un vampire que nous avions fait prisonnier avait lâché à Thomas que le meurtrier de sa compagne n'avait pas rendu son dernier souffle comme il le pensait. Depuis mon ami n'était plus lui même... Mais si je prétendais que rien n'avait changé, peut-être ne remarquerais-je pas les cernes sous les beaux yeux bleus de Thomas, ni la tristesse dans le sourire qu'il me rendit.

Ouais... Et les licornes surferaient bientôt sur un arc-en-ciel sous une pluie de pétales de roses !

- Est-ce que tu vas le réintégrer à l'équipe de hockey avant la fin du tournois ? Demandai-je à mon compagnon alors que nous nous frayions un chemin à travers la foule.

- Pour l'instant, le mieux pour lui est de se consacrer à la recherche des informations dont il a besoin.

- Tu ne crois pas que ça pourrait lui faire du bien de se concentrer sur autre chose le temps d'un match ?

Michael s'arrêta et me regarda dans les yeux.

- Si tu m'avais posé la même question il y a quatre ans, je t'aurais répondu que tu avais raison. Aujourd'hui... S'il t'arrivait quelque chose, amour, si on t'enlevait à moi, si un être, quoi qu'il soit, t'arrachait à mes bras... Il n'y aurait rien sur cette terre qui pourrait m’empêcher de retourner le monde entier pour le retrouver et le tuer. À présent que je sais ce qu'il a eu et ce qu'il a perdu, je sais que rien ne pourra le détourner de sa vengeance.

Les émeraudes de ses yeux se transformaient progressivement en saphirs tandis qu'il parlait. Mais même sans ça, j'aurais su qu'il pensait chacun des mots qu'il avait prononcés. Michael retournerait le monde entier pour moi.

Eh bien, qu'il en soit ainsi, pour cet homme, je le brûlerais jusqu'à ce qu'il n'en reste que des cendres.

 

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 15:03

- Tu es sure que ça ne risque rien ? Se lamenta Julian en ajustant son équipement sous son maillot de hockey.

Je finissais tout juste d'inspecter, pour la troisième fois de la journée, la cicatrice de Van.

- Non c'est bon. L'assurai-je. Sa cicatrice est en train de disparaître, tout roule et je suis sure qu'il n'a déjà plus mal. N'est-ce pas Van ?

Je tapotai son bas ventre avec assurance comme on flattait le flanc d'un gentil chien. Mon ami écarta ma main prudemment d'une zone plus sensible et bien trop proche à son goût.

- Arrête de me materner, gamin, j'ai déjà remporté des duels avec des blessures pires que ça et sans l'intervention de Lucy. Je gère, t'inquiète. Gronda-t-il. Je ne vais pas laisser passer ma chance de prendre ma revanche sur l'équipe de Medford. L'année dernière, ils nous ont battus de quelques points seulement.

- Je ne te materne pas, je prends soin de la marchandise. Répondit-il en agrippant une poignée des cheveux hirsutes de Van pour l'attirer plus près de son propre visage. Si tu ne fais pas attention à toi, je vais devoir prendre des mesures pour t'enfermer pour ton propre bien... De préférence dans ma chambre... Attaché à mon lit par des menottes...

- Ce ne sont pas des menottes qui vont me retenir.

Van levait les yeux au ciel pour montrer son exaspération mais je notais, non sans une certaine satisfaction, qu'il n'avait pas repoussé Julian.

- Tant mieux, j'ai de grands projets pour nous deux, et je vais avoir besoin de tes mains pour ça.

- Pour l'instant, tout ce que ces mains vont agripper, c'est une crosse de hockey, arrête avec tes allusions salaces.

- Des allusions salaces ? Quelles allusions salaces ? S'étonna le plus jeune. C'est toi qui sautes tout de suite aux conclusions.

Julian s'écarta en prenant son air faussement outré avant de s'élancer sur la glace.

- Mais c'est une bonne chose que tu t'habitues à agripper quelque chose de long et dur. Ajouta-t-il néanmoins, juste assez fort pour que nous l'entendions tous les deux.

Van écarquilla les yeux avant de reporter son regard sur moi. J'étais prête à parier que ses mains avaient agrippé la rambarde avant de vite la relâcher comme s'il s'était brûlé. Des trucs longs et durs, on en trouve un peu partout apparemment.

- Tu vas le corriger pour t'avoir parlé de cette manière ? M'enquis-je avec un petit sourire.

- À quoi bon ? Il serait même susceptible d'y prendre du plaisir à mon avis.

Je levai les yeux au ciel. Julian bénéficiait d'un passe-droit dont il usait et abusait sans modération.

Van me sourit d'un air entendu avant de me pousser d'un petit coup d'épaule.

- Allez ma jolie, il est presque l'heure. M'avertit-il. Sors de la glace avant que l'arbitre ne te prenne pour un joueur.

Je reculai jusqu'à sortir de la patinoire.

- Fais attention, d'accord ? Je t'ai rafistolé une fois de plus mais protège quand même ton ventre.

Le lieutenant m'adressa un sourire avant de s’élancer au milieu de la patinoire. Pour ce que j'en savais, il pouvait aussi bien vouloir me dire qu'il était d'accord, comme d'aller me faire foutre...

Graham s'avança sur la glace avec le même sourire tranquille que je lui avais vu arborer la première fois que je l'avais rencontré. Sa tenue d'arbitre noire et blanche, un peu trop ajustée pour son corps musclée, ou bien peut-être était-ce fait exprès, me faisait frissonner. Je portais l'un des grands pulls de Michael, par dessus plusieurs couches de vêtements m'appartenant, et pourtant j'avais froid.

L'alpha blond braqua ses grands yeux bleus sur les membres de l'équipe de Medford et de Salem et sortit le minuscule palet noir de sa poche.

Je m'appuyai à la rambarde de la patinoire avec un petit sourire. L'ambiance électrique sur le terrain était perceptible et contagieuse. Mes loups avaient envie d'en découdre. Les patins raclaient le sol glacé et les crosses passaient fébrilement d'une main à l'autre. En cet instant, ils ressemblaient plus à des lions en cage qu'à des loups.

Van s'approcha du centre où se trouvait Graham, en même temps qu'un lycan que je ne connaissais pas, un loup de Medford.

Les deux adversaires se firent face et le silence s’abattit comme une chape de plomb sur la patinoire. Je pris une grande inspiration. Je pouvais entendre mon cœur battre dans ma poitrine tandis que, sous leur équipement, les muscles des joueurs se bandaient, et que leur regard se fixait sur un seul point: le palet.

Graham fixa les deux joueurs les plus proches de lui l'un après l'autre et engagea la partie.

Lorsque le petit rond de caoutchouc vulcanisé ricocha sur la glace, un brouhaha intense venu de chaque recoin de l'immense salle fit bourdonner mes oreilles. Les loups de toutes les meutes présents hurlèrent leurs encouragements alors que les joueurs s'élançaient sur la glace à une vitesse ahurissante.

Au début, mes yeux habitués à l'immobilité des lycans, quelques secondes plus tôt, eurent du mal à suivre l'action en cours. La silhouette des joueurs se floutaient un court instant avant de redevenir nette, et chaque fois un nouveau loup avait le palet. Je ne savais plus où donner de la tête. Salem cherchait à percer la défense de Medford impitoyablement, s’engouffrant dans chaque faille, dans chaque espace laissé libre. Mais Medford tenait bon, pire encore, ils faisaient reculer mon équipe un peu plus à chaque action.

Van, soutenu par un Julian impressionnant, livrait un véritable combat pour grappiller quelques mètres en direction de la cage adverse. Henry, l'un des dominants de la meute et troisième attaquant de Salem ne ménageait pas ses efforts pour se démarquer de son adversaire qui lui collait aux basques. Les deux défenseurs, Riley et Jed, faisaient leur possible pour empêcher les joueurs de Medford de s'approcher du palet. Les coups d'épaule se succédaient, le bruit des corps s'entrechoquant, résonnant malgré les encouragements tonitruants de la foule. Et une brèche inattendue s'ouvrit enfin dans la défense de Medford.

Mon ami et lieutenant s'y engouffra la seconde suivante, patinant comme s'il volait à la surface de la glace, chaque geste parfaitement maîtrisé tandis que le palet virevoltait d'un côté comme de l'autre.

J'empoignai plus fermement la rambarde alors que seuls quelques mètres séparaient encore Van de la cage de Medford. Il y était presque.

Le lycan se stoppa brutalement, et sa position se modifia légèrement alors qu'il s’apprêtait à envoyer le palet en direction des filets. Du coin de l’œil, j'apercevais déjà l'un des attaquants adverse foncer sur lui à grande vitesse... À trop grande vitesse... S'il ne freinait pas un peu, non seulement il allait percuter Van de toutes ses forces avant qu'il ait pu tirer, mais il risquait aussi de blesser mon loup, et lui avec.

Mais alors que je le pensais dans son angle mort, Van pivota sur lui même dans un mouvement souple, emportant le palet avec maestria, loin de la crosse de l'autre joueur. Si je ne l'avais pas vu faire, j'aurais eu du mal à croire qu'un tel mouvement pouvait être possible sur la glace.

Le joueur de Medford, surpris et déséquilibré par le manque de résistance qu'il rencontra, fila droit vers la rambarde, la tête la première. Il s'effondra dans un bruit sourd, immédiatement suivi des cris de joie de l'assistance. Van venait de marquer le premier but.

Après quelques minutes qui servirent à évacuer le joueur de Medford complètement sonné, et à faire entrer un remplaçant, le match reprit.

Galvanisé par leur but, mon équipe semblait enragée et prête à dévorer le monde.

Au delà du match, appuyé à la rambarde du coté gauche de la patinoire, je voyais mon compagnon sourire. Il était censé patrouiller dans la foule et remarquer le moindre comportement suspect, comme les autres alphas, hormis Graham bien sûr. Cela dit, je comprenais parfaitement son envie de regarder les prouesses de son équipe. Michael suivait chaque action de son regard acéré et je percevais chaque inclinaison légère de son corps, tandis qu'il vivait le match en même temps que les joueurs.

- Il n'a pas changé, on dirait.

Je sursautai en sentant le souffle chaud d'un lycan dans mon cou.

- Quoi ? Dis-je en faisant volte-face.

Raphaël me sourit avec bienveillance, les mains levées en une excuse muette.

- Michael. Je disais qu'il n'avait pas changer. La première fois que je l'ai emmené voir un match, il avait déjà ce regard concentré, comme s'il était sur la glace avec les joueurs.

- C'est toi qui l'a emmené voir son premier match ? Demandai-je, curieuse d'en apprendre plus sur le passé de mon compagnon.

Je m'étais demandée si je devais tutoyer l'alpha de Portland un peu plus tôt mais finalement , ça me semblait plutôt naturel puisque j'allais sans doute être amenée à le revoir souvent.

- Oui, c’était en 1914.. peut-être 1915.. Je ne sais plus. À cette époque, l'équipe de Portland s'appelait les Rosebuds et il y avait bien moins de joueurs. Le hockey était un sport jeune dans nos contrées.

Je souris à l'utilisation désuète du mot « contrée ».

- Il appartenait déjà à ta meute à cette époque alors ?

- Je vois qu'il ne t'a pas encore tout raconté. Dit-il en riant légèrement, ce qui le fit paraître encore plus jeune que moi. Michael a été mon premier lieutenant pendant près de soixante ans.

J'écarquillai les yeux suite à cette révélation. Qu'il ait été l'un de ses lieutenants ne m'étonnait pas vraiment, j'avais déjà cru le comprendre lors de ma première rencontre avec Raphaël. Néanmoins, je n'avais pas imaginé que ça ait pu durer si longtemps. Quelque part, Michael devait avoir eu raison. Je n'avais jamais vraiment envisagé qu'il ait passé les cents-soixante-deux ans de sa vie autrement qu'en chef de meute.

Raphaël éclata de rire devant mon expression, une main posée sur son cœur. Son T-shirt du jour arborait un magnifique « Team Jacob ». Si je n'avais pas eu aussi froid pour lui, j'aurais sans doute ri avec lui.

- Et tu l'as laissé partir comme ça ? Sans t'y opposer ?

L'alpha s'essuya rapidement les yeux avant de me sourire.

- Eh bien, c'était ça ou un duel, et tu as bien vu dans quel état il se met quand il est en colère. Il faudrait être fou pour s'y frotter.

J'aimais bien Raphaël. Ce lycan se promenait avec des T-shirts à messages, éclatait de rire pour un oui ou pour un non, se montrait affable et souriant et balançait ce genre de répliques destinées à le montrer sous un jour relativement inoffensif. Pourtant, il gérait une meute d'une soixantaine de loups, avait plus de cinq-cents ans et inspirait un respect infini à tous les dominants de ma connaissance.

- Et j'imagine que l’installation de Michael à Salem est une coïncidence ? Demandai-je avec un sourire entendu.

- Oh, tu sais, j'avais ce petit bout de territoire qui ne me servait à rien... Et puis j'aime garder un œil sur mes petits.

Le regard de Raphaël se posa alors tour à tour sur Michael, Graham, Lawrence et Carson, m'indiquant par la même occasion où chaque alpha se trouvait. Je me demandai si toutes les meutes de l'état avaient été créées indirectement par Raphaël.

- Tu es donc, en quelque sorte, le père de toutes les meutes de l'Oregon ? Demandai-je pour avoir confirmation de mon intuition.

L'alpha éclata de rire avant de secouer la tête.

- C'est une façon de voir les choses. Je préfère penser que je suis un bon maître d'apprentissage. Et puis, les cinq meutes ici présentes ne sont pas les seules à s'être établies dans l'état. Certains lycans s'organisent en petits groupes beaucoup plus restreints et vives à l'écart des humains. Ils évitent les interactions avec l'extérieur et change de territoire au gré des mouvements du gibier. Et je n'ai aucune influence sur leur implantation.

Je souris. Il venait de confirmer à mi-mot son rôle dans la création de quatre des plus importantes meutes de l'état.

Des cris d'excitation s'élevèrent autour de nous et je reportai brièvement mon regard sur la patinoire. Le nouvel arrivant de Medford venait de tirer et Nathan, le gardien de l'équipe, avait stoppé le palet à l'aide de ses genoux. Il s'en était fallu de peu.

- Je n'ai pas vu Lori. Dis-je sans quitter le jeu des yeux. Elle est restée à l’hôtel aujourd'hui ?

- Non, elle est rentrée à Portland pour un jour ou deux, elle avait des affaires à régler avec sa famille.

Son ton circonspect m'apprenait surtout qu'il avait décidé de l'éloigner de Salem le temps que le problème des Ulfarks soit réglé.

- Hm... Je vois...

La façon dont ce couple fonctionnait ne me regardait pas alors je préférai me concentrer sur le match.

L'attaquant remplaçant de Medford gagnait justement du terrain sur mon équipe et le niveau sonore de la salle augmentait au fur et à mesure qu'il avalait les mètres le séparant des cages de Salem.

Un coup d’œil sur mes joueurs me suffit pour me rendre compte qu'ils étaient en mauvaise posture.

Van venait de chuter, aidé par la crosse d'un joueur adverse. Julian et Henry se débattaient comme des beaux diables pour échapper à la vigilance du même joueur. Quant à Jed et Riley, les pauvres peinaient à s'écarter des parois de la patinoire, tandis que les défenseurs adverses semblaient prendre un malin plaisir à les renvoyer dans les cordes à grands coups d'épaule.

- Merde ! Mais à quoi sert Graham... Ils n'ont pas le palet !

L'alpha à côté de moi s'appuya à la rambarde.

- Il n'est pas là pour siffler les fautes. M'expliqua-t-il. Son rôle se borne à engager le jeu et éviter qu'il y ait des morts. Pour le reste... Eh bien... Si on devait relever les fautes dans un match avec des lycans... Le jeu serait arrêté toutes les trois secondes.

- Bon sang, c'est quand même sacrément frustrant.

Van venait de se remettre sur ses patins et fonçait à pleine vitesse sur l'attaquant de Medford.

Mais déjà celui-ci tirait avec précision entre les jambes de Nathan qui, malgré sa vitesse, n'arriva pas à stopper le palet.

Les loups de Lawrence venaient d'égaliser.

Je reportai immédiatement mon regard sur mon compagnon, toujours à gauche de la patinoire. Je pouvais le voir fulminer en silence, les mains agrippées dangereusement à la rambarde. Je m'étonnai presque de ne pas voir de la fumée sortir de ses oreilles.

Je m'excusai auprès de Raphaël et décidai de rejoindre Michael alors que le premier tiers temps s'achevait déjà.

- Lucinda... M'interpella l'alpha de Portland.

Je me tournai une dernière fois vers lui.

- Lori t'aime bien, tu sais. Elle... Eh bien, elle n'a pas beaucoup d'amies. Les louves de ma meute ne lui rendent pas toujours la vie facile à cause de son humanité. On ne peut pas vraiment dire que les lycans soient des créatures très tolérantes et a fortiori quand ce sont des femelles.

Je lui souris avec sincérité.

- J'aime bien Lori moi aussi. Ta femme est courageuse. Dis-lui de venir me voir quand elle le veut.

Et sur ce, je tournai les talons. Je venais de rendre un Alpha heureux, au tour du mien à présent.

 

Suite>>

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 21:06

Il y a quelques temps (oui je sais, ça fait déjà très longtemps que je n'ai rien posté ;( ) je vous avais posté un dessin de ma Yuma, ma merveilleuse lectrice Bêta et meilleure amie. Il s'agissait de trois de mes louloups préférés Michael, Nathan et Van bien sûr. Et je vous avais annoncés que d'autres loups allaient arriver !! Eh bien ça y est, ils sont là, c'est le grand moment !!! Encore une fois un très très grand merci à ma Yuma qui a réussi à chibi-iser mes loups à la perfection.

Voici donc, Julian, Thomas et Tad, ainsi que leurs loups bien entendu.

 

Et puis j'ai eu un très beau cadeau à noël également et je voulais vous le faire partager:

 

 

Aaaaaaah comme j'adore ce genre de cadeaux!!! J'espère qu'ils vous plairont aussi!!

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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 15:38

En emménageant chez Michael quelques mois plus tôt, je m'étais rapidement aperçue que la meute avait un don pour transformer ce que je pouvais considérer comme un inconvénient en avantage. C'était valable pour leur capacité à sentir les émotions des autres par exemple. Je n'avais alors perçu que le côté intrusif de la chose. Je m'étais persuadée que je détesterai me sentir exposée de la sorte. Mais contre toute attente, il y avait quelque chose de confortable à vivre avec des loups capables de lire en vous. Leur aptitude à appréhender votre état d'esprit les rendait plus facile à vivre que la majorité des gens.

La vie en communauté m'avait également inquiétée. Bien sûr, officiellement, seuls Michael, Julian et moi-même, vivions dans cette immense bâtisse. Néanmoins, la plupart du temps, une dizaine de loups squattaient allègrement les chambres à l'étage, les canapés du salon, la salle d’entraînement au sous-sol... Parfois même le sol tout simplement – je ne comptais plus le nombre de fois où j'avais trébuché sur un loup couché de tout son long sur le carrelage de la cuisine, généralement devant le frigo.

Pour moi, qui avais presque toujours vécu seule, cette promiscuité avait été une source d'inquiétude constante les premières semaines.

Mais je devais bien avouer aujourd'hui, surtout à cette minute précise, que les avantages de cette cohabitation forcée rendait les inconvénients plus supportables. J'appréciais tout particulièrement les conversations animées qui se déroulaient chaque jour autour de la table basse du salon, à l'endroit même où je me tenais à présent. Seulement lorsqu'une demi-douzaine de loups argumentaient en même temps sur plusieurs sujets différents, l'acte de « converser » prenait une toute autre dimension que ce que je vivais en ce moment.

Comment dire ? Une armée complète d'anges, Séraphins, Chérubins, Archanges et légions étaient en train de passer. Lucinda Walker ou l'art de recevoir...

Bon, ce n'était pas que je n'avais rien à dire à Lori mais je ne voyais pas vraiment comment aborder le sujet. « Alors comme ça toi aussi tu es la compagne d'un alpha, et depuis bien plus longtemps que moi, tu veux pas me coacher ? » Mouais...

Je me relevais pour servir une deuxième tasse de thé à mon invité quand elle brisa finalement le silence.

- J'ai été très impressionnée par ton raisonnement tout à l'heure. Michael n'a pas manqué de discernement en te prenant pour compagne.

- Merci. Répondis-je en tentant de ne pas paraître trop flattée. Je n'ai pas la vivacité d'esprit d'une louve mais je me débrouille.

- Je pense que tu n'as rien à leur envier. M'assura-t-elle en riant. Et puis de toi à moi, les louves ne sont pas si vives que ça.

Son ton de conspiratrice me fit sourire, comme si notre statut d'humaine nous faisait entrer dans une catégorie particulière.

- Je te fais confiance, il n'y a qu'une louve dans ma meute et c'est ma meilleure amie.

Lori sourit et but une gorgée de son thé comme pour se donner une contenance.

- Je t'envie tu sais. Ta position est confortable, et les loups de Michael t'ont acceptée comme leur femelle alpha visiblement. Sans parler de ton pouvoir qui te rend indispensable à la meute.

Je tiquai un peu. Bon, je ne pouvais pas non plus me plaindre mais de là à qualifier ma position de confortable...

- Eh bien j'imagine que tu es passée par là toi aussi, tu sais que tout n'est pas tout rose. Il y a encore des moments où je me demande ce que je suis venue faire dans ce pétrin.

- Je suis sure que tu ne le penses pas. Affirma-t-elle en riant.

- À vrai dire, je me demandais si tu ne pourrais pas me faire part de ton expérience dans ce domaine justement. Me lançai-je. En tant qu'humaine toi aussi, et compagne d'un alph...

- Tu te trompes à ce sujet. Me coupa-t-elle avec un sourire bienveillant.

J'écarquillai les yeux en la regardant des pieds à la tête. Mon nouvel odorat sur-développé était censé être un allié de choix dans ce genre de situation. Pourtant rien en Lori ne laissait supposer qu'elle n'était pas humaine.

Assurément, elle n'était pas louve, et si elle avait été vampire, au delà des contradictions physiques évidentes, je l'aurais également senti sur elle. Bien sûr, il n'était pas exclu qu'elle appartienne à une race dont je n'avais pas encore rencontré de représentant mais j'en doutais. Tous les signaux olfactifs qu'elle envoyait étaient humains.

- Je ne suis pas la compagne de Raphaël. Précisa-t-elle.

Oh... C'était donc ça.

- N'aie pas l'air si surprise. Me dit-elle avec un air amusé. Il n'y a pas de quoi en faire tout un plat. Raphaël et moi sommes fous l'un de l'autre, mais son loup ne partage pas ses sentiments voilà tout.

Je cherchai une pointe d’aigreur ou de tristesse dans sa voix mais n'en décelai aucune.

- Je suis désolée. M'excusai-je avec la sensation d'avoir fait un faux-pas social dans le monde des lycans.

- Ne le sois pas. Dit-elle en me prenant la main pour la tapoter. Je vis avec l'homme que j'aime depuis près de vingt ans, je suis vraiment chanceuse. Il est vrai que j'envie ta position dans la meute parce que ton avis est pris en compte mais j'ai aussi conscience des responsabilités qui accompagnent ta position et je ne sais pas si j'aurais ton courage dans cette situation. On peut dire que j'ai les avantages sans les inconvénients.

- Alors si je comprends bien, tu ne vas pas pouvoir me dire ce qu'implique d’être une compagne humaine au milieu d'une meute de lycans ? Demandai-je pour la forme, en soupirant.

- Je suis désolée, Lucinda, mais pour le coup tu vas devoir te débrouiller. Je n'ai, pour ainsi dire, aucune relation avec la meute. Bien sûr je côtoie certains loups de l'entourage proche de Raphaël, et je m'entends bien avec certaines louves mais je n'ai aucune implication dans la meute et je ne me mêle pas de leurs histoires. Il ne l'accepterait pas de toute façon.

- Attends... Sans vouloir me mêler de votre histoire, quand je vois la façon dont Raphaël te regarde, je doute qu'il te refuserait quoi que ce soit.

Les joues de Lori se tintèrent de pourpre, la rajeunissant d'une bonne dizaine d'année, tandis qu'elle me sourit.

- Je te remercie Lucinda, mais j'aime ma vie telle qu'elle est et je ne parlais pas de Rapha, enfin pas vraiment.

Je fronçai les sourcils et m’apprêtai à lui demander une explication quand le cliquetis caractéristique de griffes sur le béton du porche se fit entendre.

Nos loups revenaient de leur inspection. Je gardai donc mes questions pour moi et me levai pour aller leur ouvrir la porte d'entrée.

Michael fut le premier à entrer suivi par Raphaël puis Lawrence, son accablement visible dans sa démarche plus lourde qu'à l'allée.

- Vous avez trouvé quelque chose ? M'empressai-je de demander aux alphas qui finissaient déjà de se rhabiller.

L'espoir transparaissait dans mes paroles, mais l'espoir de quoi ? Je l'ignorais.

Valait-il mieux que le lycan ait été un Ulfark et que les doutes de Van soient le symptôme des prémices de la folie ou bien qu'il n'ait pas été sauvage et que mon ami doive vivre avec le sentiment de culpabilité d'avoir tué un innocent pour le reste de sa vie ?

- Rien du tout. Répondit Michael. Selon toute vraisemblance il était bel et bien sauvage. Il empestait l’ammoniaque et certaines de ses blessures n'ont pas été causées par Van. Il avait commencé à se ronger une patte arrière.

Je grimaçai en pensant à l'horreur d'un tel acte. Il fallait vraiment avoir perdu la tête pour s'infliger ce genre de torture.

Petite, j'avais essayé de mordre mon avant-bras jusqu'au sang dans le but d'accuser Jimmy Henderson, une petite frappe qui me volait tout le temps mon dessert au réfectoire de l'orphelinat. Ma tentative avait lamentablement échoué, bien entendu. Il y a une sorte de sécurité dans notre cerveau, nous empêchant d'utiliser sciemment nos dents contre nous-même... Sans parler de la douleur.

- Eh ben, ça ne veut pas dire que ton lieutenant avait tort pour autant. Remarqua Raphaël. Comme tu l'as souligné, Lucinda, il est possible que quelqu'un tire les ficelles dans l'ombre et transforme nos loups en Ulfark.

- Il faut le trouver. Gronda Lawrence en serrant les poings, la rage déformant les traits de son visage.

- C'est ce que nous ferons mon ami. L'assura mon compagnon.

- En attendant, il faudrait peut-être mettre un terme au tournoi. Proposai-je. Qui sait ce qu'une telle concentration de loups au même endroit pourrait provoquer.

- Au contraire. Rétorqua Raphaël. Si la menace est réelle, nous avons toutes les chances d'en apprendre plus en restant tous ensemble. Et si la même chose qu'aujourd'hui devait se reproduire, cette fois nous seront préparés et à même d'agir immédiatement.

- Tu proposes de sacrifier des loups pour découvrir la vérité ? M'exclamai-je, outrée.

- Nous n'avons aucune piste pour le moment alors je propose d'attendre et de voir comment ça se passe... Il faut parfois sacrifier quelques individus au profit du plus grand nombre.

Je regardai mon compagnon avec stupéfaction. Il ne pouvait tout de même pas cautionner cette idée. Même si je comprenais le principe, j'aimais chacun de mes loups indépendamment les uns des autres, et mon aventure avec Sorcha m'avait prouvé que je n'en sacrifierai aucun pour sauver tous les autres... Il y avait toujours une autre alternative.

- Amour, s'il y avait une autre solution... Commença Michael. Et puis comme l'a souligné Raphaël, nous nous y attendrons et cette force, quelle qu'elle soit, semble reculer face à notre pouvoir d'alpha. Elle ne semble pas nous atteindre non plus. Avec quelques précautions je pense que le jeu en vaut la chandelle.

Je soupirai et reportai mon regard sur Lawrence. Contrairement à ce que j'avais cru, il semblait d'accord avec cette décision. Dans ce cas, je n'avais plus qu'à m'incliner.

- Je vais voir comment va Van, et s'il se sent capable d'entrer sur la patinoire demain. Annonçai-je avec une moue dépitée.

Michael m'embrassa sur la tête après une rapide étreinte et je pris congé de nos hôtes. Je n'étais pas certaine que la décision des alphas fut la bonne mais si le phénomène qui s'attaquait aux loups n'était pas naturel, alors je comprenais que son créateur devait être arrêté et le plus vite serait le mieux.

 

Selon les hypothèses les plus sérieuses, la sensation de « déjà-vu » pourrait provenir de la confusion entre une situation déjà vécue et une autre similaire expérimentée au moment présent, ou encore à un arrêt partiel et très court du cerveau, mais aussi à une mauvaise redirection synaptique de l’information dans le cerveau...

Quoi qu'il en soit, dans ma situation, si j'avais l'impression d'être déjà passée par là, c'est que c'était effectivement le cas... Avec quelques différences notables néanmoins.

En l’occurrence, le jeune loup qui faisait les cents pas devant la porte de la chambre de convalescence s'était étoffé et ne ressemblait plus au jeune garçon chétif de la dernière fois.

Quant à sa démarche, elle n'était plus hésitante mais bel et bien assurée et gracieuse.

Julian ressemblait à un surfeur avec ses cheveux dorés, trop longs et sa peau bronzée. Il sentait même le soleil et le sable chaud.

Un sourire illumina son visage aux traits nouvellement virils lorsqu'il posa ses yeux sur moi.

- Salut ma belle. Tu viens vérifier que tu as fait du bon boulot sur Tad ?

Sa voix était enjouée mais son ton semblait forcé.

- Je fais toujours du bon boulot, Jul. C'est Van que je viens voir, comme toi j'imagine.

- Il m'a foutu à la porte. Soupira-t-il. Alors que je voulais simplement vérifier qu'il était en pleine forme.

Je secouai la tête en imaginant très bien de quelle façon il s'y était pris. Je commençais à le connaître.

La porte de la chambre s'ouvrit en grand tandis que Van se postait dans l'embrasure.

- T’inquiéter pour ma santé c'est une chose, chercher à savoir si je suis devenu impuissant en me tripotant, c'en est une autre. Gronda le lieutenant avec mécontentement.

Je ne pus retenir un sourire.

- Je m’inquiétais pour ta santé. Commença le jeune lycan. Je voulais juste vérifier que Lucy t'avait remonté dans le bon sens c'est tout.

- Hé ! M'insurgeai-je. Je le remonte toujours dans le bon sens, et je peux t'assurer que tout fonctionne parfaitement bien, sa mécanique est comme neuve !

- Pas de couac dans le moteur ?

- Il ronronne comme au premier jour.

- Tu ne m'aides pas là, Lucy. Si j'en crois les rumeurs, il est loin d'être une première main et je ne voudrais pas me retrouver avec une épave dans les mains parce qu'on m'a couillonné au contrôle technique.

- Et moi je t'assure que j'ai tout vérifié, des niveaux à la courroie de distribution. Il est en parfait état de marche.

- Bon, quand vous aurez fini d'échanger sur mes parties à coup de métaphores automobiles, on pourra peut-être s'occuper de ce qui est vraiment important. Nous coupa Van.

Heureusement parce que je commençais à venir à bout de mes connaissances en mécanique... Et puis je ne voyais même pas ce que la courroie de distribution aurait pu représenter.

- Boude pas mon cœur, on le sait que tes parties sont parfaitement fonctionnelles. Ajouta Julian en lorgnant les parties en question.

Ne regarde pas Lucinda... Ne regarde pas... Et merde !

Je soupirai en secouant la tête.

- Bon, je ne suis pas là pour ça, Raphaël et Lawrence viennent de partir. Van... ils n'ont rien trouvé d'étrange concernant l'Ulfark.

L'humeur du lieutenant s'assombrit.

- Ce n'était pas un Ulfark, Lucy, plus j'y pense et plus j'en suis convaincu.

- Je ne sais pas quoi te dire... Dis-je avec gêne. Trois alphas l'ont inspecté et...

- Merde Lucy ! Arrête avec ta putain de complaisance. S'emporta le lieutenant, je ne suis pas fou et je ne suis pas en train de le devenir, fais moi un peu confiance bordel. Le loup que j'ai tué était sauvage et avait perdu la tête, ça je ne le nie pas, mais sur mon honneur, ce n'était pas un foutu Ulfark.

- Il a raison... Gémis plaintivement une voix à l'intérieur de la chambre.

Je fusillai Van de mon regard le plus accusateur possible niveau cent pour cent « bien joué mon pote ».

- Tu devrais être en train de dormir pour récupérer, toi. Signifiai-je à Tad en passant sous le bras de Van pour entrer dans la chambre.

- Ouais c'est ce qu'il paraît, mais on dirait que c'est pas l'avis du grand imbécile derrière toi.

L'imbécile en question se renfrogna.

- Comment tu te sens ? Demandai-je en m'approchant du lit pour vérifier l'état du lycan blessé.

- Je sais pas, tu vois l'état d'un moteur diesel trop plein d'huile après explosion ?

- Absolument pas. Répondis-je en soupirant.

Ça commençait à bien faire ces métaphores automobiles, même si dans le cas de Tad, il s'agissait sûrement d'une déformation professionnelle.

- Pas grave, de toute façon je me sens bien pire.

- Hé... Bienvenue parmi les vivants. Lança Van à ma droite d'un ton pas très assuré.

- Pas grâce à toi, connard !

Le lieutenant accusa le coup.

- Rappel-moi un peu ce que tu m'as dit ? « C'est bon, on va se débrouiller tous les deux ». Imita grossièrement le loup. Ouais... Pas la meilleure idée du siècle.

- En fait si, c'est un peu grâce à lui. M'interposai-je immédiatement, profitant du silence de mon ami. Van t'a porté sur son dos pendant près de cinq kilomètres alors qu'il était éventré. Alors même si je ne cautionne pas sa décision d'attaquer un Ulf... Un loup sauvage, à deux, il a sauvé ton cul. Ta moelle épinière était sectionnée et tes organes internes étaient en bouillie. Si j'avais dû parcourir ces cinq kilomètres de plus, je doute d'être arrivée à temps.

Tad poussa un soupir à fendre le cœur.

- Tu fais chier à jouer les héros à tout bout de champs, pour une fois que je tenais une bonne raison de te faire payer les réparations de ta Viper plein pot.

Un sourire s'étira sur les lèvres du lieutenant.

- Mec, si tu veux tu pourras gonfler la facture pour les dix années à venir. Je t'en dois vraiment une cette fois.

- Tu m'en dois bien plus d'une, mais pour le coup on va dire qu'on est quittes.

- Belle démonstration d'amitié virile les gars, mais Tad, est-ce que tu peux me dire ce dont tu te souviens à propos de ce loup ? Et pourquoi tu soutiens aussi qu'il ne s'agissait pas d'un Ulfark ?

Si le lycan pouvait corroborer les faits, alors les propos de Van auraient un tout nouvel impact sur l'opinion des alphas.

- C'est vrai qu'au premier abord, ce loup présentait tous les symptômes de la perte de contrôle. Et si je n'avais sous les yeux que les caractéristiques physiques, je n'y verrais sûrement que du feu, mais... Il y avait quelque chose dans son comportement. Ça peut paraître dingue mais je l'ai vu aussi, il essayait de se protéger, comme si quelque part, très loin, et enfouit sous des couches de rage, il lui restait un semblant de conscience. Expliqua Tad, un frisson d'horreur parcourant son corps meurtri.

- J'ai tué un loup qu'on aurait pu sauver... Murmura douloureusement Van.

Je m’apprêtai à le détromper quand une grande main agrippa fermement l'épaule du lieutenant.

- Non. Soutint Julian. Tu as protégé ta meute et tous les habitants de ta ville. Peu importe ce qu'il était vraiment. Il s'était transformé en tueur et si j'avais été à sa place, j'aurais appelé la mort de tous mes vœux. Tu n'as pas été son bourreau, tu as été sa délivrance.

Je ne l'aurais pas mieux dit.

 

Et quand les yeux de mon ami rencontrèrent ceux du jeune lycan, le silence s’installa et les mots ne furent plus nécessaires. Tout était dit.

 

Suite >>

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Published by Camille - dans Les Chroniques
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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 17:15

Bonjour à tous et à toutes.

Je sais que vous attendez la suite des chroniques avec impatience et je suis désolée, ce n'est pas encore pret.

aujourd'hui je voudrais vous faire part de mon sentiment mitigé. Voilà, il a été porté à ma connaissance qu'il existait un fichier epub des Chroniques de Lucinda Walker.

Alors je ne vais pas vous dire que je tombe des nu, que je ne m'y attendais pas, que je ne comprends pas. En publiant mon histoire sur internet je savais que ce genre de choses était possible et que ça comportait un certain risque. Je voudrais simplement vous dire que ce fichier n'est pas de mon fait, qu'en publiant volontairement et gratuitement mon histoire sur le net, j'esperais, sans doute naïvement, que ça suffirait. Visiblement non.

Je ne peux pas controler où vont mes écrits de cette manière et j'ai l'impression qu'une petite partie de moi m'a été arrachée et emmenée loin de moi.

Je sais aussi que la plupart d'entre vous respecte mon travail et mon choix de ne publier que sur ce blog.

Je demanderai simplement à mes lecteurs, si au hasard de vos recherches, vous tombiez sur ce fichier, d'avoir la gentillesse de laisser un mot, avec le lien de mon blog et d'expliquer que je ne souhaite pas que les chroniques soient partagées de cette manière. Je ne sais pas si ce procédé aura un réel impact sur le partage de ce fichier mais je l'espère en tout cas.

Je vous remercie tous d'avance pour votre soutien.

Camille

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Published by Camille
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22 mai 2014 4 22 /05 /mai /2014 23:39

Bonsoir à tous mes lecteurs.

 

C'est une peu une première, je ne m'adresse que très rarement à vous mais voilà, aujourd'hui j'ai eu droit à une surprise qui m'a beaucoup touchée et que je voulais partager avec vous.

Ma meilleure amie a eu la gentillesse de mettre son talent au service des Chroniques et de me dessiner 3 de mes personnages favoris version chibi, Nathan, Michael, et bien sûr son Van adoré^^ et j'adore le rendu.

 

Chibis CLW colo2

 

Je vous invite à aller voir cette image en plus grand sur l'album des dessins des Chroniques.

Et surtout je voudrais remercier très très chaleureusement ma Yuma. Comme à chaque fois je suis épatée de ta capacité à visualiser ce qui se trouve dans ma tête, c'est vraiment magnifique et je suis terriblement touchée par cette attention. J'aime tellement ton style et ton coup de crayon, c'est vraiment un honneur que mes personnages t'inspirent. Alors merci merci merci encore ma cheriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie !!!!!

Je voudrais aussi en profiter pour vous rappeler, chers lecteurs, que vous pouvez retrouver les Chroniques sur Facebook si vous souhaitez échanger plus facilement. Je suis à chaque fois ravie de tous les "J'aime" sur le blog malheureusement, le blog n'etant pas relié directement à ma page Facebook, je ne vois pas qui a la gentillesse de cliquer dessus. je vous remets donc le lien: https://www.facebook.com/LesChroniquesDeLucindaWalker

N'hésitez pas à venir vous inscrire pour être prévenu chaque fois que je poste un chapitre^^

 

Vous pouvez également donner votre avis sur le site Booknode. Contre toute attente, une lectrice a eu la gentillesse de m'y référencer. Merci beaucoup à elle, j'ai été très touchée !!!

Voici le lien si vous voulez donner votre avis : http://booknode.com/les_chroniques_de_lucinda_walker_0649182

 

Et bien sûr vous continuerez de me lire ici. J'en profite pour vous dire que je sais que je mets du temps à vous poster la suite mais j'avoue avoir quelques difficultés avec le chapitre à venir, néanmoins je n'abandonne pas et j'en viendrai à bout comme toujours, alors merci pour votre patience.

Je vous remercie encore pour tous vos commentaires adorables qui me poussent à essayer de me surpasser et je vous dis à très bientôt!!

 

Camille

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 20:37

Je parcourais la petite cellule du sous-sol avec agitation. J'aurais aimé faire les cents pas mais cette fichue pièce était si exiguë que je n'avais pas la place de faire cinq pas que je devais déjà tourner sur moi-même pour ne pas me cogner au mur. J'avais l'impression de creuser une tranchée dans le sol poussiéreux. Jusqu'à quand allait-il me torturer de la sorte ? Est-ce qu'il lui arrivait de penser aux autres ? À leurs sentiments ?

Michael était déjà venu me chercher trois fois, la prochaine fois il allait refuser de partir sans moi, dût-il me porter sur son dos pour arriver à ses fins.

Pour la dixième fois en cinq minutes je me tournais vers le corps inerte, profondément endormi sur le petit lit de camps. Encore une journée de merde dans la vie de Vanniel Helsungen. Si je ne venais pas de le raccommoder, je pourrais bien le taillader moi-même. À quoi pensait-il bon sang ? S'attaquer à un Ulfark avec Tad pour seul renfort. En pensant à ce dernier et à ce que j'avais du faire pour replacer sa colonne vertébrale dans le bon axe, j'avais des envies de meurtre.

Prenant une grande inspiration pour me calmer, je revins sur mes pas et m'assis sur la petite chaise à côté du lit.

- Allez connard, réveille-toi ! J'ai tout remis en place, j'ai failli en crever de douleur sous une douche glacée alors maintenant debout.

Un grondement agacé se fit finalement entendre. Je soupirai de soulagement.

- Qui tu traites de connard, sal...

Ma main s'était écrasée sur sa joue avant qu'il puisse achever sa phrase.

Je pourrais dire que la gifle était partie toute seule sans que je ne m'en rende compte mais pour être honnête je l'avais préparée depuis un bon moment.

- Prononce une syllabe de plus et je te laisse pourrir dans cette cellule pendant des jours. Le menaçai-je. Franchement je me fichais bien de l'insulte, à une certaine époque pas si lointaine, c'était un mot qui revenait souvent dans sa bouche pour me désigner. En revanche, je n'étais pas sure de pouvoir supporter son ton supérieur alors qu'il avait failli y passer tout seul dans ce sous-bois lugubre, loin de nous, loin de sa famille, loin de moi.

Je le vis entrouvrir une paupière et évaluer rapidement sa situation.

- Tu n'es pas prisonnier ici, du moins pas encore. On a dû te déplacer ici pour t'attacher parce que tu ne me laissais pas t'approcher pour te soigner. Le prévins-je en secouant les menottes désormais vides, suspendues au mur au-dessus de lui.

- Tad... ? Murmura-t-il avec difficulté.

- Ça va, il s'en est sorti... Pas grâce à toi. Rajoutai-je pour enfoncer un peu le clou.

La tête de Van bascula sur le côté avec un soupir.

- Tu veux bien me dire ce qu'il t'a pris bon sang... Van... Si Michael n'avait pas senti où vous étiez...

- Je ne sais pas... Murmura-t-il en soupirant. Ça ne devait pas se passer comme ça.

Son bras droit retomba sur ses yeux, ne me laissant qu'apercevoir son regard hanté.

- Bordel ! Je te promets, je n'y comprends rien, je ne sais pas ce qui a merdé. D'abord j'ai cru que c'était un Ulfark, il en avait tous les symptômes mais maintenant... Quand j'y pense... Je n'en suis plus si sûr.

Il avait rabaissé son bras et me regardait comme si le poids du monde reposait sur ses épaules.

Il n'en fallu pas plus pour me faire oublier ma rancœur. C'était toujours comme ça avec lui. Les colères qu'il provoquait chez moi étaient extraordinaires mais elles ne duraient jamais. J’abhorrai son égoïsme, sa brutalité, son manque de tact. Je m'insurgeai contre son manque de discernement, son imprudence. Et puis il me regardait dans les yeux, sans détour, sans se cacher, en dévoilant tout, du fond de ses prunelles sombres et j'oubliais jusqu'à la raison de ma colère. Il y avait quelque chose de désarmant dans les yeux de Van, comme un petit garçon terrifié, caché sous toutes les couches de vanité et de violence contenue. Comme s'il avait vécu trop de malheur, trop de tristesse pour en supporter davantage mais qu'il savait qu'il n'avait pas le choix et devait avancer.

Je poussai un profond soupir qui évacua les dernières bribes de rage de mes pensées. Ma main se posa d'elle même sur la sienne.

- C'était un Ulfark, Van. Le rassurai-je. Tu n'as pas à en douter. Michael et les autres ont trouvé les traces de son passage. Il a tout décimé sur sa route et laissé des cadavres partout. Heureusement il n'y a pas eu de victimes humaines.

J'essayais de paraître la plus convaincue possible. Après tout nous n'avions pas de raison d'en douter.

- Il a essayer de se protéger quand je l'ai tué...

Les mots avaient été prononcés dans un souffle, à peine audibles pour une oreille inattentive.

- Je ne sais pas quoi te dire, Van. Peut-être que tu devrais arrêter... Tu sais ce rôle de bourreau de la meute ne te convient peut-être plus, tu as vécu des épreuves difficiles ces derniers mois et...

- Tu crois que je craque ? Tu crois que je ne suis plus capable de discerner le vrai du faux ? Gronda-t-il avec amertume.

- Je n'ai pas dit ça mais...

- Mais tu as peur que ça arrive. Finit-il à ma place.

Je ne pouvais pas lui dire qu'il se trompait. Mon ami avait plus de deux siècles d'existence lupine à son compteur et ses aptitudes au combat le désignait tout naturellement comme l’exécuteur des loups « déviants ». Un tel rôle n'était pas officiel bien sûr, mais la tâche lui incombait dès lors qu'il trouvait ce loup le premier. Et Van était un excellent traqueur, et qui plus est le lycan le plus rapide de la meute. Dans cette situation, c'était presque un miracle que la soif sanguinaire du loup ne l'ait pas conduit à la folie.

- Tu es enfin réveillé. Me fit sursauter la voix de Michael une seconde avant que sa main se pose sur mon épaule. Comment te sens-tu Vanniel ?

- Ça va. Répondit-il en se redressant sur son lit de camp.

- Bien. Dans ce cas je compte sur toi pour nous accompagner, Raphaël et Lawrence sont arrivés. Ils nous attendent.

Je me levai sans quitter le lieutenant des yeux. Il était parfaitement remis de ses blessures. La petite ligne rosée qui barrait son bas-ventre d'un bord à l'autre aurait disparut d'ici quelques heures mais son tatouage avait souffert. À présent, les entrelacements d'encre noire s'étalaient de part et d'autre de la cicatrice. Il lui faudrait repasser par la case tatoueur pour faire arranger ça. Pour la première fois je me demandais comment un loup pouvait porter un tatouage plus de quelques heures sans que son métabolisme ne l'absorbe et l'efface.

Michael me prit la main, m'extirpant de mes interrogations silencieuses.

- Enfile quelque chose et rejoins-nous s'il te plaît. Dit mon compagnon à son lieutenant. On va avoir besoin de savoir ce qu'il s'est exactement passé.

Van frémit et la tension de ses muscles s'accentua.

- Bien, j'arrive.

 

- Comment va ton loup ? Demanda Raphaël à Michael dès notre arrivée dans le salon.

La posture de l'alpha était décontractée. On ne pouvait pas en dire autant de celle de Lawrence, mais étant donnée la situation on ne pouvait pas le lui reprocher.

Lori couvait son époux d'un regard bienveillant tandis qu'elle semblait profiter de son étreinte rassurante. Je me demandais si, d'une manière ou d'une autre, Michael et moi dégagions aussi cette aura de plénitude lorsque nous étions ensemble. C'était peu probable.

- Il va bien, il nous rejoint dans une minute.

- Tant mieux. Dit Raphaël en hochant la tête.

- Je suis navré pour tes loups, Michael. Intervint Lawrence. J'aurais dû être plus vigilant.

- Eh bien le pire a été évité et tu es celui qui a perdu un membre de ta meute, alors je n'ai aucun grief à ton encontre.

Malgré la solennité de ce moment, un sourire étira un coin de ma bouche. Michael était l'une des seules personnes de ma connaissance à pouvoir utiliser le mot « grief » sans que cela paraisse anachronique.

- Je ne comprends pas ce qui a pu se passer. Poursuivit Lawrence. Je n'ai jamais constaté de signes avant-coureurs chez Cal avant ce soir. Je ne m'explique pas sa soudaine transformation en Ulfark.

- Parce que ce n'en était pas un. Intervint Van en pénétrant dans la pièce.

Le silence s'installa, presque étouffant.

- Qu'as-tu découvert, lieutenant ? Demanda calmement Raphaël.

Le loup interrogé me lança un rapide coup d’œil avant d'entamer son récit.

- Je l'ai senti dans l'air environ une heure après être parti à sa recherche. Tad et moi l'avons rapidement retrouvé. C'était assez facile, il empestait vraiment l'Ulfark, le sang et l’ammoniaque, et comme on peut s'y attendre d'un loup sauvage, il n'avait pas cherché à camoufler son odeur.

L'ensemble des loups de la pièce acquiescèrent d'un même mouvement entendu.

- Lorsqu'on l'a retrouvé, il avait déjà perdu la totalité de son contrôle et il avait commencé à s'attaquer à son propre corps.

- C'est un symptôme qui correspond à un stade avancé de la sauvagerie. Expliqua Raphaël en fronçant les sourcils comme s'il énonçait à haute voix l'une de ses propres interrogations. Un Ulfark ne s'attaque à son propre corps que plusieurs jours après son changement.

- Je sais. Acquiesça notre lieutenant. Et ce n'est pas la seule anomalie. Quand j'ai eu une opportunité d'en finir, j'ai immédiatement visé son cou mais il effectué une manœuvre d'évitement et je n'ai pas réalisé tout de suite que c'était sans doute intentionnel.

La surprise s'afficha sur tous les visages à l'exception de celui de Lori et du mien qui n’étions visiblement pas au point en ce qui concernait les techniques de combat des Ulfarks.

- Quand j'ai finalement réussi à le mettre en échec et que j'allais l'achever, il a... Il a tenté de protéger sa gorge. Murmura Van, la honte transparaissant dans chacun des mots prononcés.

- Impossible ! Gronda Lawrence. Les Ulfarks sont féroces et combattent avec l'énergie du désespoir mais ils ont perdu l'instinct de conservation, il ne leur reste que la rage.

- Est-ce que tu en es certain, Vanniel ? Demanda Michael en pinçant l'arête de son nez. Parfois les apparences sont trompeuses... Peut-être que ton désir d'éviter la mort d'un loup a pu fausser ton jugement.

Les yeux sombres du lieutenant se plissèrent face à ce manque de confiance.

- Je ne fuis pas mes responsabilités, Boss, quoi que vous en pensiez Lucy et toi. Se défendit-il. Mais personne ici ne trouve étrange qu'un Ulfark qui n'en était pas vraiment un apparaisse peu après la vague de folie qui s'est emparé de tout le monde à la patinoire.

Les alphas échangèrent un bref regard entendu avant de reporter leur attention sur Van.

- C'est en effet troublant et ce serait un mensonge de te dire que nous n'y avons pas pensé mais pour l'instant rien ne prouve que ces deux événements soient liés et la prudence est de mise. Argumenta Raphaël.

- Pour l'instant nous avons pu constater une recrudescence du nombre d'Ulfarks dans certaines des meutes de l'état. Expliqua Lawrence.

- Combien exactement ? Ne pus-je m’empêcher de demander. Michael avait tenté de minimiser le problème lorsque nous en avions parlé mais si la situation était assez grave pour que d'autres alphas la prennent en considération je préférai connaître tous les détails.

- Dix-sept... Ces trois derniers mois. Répondit Raphaël. Principalement dans les meutes de Lawrence, de Carson et de Graham.

- Nous en avons éliminé deux le mois dernier. M'expliqua Michael, mais comme tu le sais, il s'agissait de loups solitaires que j'autorisais parfois à chasser sur mon territoire. Étant donné leur situation je n'ai pas trouver ça suspect avant que nous fassions le compte ce soir.

- Pour la plupart, les Ulfarks étaient des loups qui n'avaient pas souhaité entrer dans une meute ou étaient en transit entre deux. Pris séparément, c'est un événement presque banal, le lycan est une créature grégaire et la solitude ne lui réussit pas.

- Néanmoins, Graham a perdu deux membres de sa meute, Carson un, quant à moi... Avec Cal, ça en fait deux également. Expliqua Lawrence.

- Ce qui fait douze loups solitaires devenus sauvages rien qu'en Oregon. Finis-je après un rapide calcul.

- C'est bien ça. Acquiesça Raphaël. Je me suis moi-même occupé de six loups solitaires qui se trouvaient sur mes terres. Les six autres étaient répartis sur les autres territoires.

- Douze loups sauvages qui n'appartenaient à aucune meute... C'est comme si la personne qui provoquait ce phénomène cherchait à ne pas éveiller les soupçons.

Tous les regards se tournèrent vers moi.

- Qu'est-ce qui te fait penser qu'une personne est derrière tout ça ? Demanda Michael en fronçant les sourcils.

- Eh bien ça paraît évident. Je doute qu'un facteur naturel puisse expliquer un nombre si important d'Ulfarks en si peu de temps. Et si je m'attaquais aux loups, je commencerais par ceux qui sont sans protection, ceux qui ne manqueront à personne et dont le changement n'éveillera pas immédiatement les soupçons. C'est un raisonnement intelligent, quelque chose qui a été élaboré par une entité réfléchie. En d'autres termes, il y a quelqu'un qui tire les ficelles.

- Ta compagne soulève un point intéressant, Michael. Commenta l'alpha de Portland après un moment de réflexion. Je ne connais pas de moyens de transformer un lycan en Ulfark mais il pourrait être intéressant de recouper quelques informations pour voir si ces loups avaient des points communs. Où est le corps de Cal ? Peut-être trouverons-nous quelque chose qui nous a échappé jusqu'à maintenant.

- Il est dans le garage pour l'instant. Répondit mon compagnon. Nous l'avons ramené afin que tu puisses en disposer le moment venu, Lawrence.

Ce dernier le remercia d'un mouvement du menton.

- Bien, allons l'inspecter dans ce cas. Nous aurons plus de chance de trouver des indices avec nos sens lupins.

Joignant le geste à la parole, Raphaël retira son T-shirt, laissant apparaître un torse aussi impeccable que ceux de tous les lycans que j'avais pu rencontrer jusqu'à maintenant. Je détournais les yeux par habitude en sachant que le reste de ses vêtements allait suivre rapidement. Depuis cinq mois que je vivais chez Michael, j'avais développé une fascination pour les coins et plafonds de la maison. Je ramenai néanmoins rapidement mon regard sur le côté gauche de l'alpha. Je n'avais pas rêvé lorsque j'avais cru discerner une zone sombre à cet endroit. Et alors qu'il se débarrassait déjà de son jean, j'en était encore à déchiffrer, les dizaines, peut-être même les centaines, de noms tatoués à l'encre noire sur son corps, depuis l'aisselle jusqu'au genou.

Je cillai. Soit il avait décidé de se balader avec l'intégralité de la bible des prénoms qu'on offrait habituellement aux futurs parents, soit il était aussi vieux que l'avait un jour mentionné Van et beaucoup de monde avait compté pour lui.

- Lori, ma chérie, je vais me transformer. Avertit l'alpha à l'adresse de son épouse qui s'éloigna significativement après un rapide baiser.

Michael ne me prévenait jamais, il me mettait devant le fait accompli.

Je me tournai d'ailleurs vers mon compagnon qui avait aussi entamé un déshabillage en règle. Ma manœuvre avait pour avantage de bloquer ma vision périphérique, cette traîtresse qui m'envoyait l'information suivante : Deux mâles gaulés comme des dieux et qui ne sont pas ton compagnon sont en train de se mettre à poils dans ton salon. Bon... Je me concentrai sur le corps de mon homme et en profitai pour boucher la vue à Lori. Je l'aimais bien, mais pas assez pour la laisser reluquer mon mec.

Lorsque les trois alphas se transformèrent tous en même temps, l’afflux soudain de puissance dans la pièce me coupa le souffle.

Je me tournai de nouveau face à nos invités et enfouis une main possessive dans la fourrure de Michael. Sa langue douce et chaude lécha ma joue.

De son côté, le magnifique loup blanc qui avait été Raphaël et l'immense loup chocolat qui avait été Lawrence baissèrent presque imperceptiblement la tête à l'adresse de Michael, reconnaissant la supériorité territoriale de mon compagnon. J’appréciai le tact dont ils faisaient preuve.

Je me tournai vers Van qui ne s'était pas transformé. Je comprenais qu'il ne tienne pas à les accompagner pour inspecter sous toutes ses coutures, le corps du loup qu'il avait dû exécuter quelques heures plus tôt.

- Je vais leur ouvrir. Dit-il en se dirigeant vers la porte d'entrée d'un pas raide.

Lawrence sortit le premier de la maison, suivit de près par Raphaël puis Michael. Ce dernier m'observa une minute et la chaleur dans ses yeux saphirs me réchauffa plus sûrement qu'un soleil d'été. Je profitai encore de ce sentiment quand une petite voix fluette me ramena à la réalité et à mes devoirs d'hôtesse.

- Quelle histoire, n'est-ce pas ? Murmura Lori avec la componction qui semblait la caractériser depuis son arrivée.

Van fit claquer la porte, nous faisant sursauter toutes les deux.

- Désolé. S'excusa-t-il. Je monte voir comment se porte Tad.

J’acquiesçai rapidement et lui souris avec l'espoir qu'il ne me tienne pas rigueur du manque de confiance dont j'avais fait preuve un peu plus tôt.

Le lieutenant passa à côté de moi en caressant mon bras de sa paume brûlante et prit l'escalier.

À présent rassurée, je tournai toute mon attention vers l'épouse de Raphaël.

 

- Je peux t'offrir quelque chose à boire ?

 

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 13:26

Les Chroniques de Vanniel

 

Ce que j'aimais le plus au monde, c'était le bruit du vent à mes oreilles. Ce bourdonnement continue qui se modulait au rythme de ma course. Le son emplissait tout l’intérieur de mon crâne et étouffait tout le reste. Ne subsistait alors que le principal : L'odeur de terre et des aiguilles de pins qui jonchaient le sol de la forêt, ma forêt. Le reste n'était que superflu.

Je pouvais alors me concentrer sur mon odorat. Une odeur c'est un peu comme une pensée. Elle traîne dans l'air, elle attire ou repousse, elle persiste ou s'efface, elle garde un souvenir... L'âpreté de la peur de mes ennemis, les épices réconfortantes de ma meute, le musc du cuir dans ma Viper, l'humus enivrant et terreux des bois et au contraire le parfum du soleil au dessus de la canopée, la douceur mielleuse, tiède et suave de l'excitation d'une femme.

Plus je courais et plus mes souvenirs affluaient, et en plus de deux-cent-cinquante ans, ils menaçaient presque de déborder, comme un vase trop plein. J'avançais et je reculais dans ma mémoire, comme un film que l'on rembobinait ou que l'on accélérait, triant les informations nécessaires et celles qui ne l'étaient pas. Je dissociais les odeurs que je connaissais pour mieux traquer celle que je cherchais.

La majorité de la meute arpentait les rues désertes de la ville à cette heure de la nuit. Un Ulfark parcourait notre territoire et tout le monde étaient sur le pied de guerre. Avant de partir, Michael avait contacté Lawrence qui n'avait pu que constater la disparition de son loup lorsque mon alpha lui avait annoncé mes craintes. À présent, ma meute et cinq alphas recherchaient le fugitif, et pourtant je savais dans mes tripes qu'ils ne le trouveraient pas. Et pour cause, j'étais à sa recherche, et je trouvais toujours ce que je cherchais.

Jetant un coup d’œil sur ma droite, je m'aperçus que mon binôme ne m'accompagnait plus. Je ralentis légèrement l'allure pour lui permettre de me rattraper. Je détestais travailler en équipe. Après tout, j'étais plus fort, plus rapide et plus dominant que la plupart des loups de ma connaissance. Mais Tad était un bon combattant. Il savait me couvrir sans me gêner et c'était une des raisons qui expliquait sa présence à mes côtés.

Le lycan au pelage gris-bleu tourna ses yeux verts interrogateur dans ma direction. Tant qu'il était sous sa forme lupine, il ne risquait pas de discuter mon intention, ce qui ne l’empêchait pas de se demander pourquoi nous traquions un loup en forêt lorsque tout le monde le cherchait en ville.

Seulement moi, je le savais. Ils ne trouveraient rien en ville, pas avant le lendemain. Je traquais les Ulfarks depuis assez longtemps pour connaître leur mode de fonctionnement. Et je n'avais pas hérité du surnom « le bourreau de Salem » sans raison. Lorsque je traquais, je trouvais, et je tuais.

Le lycan n'était, désormais, régenté que par son instinct le plus trivial, et celui-ci lui ordonnerait de se retirer loin du bruit, des odeurs et de l'agitation. Il allait réunir ses forces avant de fondre sur sa proie et tout ravager. Et dans ce cas, sa proie serait Salem, le seul endroit que je considérais comme mon « chez moi » depuis mon enfance en Suède. Et je n'allais pas le laisser faire.

J'avais pas mal de terrain à vérifier aussi aurais-je apprécié que Tad accélère un peu la cadence pourtant plus les arbres défilaient et plus il ralentissait pour finalement s'arrêter. Je grondais pour l'encourager à avancer, ce qu'il interpréta sans doute comme un signal pour se transformer.

Et merde !

- Bon dieu Van, ralentis ! Tu vas me semer si tu continues à cette vitesse.

Je levai les yeux au ciel et revins sur mes pas.

- Tu fais chier ! Tu le sais ça ?

Ouais je le savais mais lui aussi me faisait chier à ce moment là et ce n'était pas pour autant que je lui disais.

- Bon tu te décides à te transformer et à me dire ce qu'on fout ici à se crever le cul dans cette putain de forêt au lieu de parcourir les rues de la ville ?

Je poussais un profond soupir et décidais de me transformer finalement.

- Il n'est déjà plus en ville. Coassai-je tant bien que mal. Ma voix rendue rauque par ma transformation.

- Et ça tu le sais parce que... ?

- Parce que j'ai deux-cent-trente putain d'années au compteur en tant que loup garou, bordel ! Grondai-je entre mes dents.

Je détestais devoir me justifier. Pourquoi n'y avait-il pas une de ces lois débiles que les loups affectionnaient tant pour m’éviter cette corvée ? Un truc dans le genre : Van a toujours raison, et même quand vous pensez qu'il a tort, il a raison. Ouais... J'allais peut-être soumettre l'idée à la prochaine réunion de meute.

- Ça c'est de l'argumentaire, mec !

- Fais pas chier ! Tu le sens pas jusque dans tes tripes ? M'énervai-je. Je te dis qu'il est dans cette forêt, fais moi confiance.

Tad s'efforça d'ouvrir ses sens à la nature environnante. Au moins, il me laissait le bénéfice du doute.

- Je ne sens rien du tout moi. Finit-il par dire. Le seul truc que je perçois c'est qu'on est comme deux cons au milieu de nulle part alors qu'on devrait rejoindre les autres.

- Et moi je te dis qu'il est là, quelque part. N'en démordis-je pas. Mon loup est tellement agité qu'il creuse une tranchée de la taille du grand canyon à force de tourner en rond dans mon crâne.

Un tic nerveux agita la joue de Tad. Bien sûr, dès qu'il s'agissait de l'instinct de mon loup, là il ne l'ouvrait plus.

- Pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt ? On aurait dû appeler les autres en renfort. Gonda-t-il, visiblement mécontent.

- C'est bon, on va se débrouiller tous les deux.

- Oui c'est ça, tu crois que je vais prendre le risque de m'occuper d'un Ulfark sans un peu d'aide ?

- Et moi je te dis qu'on va s'occuper du problème tous les deux. Tu veux que les loups des autres meutes se pointent ici et explorent tranquillement notre bois ?

Bon ok, c'était peut-être un problème idiot de territorialité mais bon sang, c’était mon bois.

- Franchement je m'en tape, ils peuvent même construire des petites cabanes dans les arbres si ça leur dit, je ne vais pas me frotter à un...

- Tu sais qu'à force de rapetisser, tes couilles vont finir par disparaître. Le coupai-je brusquement.

Tad baissa les yeux dans un réflexe stupide pour vérifier que tout était bien en place et reporta son regard furieux sur moi.

C'est alors qu'une brise fraîche fit se hérisser les petits cheveux dans ma nuque. Elle était là, l'odeur que j'avais cherchée et qui m'avait échappée jusqu'à maintenant.

Tad se figea au moment même où la fragrance caractéristique d'un Ulfark atteignit ses narines. On ne pouvait pas se tromper. Le mélange complexe de musc, de terre, d'ammoniac et d'adrénaline, véhiculé par le vent, nous indiquait le chemin à suivre. Il fallait se dépêcher, le loup pouvait se trouver à plusieurs kilomètres au moment où la brise avait emporté son odeur, et le temps qu'elle parvienne à nos narines, dieu seul savait quelle distance il avait parcouru.

Je ne réfléchis pas et me dirigeai immédiatement dans la bonne direction, j'allais me transformer en pleine course quand Tad s'interposa.

- Arrête ! Je ne sais pas ce que tu veux prouver mais c'est de la folie de s'attaquer à un loup sauvage sans assurer nos arrières.

Bon, je n'avais plus de temps à perdre en vaines parole.

- D'accord, toi tu rejoins la lisière du bois, tu récupères nos affaires et tu appelles Michael. Je vais le suivre pour ne pas perdre sa piste et tu me rejoins avec des renforts.

Mon ami hésita l'espace d'une seconde.

- Tu ne vas pas te contenter de le suivre n'est-ce pas ? Demanda-t-il finalement.

Il me connaissait parfaitement.

- Écoute Tad, ce ne sera pas le premier Ulfark que je combattrai, j'ai l'habitude, je vais m'en sortir.

- Tu as juste eu de la chance ! S'époumona-t-il alors que j'avais déjà repris ma route et entamé ma transformation.

Quelques instant plus tard, le loup de Tad me fusillait de son regard vert. Apparemment, il n'avait pas l'intention de me laisser aller seul au combat. C'est beau l'amitié.

J'aurais sans doute dû l'arrêter, d'ailleurs l'instinct protecteur de mon loup s'était réveillé lorsque l'odeur de l'Ulfark s'était fait sentir. Mais Tad n'était pas si loin derrière moi dans la hiérarchie de la meute et je connaissais ses aptitudes au combat. Il pourrait m'être d'une aide précieuse.

Je suivais donc la piste olfactive avec mon ami à mes côtés.

Bientôt le parfum se fit plus fort, et le terrain était loin de m'être inconnu. Il s'agissait de mon territoire et je l'avais parcouru des centaines, peut-être des milliers de fois. Je savais où se terrait notre proie. Ce n'était plus qu'une question de temps avant que je mette un terme à sa folie. Tad ralentit et me jeta un coup d’œil alors qu'il reconnaissait lui aussi le lieu où nous nous trouvions. À quelques centaines de mètres, une saillie rocheuse formait une grotte naturelle. Elle était peu profonde mais suffisamment pour former un piège parfait. La brise était légère et le souffle du vent face à nous ne préviendrait pas notre opposant de notre arrivée. Les conditions ne pouvaient être plus parfaites... Alors pourquoi avais-je ce goût amer dans la bouche et cette boule dans l'estomac ? Secouant brièvement la tête, je chassais de mes pensées ce mauvais pressentiment. Mon loup s'agitait dans ma tête, furieux de mon approche lente. Il voulait en découdre, évacuer la rage que provoquait la présence de cet intrus sur son territoire. On bossait en équipe depuis deux-cent-trente ans tous les deux, j'étais d'accord avec lui.

Je tentai de l’apaiser en lui disant que ce n'était plus qu'une question de temps, qu'il connaîtrait bientôt le goût du sang du loup sauvage mais mon instinct n'avait jamais été très patient. Cette fois-là ne faisait pas exception.

À l'abri derrière un amas de rochers recouverts de mousse, Tad et moi observâmes le grand lycan au pelage noir face à nous. Comme je le pensais, il avait choisi de s’abriter sous la saillie rocheuse pour reprendre des forces.

Un Ulfark était facilement reconnaissable pour des yeux aguerris. Le regard fou et légèrement trouble, comme s'il ne voyait plus très clair, les babines humectées de bave et du sang de tout ce qui avait eu le malheur de croiser sa route, son corps lui-même portait les traces des morsures qu'il s'était infligées. Son comportement le trahissait au même titre que ces signes physiques.Il ne tenait pas en place, tournait en rond dans le périmètre réduit de la petit grotte, grognant sans raison après quelque chose d'imaginaire. Il n'était plus capable de distinguer le vrai du faux, le bien du mal.

Tad ferma les yeux tandis que sa mâchoire se crispait. Je savais ce qu'il se disait. C'était notre lot à tous pour peu qu'on atteigne un âge suffisamment avancé pour ne plus trouver d’intérêt à la vie. La façon perverse que la nature avait de remettre les choses à leur place. Ce qui vivait devait mourir un jour. Soit, aujourd'hui j'étais celui qui m'en occuperais.

Profitant d'un énième grognement de l'Ulfark, sans doute sur une hallucination, je sortais de ma cachette et approchait silencieusement dans son dos, suivit de près par Tad. L'idéal aurait été de lui tomber dessus sans qu'il ne s'en aperçoive, un coup de dent bien placé à la jugulaire et on n'en parlait plus. Mais tandis que je savourais déjà cette victoire facile, un petit animal, sans doute effrayé par notre approche, se faufila entre les feuilles mortes. Il n'en fallut pas plus pour attirer l'attention du loup sauvage déjà sur ses gardes. Putain de bestiole !

Les yeux noirs du lycan fou se braquèrent sur nous en même temps que ses babines se retroussaient sur ses crocs déjà rougis par le sang.

Mon loup se dressa contre les barrières de ma conscience, prêt à bondir à la moindre occasion.

Alors, sans plus d'avertissement, le lycan noir se jeta sur nous avec un grognement rageur. Je m'éjectai sur le côté pour l'éviter en priant pour que Tad ait eu la même présence d'esprit. Bordel, je détestait vraiment devoir me battre en équipe. Je savais que peu de loups étaient capables d'égaler ma vitesse mais du coup, je savais aussi que mon ami était moins rapide que moi. Heureusement, un simple coup d’œil m'apprit que l'Ulfark m'avait prit pour cible et tant qu'il s'occupait de moi, j'étais le seul potentiellement en danger. Après s'être durement ramassé sur le sol, mon adversaire se releva en une fraction de seconde et revint à la charge. Cette fois je n'allais pas l'éviter, je devais le tuer. D'un coup de patte puissant, je l'envoyai rejoindre le sol et l’assommai légèrement par la même occasion. Les choses seraient faciles. Le plus grand danger que représentait un Ulfark était aussi sa plus grande faiblesse. Il se fichait de vivre ou de mourir. S'il attaquait sans retenue et avec toute sa puissance, il en oubliait également de se protéger. Sa gorge, son abdomen... Tout était à découvert, j'avais l'embarras du choix.

Je me jetai sans attendre sur la partie charnue, à la base de son cou, si je visais bien, mes crocs s'enfonceraient dans ses muscles, jusqu'à l'artère, comme un couteau de boucher dans du beurre.

L'Ulfark se ratatina sur lui même et roula sur le coté sans même prendre appui sur ses pattes.

L'imprévisibilité de son mouvement me sonna presque autant que ma réception peu gracieuse sur le sol boueux de la forêt.

C'était quoi ce bordel ?

Mon hésitation ne dura que le temps d'un battement de cil mais elle fut suffisante au lycan pour me sauter dessus. Et ce bâtard ne faisait pas la moitié de son poids.

Sa mâchoire claqua à quelques centimètres de mon oreille tandis que je me débattais pour me remettre sur mes pattes. Bon sang, c'était pas passé loin.

Plantant mes griffes dans le sol terreux jonché d'aiguilles, je poussais sur mes pattes pour soulever le loup noir sur mon dos et retourner la situation à mon avantage, quand tout devint confus.

Tout à coup, le monde tangua devant mes yeux et le ciel et la terre se confondirent en une seule étendue diffuse. Il me fallut quelques secondes pour comprendre que ce n'était pas le monde qui s'entortillait sur lui même, mais moi qui roulait par terre sans plus rien contrôler.

Je finis par m'ancrer au sol à l'aide de mes griffes, juste à temps pour apercevoir qu'à plusieurs mètres de moi, le combat faisait rage entre l'Ulfark et Tad.

Merde ! Merde ! Merde !

Mon ami avait dû se jeter sur notre opposant alors qu'il était sur mon dos et le choc m'avait projeté au loin.

Secouant la tête pour combattre la sensation de tournis qui m'invalidait, je me relevais et évaluait la situation.

Si je me jetais dans la bataille, je risquais de distraire Tad et les conséquences pouvaient être sanglantes. D'un autre côté si je me contentais de regarder, rien ne m'affirmait que l'issue serait moins tragique.

Mais comme en réponse à mon questionnement muet, l'Ulfark profita d'une ouverture et saisit mon ami par la nuque.

La pression de la mâchoire d'un lycan n'est pas quantifiable pour la simple et bonne raison qu'aucun matériaux connu à ce jour n'a résisté à celle-ci.

Secoué comme un vulgaire morceau de viande entre les dents d'un chien enragé, Tad s'écrasa durement contre la paroi de la saillie rocheuse quand la peau de sa nuque céda sous la pression et se déchira. Il retomba mollement sur le sol, le corps brisé, la cambrure de son dos formant un angle improbable.

Ma vision se teinta de rouge, le rouge du sang qui s'écoulait des plaies de celui que je considérais comme mon meilleur ami.

Mon esprit s'effaça et se retrancha dans un coin de moi-même que j'étais le seul à connaître.

Devant mes yeux se déroulait un combat auquel je ne prenais plus part. Mon loup avait pris le dessus. En appui sur leurs pattes arrières, les deux lycans combattaient avec autant de rage l'un que l'autre, rendant coup pour coup, morsure pour morsure. Les forces paraissaient être équilibrées et rien ne pouvait présager de la victoire de l'un sur l'autre. Tad avait eu raison... J'avais souvent eu de la chance.

Eh bien qu'il en soit ainsi, cette fois ne ferait pas exception.

Lorsque je me transformais, mon esprit prenait possession du corps de mon loup, un corps que je connaissais bien et avec lequel j'étais à l'aise. Mais je devais bien avouer que ce n'était rien en comparaison de l'agilité avec laquelle l'esprit de mon loup se mouvait.

La fluidité, la rapidité, aucun geste superflu, son aisance au combat était magnifique, même d'un point de vue intérieur. Aucun loup n'était capable d'égaler ma vitesse... Sa vitesse.

Il lui suffit d'un moment, d'un tout petit moment d’inattention, à peine un contre-temps entre chaque coup de l'Ulfark et mon loup plaqua son adversaire au sol, prenant soin de bloquer ses pattes des siennes. Le moment était venu.

Mes pupilles se braquèrent sur le cou du loup sauvage, pile au niveau de sa jugulaire.

Dans un ultime sursaut de rage, l'Ulfark tenta de se dégager à l'aide de ses pattes arrières, mais mon loup tint bon, malgré la douleur lancinante qui s'épanouissait à présent dans notre abdomen.

Il fondit sur le pelage noir avec l'acharnement que confère la souffrance. L'Ulfark tenta jusqu'à la dernière seconde de protéger sa gorge et un nœud se noua dans la mienne. Un loup hors de contrôle ne se protège pas, jamais ! Il attaque et se moque de ce qui lui arrivera.

Les crocs de mon loup transpercèrent avec facilité le pelage et la chair, le goût cuivré du sang explosa sur ma langue et la lueur de folie s'éteignit finalement dans les pupilles du grand lycan noir. Et voilà, c'était fini.

Mon loup s'accorda un moment pour hurler son soulagement à la face de la lune. Sa tâche était accomplie, son territoire sauvé, sa meute hors de danger, il s'effaça alors et je repris possession du corps meurtri d'un loup épuisé.

Sans attendre, je me transformai. J'avais besoin de mes mains pour vérifier l'état dans lequel se trouvait Tad.

Faisant fi de mes multiples entailles, j'accourais auprès de mon ami et m'agenouillais dans la mare de sang qui s'étendait sous son corps mutilé. Sa poitrine se soulevait faiblement et ses yeux restaient obstinément fermés. C'était sans doute mieux ainsi.

Je baissai les yeux et constatai que le sang se répandait encore plus rapidement depuis que j'étais au coté de Tad. Je fronçai les sourcils, cherchant la plaie qui s'était aggravée à mon approche, remontant finalement le filet écarlate le long de mes genoux, de mes cuisses...

Je posai alors le regard sur la plaie béante qui s'étirait tout le long de mon ventre. Et comme si mes nerfs n'avait attendu que le signal que mes yeux envoyèrent à mon cerveau, la douleur me coupa le souffle aussi sûrement qu'un coup de bélier dans le plexus.

Je me rattrapai de justesse à la paroi de la grotte avant de m'effondrer sur Tad.

Bordel, je n'allais quand même pas me laisser aller pour une putain d'égratignure !

Je prenais quelques profondes inspirations et essayais de combattre l'envie de m'allonger à côté de mon ami pour lui tenir compagnie dans l'inconscience.

Je perdais beaucoup de sang et la blessure était trop profonde pour que mon pouvoir régénérateur s'en occupe seul.

Je n'avais pas non plus trente six solutions. Soit je restais là à attendre une aide qui n'arriverait peut-être jamais, soit je me bougeais le cul et nous sortaient, Tad et moi, de cette merde sans nom qu'était notre situation.

Puisant dans ce qui me restait de courage, je passais un bras sous l'abdomen distordu de Tad et le chargeait sur mes épaules. Putain, dans mes meilleurs jours, je pouvais soulever un 4x4 d'une main et siroter une tasse de café de l'autre, sans en renverser. Mais pour ce que j'en savais, Tad aurait tout aussi bien pu se transformer en tank blindé entre le moment où je l'avais soulevé du sol et celui où il avait atterri sur mes épaules.

Je poussai un grognement venu du tréfonds de mes tripes alors que je me relevais avec la lenteur d'un escargot sous Prozac.

Le problème justement avec mes tripes, c'était qu'elles se trouvaient en plein courant d'air et que je craignais qu'elles fassent une rencontre inappropriée avec le sol si je cessais d'obstruer la plaie de mon ventre avec mon bras libre.

Je me répétais comme un mantra que ce n'était pas grave, comme si le simple fait de le penser encore et encore allait rendre notre situation moins merdique.

J'essayais de ne pas prêter attention aux visages qui s'imposaient dans mon esprit, ceux de mes amis que j'avais perdus tout au long de ma vie, ceux qui avait comptés pour moi et qui était tous morts par ma faute... toujours par ma faute. On aurait pu croire que ça m'aurait servi de leçon. Pourtant, une fois de plus, mon ami risquait d'y passer à cause de moi, de mon orgueil.

Seulement, il y avait un facteur auquel je m'accrochais et qui me poussait à avancer, un pas après l'autre... Lucy !

Si je parvenais à nous mener à elle, peu importaient les lésions, la gravité des blessures, l'inéluctabilité présumée de notre état, Lucinda Walker, nous sortirait de ce pétrin.

Cette certitude me fit tenir tant qu'il me restait la plus petite once de force, mais pour finir je m'effondrai durement contre un arbre déjà partiellement déraciné.

Tad glissa de mes épaules sans que je ne puisse esquisser le moindre geste pour le retenir. Il ne broncha même pas. J'ignorais même s'il était encore vivant.

Le cul posé dans la terre humide, le dos contre le tronc d'un arbre de cette forêt que j'aimais tant, je levai les yeux pour observer le ciel à travers les branches des pins gigantesques. Finalement ce n'était pas le pire des endroits pour mourir, au moins j'étais chez moi. Des mois plus tôt j'avais cru que mon compte était bon alors ce petit sursis avait été un bonus assez sympa, et ma vie avait été très longue, je n'avais pas à me plaindre. Mais dans ce cas, pourquoi tant de regrets accablaient-ils mes pensées ?

Pourquoi n'avais-je pas insisté pour que Tad retourne auprès des autres ? Avais-je passé suffisamment de temps avec ceux qui comptaient pour moi ? Michael qui avait tant fait pour moi ? Lucy qui avait apaisé mon âme de bien des façons ? Félicia qui me traitait comme un fils plus que comme un patron ? La meute qui m'avait tendu les bras quand tout le monde me tournait le dos ? Julian...

 

Ses grands yeux bleus dansaient devant moi, eux que j'avais si souvent surpris sur moi.... Un sourire étira mes lèvres tandis que mes paupières se fermaient. L'obscurité apaisante m'engloutit et au loin... un loup hurla sa rage et sa frayeur.

 

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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 20:10

Un petit attroupement se formait à présent autour des trois lycans passablement sur les nerfs. En général, les loups dominants, et spécialement ceux qui sont énervés, sont plutôt à éviter. Alors se trouver en présence de trois d’entre eux… La logique aurait dû me faire prendre mes jambes à mon cou. Je sais que je me répète mais quoi qu’en disent mes détracteurs, je suis bel et bien aussi fragile que n’importe quelle humaine. Pourtant au fur et à mesure que la population lycane augmentait autour du trio, j’étais obligée de me rapprocher pour assister au conflit qui semblait inévitable.

Une part de la femelle alpha que j’étais me criait d’embarquer mes deux loups sous le bras et de me tirer en quatrième vitesse loin de tout affrontement. Mais une autre part de moi s’insurgeait contre la tentative de Zane de s’approcher de trop près de Julian. Quant à mon instinct de survie… Il se foutait totalement du reste tant que je ne cherchais pas réellement à soulever deux lycans deux fois plus lourd et beaucoup plus grand, à bout de bras. Mon instinct de survie est pragmatique, lui.

Bon, ça faisait deux voix pour l’inaction. Je décidais donc que puisque j’allais gentiment me tenir à l’écart de tout ça, autant assouvir la curiosité malsaine qui nous caractérise tous. Certains se gaveront de TV réalité, d’autre épieront la vie de leur voisin à coup de télescope acheté dans le but originel louable d’observer la splendeur de la voie lactée. Moi j’assiste à des prises de bec de loups garous jaloux.

Chacun son vice.

Je me rapprochais donc furtivement de la patinoire où se déroulait l’action. Ma petite taille aidant, je me faufilais sous les bras, entre les corps massifs, à la faveur d’un léger mouvement de foule. Bientôt propulsée par un énorme lycan au crâne rasé, contre la barrière de la surface glacée, je me retrouvais aux premières loges du spectacle.

Je ne les avais pourtant perdus de vue que quelques instants mais déjà, la tension semblait être montée d’un cran. Tant et si bien que Julian se trouvait à présent entre les deux lieutenants, une main posée sur le torse de chacun d’entre eux, essayant de les maintenir à une distance raisonnable l’un de l’autre. Les mains accrochées à la rambarde, je trouvais quelque chose de jubilatoire à voir l’un de mes loups revendiquer ce qui était sien, même s’il s’en défendait ouvertement d’habitude.

Van fixait à présent, d’un œil enragé, la main de Julian posée sur le torse de Zane. Le grognement qui montait de ses tripes et s’épanouissait dans sa gorge aurait dû dissuader Julian de la laisser à cet endroit. Pourtant, un air de défit sur les traits, le lycan conservait la même posture et semblait même s’en amuser.

- Recule ! Gronda mon ami en reportant son attention sur l’autre lieutenant.

- Sinon quoi ? Répondit l’intéressé sur le même ton. Tu vas me montrer de quoi tu es capable ? Ça tombe bien, ça fait un moment que j’ai envie de me frotter au bourreau de Salem.

Un rictus cruel étira les lèvres de Van.

- Tu vas bientôt découvrir par toi-même pourquoi on m’a affublé de ce surnom. Et si la vie te pèse à ce point, c’est avec plaisir que j’y mettrai fin.

- Allez ça suffit les gars. Se décida finalement à intervenir Julian. Chacun retourne dans son coin et on n’en parle plus.

- Parfait ! S’exclama Zane en empoignant fermement le bras du jeune lycan.

- Je ne crois pas non. Rétorqua Van en passant son bras autour des épaules de son protégé. Julian est sous ma protection. Tu ne poses pas tes sales pattes sur lui.

J’écarquillai les yeux en constatant la couleur atypique que venait de prendre les pupilles du loup de Portland ; un violet profond presque noir comme celui de la myrtille. Et le contraste entre cette obscurité et la clarté habituelle de son regard était saisissant. L’hétérochromie avait disparu en même temps que le loup faisait surface, il n’était pas prêt à céder du terrain.

La réaction de Van ne se fit pas attendre. Se dressant de toute sa hauteur, mon ami ancra ses yeux parsemés de pépites dorées dans celles de son adversaire.

- Ton emprise sur lui ne s’étend pas au-delà des limites de ta meute on dirait. C’est à peine si je sens ton odeur sur lui. Grogna Zane d’une voix menaçante. Lorsque j’en aurai fini avec lui, non seulement ce ne sont pas que mes pattes que j’aurais posées sur lui mais je l’aurai tellement imprégné de moi que tu ne reconnaîtras même plus son parfum naturel.

La tête de Julian, jusque-là dirigée vers Van, pivota au ralenti pour faire face au lieutenant de Raphaël. Ses yeux étaient si écarquillés que je m’étonnais qu’ils ne sautent pas tout simplement de leur orbite à la manière d’un autre loup bien connu de dessin animé.

Van eu tout juste le temps d’esquisser un petit sourire et de marmonner un « Grosse erreur » à l’adresse de son opposant. La main gauche de Julian se détacha du torse de mon lieutenant et resta en suspension dans l’air un court moment, à peine le temps pour lui de rassembler ses doigts en un poing meurtrier qui atterri la seconde d’après sur le nez de Zane.

Le loup fut projeté au bord opposé de la patinoire comme un vulgaire pantin désarticulé et s’affala contre la rambarde. Alors, comme si le crochet de Julian avait été un signal mystérieux, un concert de hurlements et de sifflements s’éleva partout autour de moi. La totalité des loups de l’immense salle s’agitèrent et se bousculèrent. Les coups de poings se mirent à fuser, certains corps se couvrirent de fourrure tandis que des lambeaux de vêtements volaient de toute part, accompagnés du bruit infernal des coutures qui se déchiraient.

Pliée en deux contre la barrière de la patinoire, je regardais avec fascination la débâcle qui se jouait à quelques centimètres de moi. Une petite voix dans ma tête résonnait et m’exhortait à m’enfuir aussi vite que possible. Et pourtant je n’avais qu’une envie, celle de prendre part à la bagarre générale. C’était de la folie, je le savais, mais à cet instant je m’en fichais totalement. Et mon regard se posa sur Angélique qui, accoudée à la rambarde à plusieurs mètres de moi, observait les affrontements avec intérêt. Un mince ruisseau se mit alors à serpenter sur la patinoire. Mon filament incandescent changeait la glace en eau chaque fois qu’il entrait en contact avec celle-ci et sa destination ne faisait aucun doute. J’allais atteindre l’odieuse louve d’un instant à l’autre. Mon filament s’enroulerait autour de ses chevilles, sectionnant instantanément la peau, les muscles, les os… J’en jubilais d’avance. Encore une seconde, une toute petite seconde et…

Soudain, je manquai d’air et j’étais soulevée du sol avec autant de facilité qu’une plume. Mon filament ricocha contre la glace avant d’avoir pu atteindre sa cible et des litres d’eau glacée s’abattirent sur la louve… Un moindre mal en comparaison de ce qui lui était destiné à l’origine. Ma meute se plaisait à appeler mon pouvoir offensif « le fouet de l’enfer », mais en fait de fouet, il s’agissait plutôt d’un élastique que je pouvais tendre à ma guise. Privée de l’inflexion de ma volonté, le filament se rua à l’intérieur de moi, à sa place habituelle, accentuant un peu plus mon manque d’oxygène.

Entre deux hoquets de stupeur, le brouillard de mes pensées s'estompa suffisamment pour reconnaître la noirceur de ces cheveux hirsutes que je connaissais si bien.

- Putain mais tu nous fais quoi là ? Et c'est quoi ce bordel ? S'égosilla Van à quelques centimètres de mon tympan.

Slalomant entre les combats disséminés un peu partout autour de la patinoire, il m'emportait vers la sortie, un bras fermement resserré autour de ma taille, et tirant Julian par le col de son maillot de l'autre.

Trimbalée sans ménagement d'un côté puis de l'autre, je ne m'aperçus qu'au dernier instant qu'un poing au moins aussi gros que ma tête s’abattait sur nous. Un crac significatif se fit entendre alors que j’étais projetée en arrière, toujours maintenue contre le torse de Van qui devait à présent avoir la mâchoire brisée.

- Van... ? Van, tu vas bien ? Haletais-je en essayant de me redresser pour constater les dégâts.

Des frémissements parcoururent ma colonne vertébrale au moment où le grognement rageur de mon lieutenant s'élevait de sa poitrine pour surgir dans sa gorge.

Je reportai immédiatement mon regard sur le grand lycan au crane rasé qui m'avait poussée un peu plus tôt et qui venait de nous attaquer sans raison apparente.

Van marmonna quelque chose d'inintelligible et je me retrouvais projetée dans les bras de Julian qui s'agita, visiblement mécontent de devoir rester en arrière.

Mon ami se releva prestement en frottant sa mâchoire douloureuse, une lueur dangereuse dans ses yeux fixés sur l'attaquant.

J'écarquillais les yeux en détaillant le corps de notre opposant. Les muscles tendus à l’extrême, sa peau se parcheminait d'un pelage brun avant de disparaître presque immédiatement, pour revenir finalement la seconde d'après. Ses yeux passaient du noir au bleu sans un clignement de paupière et la morphologie de son corps oscillait de la forme humaine à une courbure des épaules caractéristique d'un début de transformation. Ce lycan était la personnification même de l'instabilité.

Van gronda entre ses dents serrées mais le sens du mot m'échappa complètement.

Julian resserra ses bras autour de ma poitrine au point de presque m’étouffer alors que Van se ramassait sur lui même et s’apprêtait à attaquer.

C'est alors que les poils de mes bras se dressèrent, et que le silence le plus complet s’abattit sur la patinoire.

La moitié des loups encore vigoureux une seconde plus tôt s’effondrèrent par terre au même moment, tandis que la plupart de ceux restant s'agenouillèrent les uns après les autres, avec plus de maîtrise que les premiers mais néanmoins sans douceur. Van fut l'un des derniers à poser genoux à terre alors que le lycan au crâne rasé semblait toujours lutter pour rester debout.

La silhouette gigantesque de Lawrence apparut d'un coup derrière lui et notre adversaire s'effondra tête la première au sol.

Entraînée par Julian, je n'avais eu d'autre choix que de m'agenouiller moi aussi et c'est avec bonheur que j’accueillis les bras que mon compagnon me tendait la minute d'après.

- Comment ? Rugit la voix de Raphaël, brisant finalement le silence nouvellement présent dans la salle. Que quelqu'un m'explique la raison de ce bordel !

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Me demanda Michael, braquant sur moi ses pupilles bleutées striées de petits éclairs blancs, signe indiscutable qu'il faisait usage de son pouvoir d'alpha en ce moment même... Au cas où les dizaines de loups à genoux m'auraient échappée.

- Je l'ignore. Gémis-je en fronçant les sourcils. Une minute tout semblait sous contrôle et la seconde d'après... Je ne sais pas, c'est comme si tout le monde avait attrapé la rage.

Raphaël gronda à quelques mètres de nous, bientôt accompagné par les autres alphas qui s'informaient auprès de leurs lieutenant respectifs.

- Je pense qu'il serait judicieux d’interrompre le tournois pour aujourd'hui. Intervint Carson dont le regard brillant de colère se posait par intermittence sur chacun des loups de sa meute qui avait le malheur de se trouver à sa portée.

- Je suis d'accord. Approuvèrent Lawrence suivit de Graham.

Michael et Raphaël échangèrent un coup d’œil approbateur.

- Qu'il en soit ainsi. Trancha mon compagnon. Chacun des loups devra rejoindre son quartier de la ville sans accrochage d'aucune sorte. J'instaure le couvre-feu pour ce soir. Et nous discuterons du maintien ou non du tournois un peu plus tard.

Aucun des alphas présents ne discuta l'autorité de Michael, il était sur son territoire, ses décisions faisaient lois.

L'une après l'autre, les meutes quittèrent la patinoire dans un calme monastique à l'opposé des événements qui avaient eus lieu quelques instants plus tôt. Aucun loup ne broncha mais Van observa attentivement le lycan au crâne rasé désormais inconscient, quand Lawrence le chargea sur son épaule comme s'il ne pesait rien.

 

- Et pourquoi aucun de vous deux n'avez cherché à l'en empêcher. Aboya mon compagnon à l'adresse de ses deux premiers lieutenants.

Je sursautais pour la quatrième fois en cinq minutes et ça commençait à me taper sur les nerfs. Encore une fois je tentai de chasser la voix de Michael de mon esprit et me concentrai sur la mâchoire de Van que je tentais de guérir.

Après avoir constaté que les blessures de ses loups étaient sans gravité, Michael avait insisté pour rentrer immédiatement. Le trajet s'était fait dans le silence le plus total. Mais comme je m'en doutais, il ne s'agissait là que du calme avant la tempête. Les lieutenants avaient reçu l'ordre de nous accompagner et la fureur de leur alpha se déchaînait à présent sur eux.

- Je dois pouvoir compter sur vous quand je m'absente, vous avez le rôle de protéger la meute quand je ne suis pas là et d’étouffer dans l’œuf les conflits évitables. Bon sang, vous le savez bien pourtant.

La mâchoire de Van se crispa et je n'y étais pour rien.

Mon ami se leva de la chaise en face de la mienne, sa patience visiblement à bout et gronda.

- Oui eh bien, ce n'est pas en m’interrompant toutes les cinq secondes que ça va aller plus vite. M'agaçai-je. Alors pose ton cul sur cette chaise et laisse-moi te soigner, ensuite tu donneras ta propre version des faits à ton alpha.

Le lieutenant se rassit à contrecœur en marmonnant entre ses dents serrées.

Une bonne vingtaine de minutes plus tard, il se frottait le menton en mimant exagérément toutes les voyelles de l'alphabet.

- Putain c'est pas trop tôt ! S'exclama-t-il finalement. J'ai cru que tu n'allais pas y arriver cette fois-ci. Tu te ramollis ma vieille !

- Oh la ferme ! Tu crois peut-être que c'est facile ! Me défendis-je. J'aurais dû te laisser guérir tout seul, au moins tu l'aurais bouclée jusqu'à demain.

- Tu sais bien que tu te mens à toi même, tu aimes beaucoup trop le son de ma voix.

- Ah non, là tu confond avec toi. C'est toi qui aime t'écouter parler.

- Van ! Aboya mon compagnon. Ramène-toi ici, tu as des explications à me fournir, et elles ont intérêt à être bonnes.

Le visage de mon ami se para immédiatement de l'expression sérieuse des deux autres lieutenants.

Pour une raison que j'ignorai, comme à peu près tout ce qui concernait mon propre pouvoir, je n'avais plus besoin de filer sous l'eau lorsque je guérissais Van. Je n'allais pas m'en plaindre. Je ne pouvais qu'émettre l'hypothèse selon laquelle la partie de mon aura que je lui avais transmise accentuait mon pouvoir de guérison. En tout cas, cet état de fait m’arrangeait bien à ce moment précis. Je n'aurais pas apprécié de rater la discussion à venir pour une chose aussi triviale qu'une douche.

Je suivais donc le lieutenant jusqu'à la portion du salon qu'occupaient Michael, Nathan et Thomas.

M'affalant dans le canapé, je prenais conscience des événements mouvementés de la journée et de la fatigue que chacun d'eux avait engendré.

Bon sang, le tournois devait durer une dizaine de jours, à ce rythme j'allais finir sur les rotules.

- Bon, maintenant que tu peux parler, j'attends que tu m'expliques ce qu'il s'est passé. Reprit Michael avec colère.

Mon regard passa de l'un à l'autre et j’espérai de tout cœur que le lieutenant aurait la présence d'esprit de faire profil bas.

- Je me suis contenté de remettre le lieutenant de Raphaël à sa place, et je te rappelle que Julian est toujours sous ma protection, que j'étais dans mon droit.

Bon ça partait mal...

- Ne pousse pas trop ton avantage mon ami. Gonda mon compagnon, dont les pupilles se parsemaient dangereusement de pépites bleutées. Tu as provoqué une bagarre générale entre cinq meutes de lycans. Tu peux t'estimer heureux que les dégâts soient si minimes.

- Je n'ai rien provoqué du tout. Asséna Van. J'ignore ce qu'il s'est passé mais mon altercation avec Zane n'était qu'une broutille, ça n'aurait pas dû dégénérer comme ça.

- Van a raison. Intervint Nathan. Je n'ai pas d'explication à ce phénomène mais... Pendant leur querelle la foule était exaltée certes, mais sûrement pas violente.

- Attendez ! Dis-je en me levant. Je ne suis pas complètement d'accord. Quand vous vous disputiez Zane et toi, personne n'a ressentit l'envie de les voir en venir aux mains ?

- Eh bien... Si mais... Nous sommes des loups, les conflits ont tendance à nous exciter, ça n'a rien d’exceptionnel. C'est le fait qu'on soit capable de contrôler ce sentiment qui fait de nous des loups « civilisés ». Expliqua Nathan.

- D'accord, mais moi qui suis humaine, ce genre de conflit me fait fuir généralement, sauf que là, j'étais dans le même état que vous.

Michael fronça les sourcils en m'attirant contre lui.

- Un tel changement fondamental au niveau de ton instinct ne peut pas s'expliquer par le lien qui nous lie, amour.

- Je suis d'accord. Murmurai-je. C'était différent, comme une voix qui chuchotait dans ma tête.

- Et la bagarre générale n'avait pas un schéma habituel non plus. Intervint Thomas pour la première fois.

Je fronçai les sourcils en cherchant à comprendre comment quelque chose d'aussi désordonner et imprévisible qu'une bagarre générale pouvait avoir un schéma habituel.

- Lorsqu'une bagarre se propage, le mot clé c'est justement « propage ». M'expliqua le deuxième lieutenant. D'abord un premier foyer localisé éclate, puis il déborde et englobe petit à petit de plus en plus de monde jusqu'à atteindre la totalité des personnes présentes. Mais dans ce cas...

- Dans ce cas les combats ont éclaté partout exactement au même moment. Finis-je à sa place.

Les trois lieutenants acquiescèrent en cœur.

Michael se frotta le menton d'un air soucieux en resserrant sa prise autour de mes épaules.

- D'accord, vous pensez à quelque chose en particulier ? Une attaque extérieure ?

- C'est une possibilité, après tout, presque tous les loups de l'état étaient réunis dans cette patinoire, c'est une sacrée tentation pour un ennemi. Allégua Nathan.

- Un ennemi... Les vampires ? Gémis-je sans pouvoir retenir un frémissement.

- Non. Gronda Van. Les vampires attaquent de front, ils n'utilisent pas ce genre de ruses parce qu'ils ne pourraient pas s'en vanter par la suite. J'opterai plutôt pour... De la magie.

- Tu es sérieux ? Demandai-je à mon ami alors qu'un silence pesant se prolongeait.

- Et pourquoi pas ? Répondit Van en haussant les épaules. Tu guéris par la pensée et tu es capable de contrôler un fouet invisible et incandescent. Et repense à Sorcha, elle pouvait manipuler les éléments à sa guise.

Une moue dégoûtée passa sur le visage des loups comme chaque fois qu'il était fait mention de la fille du précédent Maître des vampires du coin.

- Et souviens toi du sort que le Maître m'avait lancé, amour. Celui qui lui permettait de savoir où j'étais chaque fois qu'il le désirait.

Je grimaçai à l’évocation de ce mauvais souvenir.

- Bon ok, de la magie donc. Mais si ce ne sont pas les vampires alors qui aurait intérêt à s'attaquer à la majorité de la population lupine de l'Oregon ?

- Je ne sais pas mais qui que ce soit sa magie est assez puissante pour transformer des loups en pleine possession de leur contrôle en Ulfarks. Asséna Van.

L'alpha et ses lieutenants se figèrent complètement.

- Qui a parlé d'Ulfarks ? Gronda mon compagnon. Les loups se sont tous contrôlés à notre arrivée.

Van braqua son regard sur moi comme dans l'attente de quelque chose.

- Pas tous. Lâcha-t-il. Toi aussi tu l'as vu Lucy, n'est-ce pas ?

- Attends, je ne sais pas ce qu'est un Ulfarks, et je ne suis pas sûre de comprendre ce que tu veux dire.

- Un Ulfarks et un loup qui a perdu le contrôle total de son instinct. Il n'est plus capable de raisonner. C'est le terme qu'on utilise entre nous pour désigner les loups qui deviennent sauvage. M'expliqua Thomas.

Je fronçai les sourcils en comprenant finalement où Van cherchait à en venir.

- Le loup qui nous a attaqué. M'exclamai-je. Celui au crâne rasé. Il n'a pas répondu aux pouvoir des alphas quand vous êtes entrés dans la salle, et je ne sais pas ce que Lawrence lui a fait mais il a dû l’assommer ou quelque chose comme ça pour le calmer.

- Il ne contrôlait plus sa transformation, Michael. Continua Van. Il oscillait d'un état à l'autre en permanence. J'ai combattu assez d'entre eux pour le reconnaître, ce loup était en train de devenir sauvage.

Mon compagnon crispa ses doigts autour de mes bras.

- Bordel, pourquoi tu ne l'as pas dit tout de suite ? Gronda-t-il en attrapant son portable. Tu as bien dit que c'était un loup de Lawrence ? J’espère qu'il a fait le nécessaire.

Je l’espérai aussi à vrai dire. J'avais entendu parler des dégâts que ces « Ulfarks » pouvaient provoquer et ça ne me rassurait pas d'en savoir un dans la nature au milieu de ma ville. Il la ravagerait si personne ne l'arrêtait. Malheureusement, le poing rageur que Michael envoya dans le mur après quelques secondes de conversation téléphonique ne m'inspira rien de bon.

 

Et déjà les lieutenants se déshabillaient derrière moi tandis que Michael essayait de contacter les autres alphas... La chasse était ouverte.

 

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Published by Camille - dans Les Chroniques
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